Oscar Sevilla, l’exil pour le plaisir

Le Tour de San Juan a remis sur le devant de la scène un coureur de 41 ans que certains pensaient à la retraite, d’autres avaient oublié et les plus jeunes n’ont jamais connu : Oscar Sevilla. Portrait d’un coureur controversé mais toujours debout.

Etape reine de la Vuelta San Juan 2017 : le champion d’Argentine Gonzalo Najar s’impose devant un certain Oscar Sevilla. Oscar Sevilla ? Le Oscar Sevilla ? Oui, c’est bien lui, le Oscar Sevilla, celui de l’équipe Kelme du début des années 2000, 7ème et meilleur jeune du Tour de France 2001, deuxième de la Vuelta la même année, 4ème du tour d’Espagne l’année suivante. Celui qui était considéré comme un potentiel vainqueur de grands tours, se retrouve, presque 20 ans après ses débuts, à donner des leçons aux jeunes pros sur les routes d’Amérique du Sud. On regarde sa photo et on le reconnait. C’est vrai qu’il n’a pas changé. Toujours cette tête rondelette de gamