Le Bilan des classiques flandriennes

La saison des classiques flandriennes ou classiques pavées s’est terminée avec Paris-Roubaix. Certains spécialistes poursuivront leur parcours sur la Flèche Brabançonne, l’Amstel, voir jusqu’à Liège, mais la plupart des gros rouleurs sont déjà en vacance. En attendant le sprint final du Fantaclassics et les Ardennaises, le temps est donc venu de tirer les premières conclusions sur cette partie des classiques de printemps.

Des classiques flandriennes largement marquées par la domination de l’équipe Quick-Step. Les hommes de Lefevere n’auront commis que deux erreurs au cours des deux semaines saintes du cyclisme flandrien: lorsqu’Elia Viviani a suivi Arnaud Démare au lieu de Peter Sagan dans le sprint de Gand-Wevelgem et lorsqu’aucun membre du Wolf pack ne se trouvait dans les 15 premières positions au moment de l’attaque de Sagan sur Paris-Roubaix. Comme toujours, certains coureurs ont satisfait les attentes et d'autres ont décu ceux qui croyaient en eux.

Les grands vainqueurs 

Niki Terpstra

Que ça plaise ou non, Niki Terpstra a été un des grands bonhommes de cette campagne des classiques flandriennes. Le Néerlandais a parfaitement su profiter de la force des Quick-Step et a remporté le E3 Harelbeke et le Ronde, tout en terminant troisième à Roubaix. Un vrai rouleur qui a montré une puissance impressionnante à plusieurs reprises. Au Fantaclssics, Terpstra a été le second choix parfait parmi une liste de coureurs au prix similaire dans laquelle on comptait notamment Stuyven, Naesen, Stybar ou Vanmarcke. C'est vrai que Terpstra n'est pas le coureur le plus rock-roll ou charismatique du peloton. C'est bien plus sexy d'avoir Sonny Colbrelli ou Michael Matthews dans son équipe et c'est peut-être pour ça que le Batave ne s'est retrouvé que dans 10 fantateams. Mais l'efficacité dont a fait preuve Terpstra compense largement ce manque d'attrait naturel. Et puis bon, on parle de vélo ou de défilé de mode ? 

Peter Sagan

On a tellement l'habitude de voir Peter Sagan dominer les courses que son doublé Gand-Wevelgem / Paris-Roubaix peut presque paraître être une performance normale. Mais le triple champion du monde a montré que sans pépins mécaniques ou chutes, il est toujours le candidat numéro un à la victoire. Seul contre l'armada Quick-Step, il a parfaitement assumé son rôle avec quelques polémiques dignes d'un duel Mourinho-Guardiola, mais a finalement été le seul capable de contrer les Bleus sur les pavés. Au final, sa campagne se termine avec cinq top-10 sur six courses et une première place provisoire au classement des coureurs ayant rapporté le plus de points au Fantaclassics. Ouf, c'est quand même mieux de voir The King dominer ce classement, plutôt qu'Arnaud Démare...



Les bons plans

Jasper Stuyven

L'ancien grand espoir du cyclisme belge a enfin réalisé une campagne de classiques pleine et réussie. A défaut d'être proche de la victoire, il a été le plus régulier tout au long du printemps avec sept top-10 sur huit courses et un total de 129 points offerts aux 21 équipes qui ont misé sur lui. Maintenant qu'il a montré une fiabilité et une constance de champion, il pourra essayer de retrouver sa pointe de vitesse et un peu plus d'ambition pour se concentrer sur la recherche d'un grand succès.

Philippe Gilbert

La campagne sur pavés de Philippe Gilbert a été contradictoire sur plusieurs aspects. Ambitieux dans sa quête aux cinq monuments, mais inoffensif dans les deux courses visées, à savoir Milan-Sanremo et Paris-Roubaix. Généreux au service du collectif Quick-Step et opportuniste dans sa manière de gratter des places d'honneur après les victoires de ses équipiers. Puissant leader charismatique du Wolf pack mais finalement jamais dans le coup pour la victoire. Au final, Philou rapporte malgré tout 117 points, ce qui est loin d'être négligeable, et peut toujours dire que son vrai objectif, c'est de remporter un cinquième succès sur l'Amstel.

Arnaud Démare

Comme Stuyven et Gilbert, le champion de France n'a jamais vraiment été très proche de la victoire. Ses podiums lors des arrivées au sprint à Sanremo, Kuurne et Wevelgem pourraient laisser croire le contraire, mais Démare a toujours été largement battu. Il rapporte malgré tout un beau paquet de points et réalise finalement son meilleur printemps. Il faudra par contre travailler sur la résistance, car le maillot tricolore avait tendance à disparaître lorsque la course se faisait dure.

Sep Vanmarcke

Vanmarcke ne gagnera probablement jamais une grande classique. Mais on entendra encore souvent la phrase "le plus fort sur les pavés, c'est Vanmarcke"... Cela devrait lui permettre de passer la barre des 100 points pendant encore quelques saisons...

 

Les révélations

Woet Van Aert

On parlait tellement de lui avant et pendant les classiques que ça devient presque difficile de parler de révélation. Mais le triple champion du monde de cyclo-cross a quand même réalisé une énorme performance pour sa première campagne sur pavé. Dommage pour le saut de chaîne dans un des derniers secteurs pavés de l'Enfer du Nord, car il aurait largement mérité de lutter pour la troisième place. En tous les cas, avec son talent, sa puissance et son panache, l'avenir lui appartient. Surtout que contrairement à beaucoup d'autres, Van Aert est un gagnant.

Mads Pedersen

Être dans le bon coup au Dwaars door Vlaanderen, ça peut arriver à tout le monde. Faire un solo de plusieurs kilomètres et résister au retour des cadors pour prendre la deuxième place du Tour des Flandres, c'est une autre chose. Le champion du Danemark a réussi les deux et s'est invité dans la cour des grands sans carton d’invitation. Le nouveau viking des pavés est arrivé.

 

Les déceptions

Zdenek Stybar

Le Tchèque est présent dans la catégorie des déceptions surtout parce qu’il a récolté beaucoup moins de ce à quoi il aurait pu prétendre. Il était fort, du Nieuwsblad à Roubaix, sans réussir à peser sur les courses. Il lui reste la consolation d’avoir contribué à la création d’un nouveau terme cycliste, celui du roi des stoppers…

Oliver Naesen

Le champion de Belgique s’était révélé au monde l’an dernier en réalisant des classiques de haut niveau, tout en ratant les grands rendez-vous à cause de faits de course. Cette année n’a finalement pas été très différente: Naesen faisait partie des hommes forts, mais il a probablement été le coureur le plus malchanceux du printemps, avec plusieurs pépins mécaniques ou chutes qui ne lui ont pas permis de jouer la gagne au Ronde et à Roubaix. Comme en 2016.

Yves Lampaert

Cela peut paraitre bizarre de placer un vainqueur de semi-classique dans la catégorie des déceptions, mais Yves Lampaert n’a pas progressé par rapport à la saison précédente comme certains pouvaient espérer. S'il a eu droit au statut de co-leader du Wolf pack, il a montré d’importantes limites, comme lorsqu’il a été incapable de suivre Terpstra à l’E3 ou lorsqu’il a craqué dans les 20 derniers kilomètres du Tour des Flandres et de Paris-Roubaix. A voir si cela aura un impact sur son avenir, car cette stagnation n’a pas dû échapper au magicien Lefevere qui n’a pas l’habitude de perdre de temps avec ceux qui n’ont pas un monument dans les mollets.

Magnus Cort Nielsen

Le même discours est valable pour Cort Nielsen. Le danois n’a pas manqué de panache. Il s’est montré à l’avant, a fait travailler son équipe, a tenté de partir dans les bons coups, a lutté pour revenir… mais au final, il reste toujours dans le groupe des battus. Ses résultats positifs se résument à un bon placement à Milan-Sanremo, comme en 2016. Bizarrement, il a renoncé à participer à la seule course qu’il aurait pu gagner : le Scheldeprijs.

Gianni Moscon

De nombreux fantamanagers ont hésité de prendre Moscon dans leur équipe à cause de la possible suspension qu’il risquait d’avoir dans le cadre de l’affaire Reichenbach. Ils ont bien fait, même si ce n'est pas la suspension qui a bloqué l'Italien la décision, mais plutôt ses jambes. Car Gianni Moscon n’a pas réalisé une campagne digne de son potentiel. Toujours plus ou moins dans le deuxième groupe, toujours un peu juste, Moscon n’a pas franchi le grand pas.

Matteo Trentin

Sa première campagne de classiques en tant que leader avait plutôt bien commencé, avec des bonnes prestations au week-end d’ouverture et des bons résultats au GP de l’E3 et à Gand-Wevelgem. Mais Matteo Trentin a ensuite raté les deux monuments, avec une vilaine chute qui l’a mis hors-jeu à Paris-Roubaix. Trentin a commencé la saison des classiques avec une côte cassée, il la termine avec une fracture des vertèbres. Et en plus on lui reproche de ne plus sprinter…

Edward Theuns

Après une encourageante 6ème place au Nieuwsblad, Edward Theuns a disparu des radars et n’a pas honoré son statut de leader au sein de sa nouvelle équipe. Que peut-on encore espérer du bon Edward ?

Dylan Van Baarle

Peut-être une des plus grosse déception de l’année. Van Baarle avait tout pour réussir, mais les jambes n’ont pas suivi. Même lors du Tour des Flandres, où il avait anticipé la grande bagarre entre leaders, il n’a pas été capable de suivre Terpstra ni Pedersen. Comme pour toute l’équipe Sky, la campagne flandrienne de Van Baarle  est clairement ratée.

 

Les catastrophes

Alexandr Kristoff et John Degenkolb

Techniquement, la campagne des classiques d’Alexandr Kristoff n’est pas une catastrophe, puisqu’il rapporte quelques points grâce à sa quatrième place à Sanremo. Contrairement au Norvégien, John Degenkolb n’a qu’une 15ème place à Roubaix comme résultat positif. Mais tous les deux semblent très loin de pouvoir revenir au niveau qu’ils avaient il y a quelques années. Quand on pense qu’il y a trois ans les deux sprinters semblaient être partis pour enfiler les monuments et dominer les classiques pavées pendant un bon bout de temps. Mais le vent du Nord peut vite tourner et les deux champions ne sont plus que l’ombre d’eux-mêmes. Surtout qu'on ne voit pas comment cela pourrait changer dans les prochaines saisons.

 

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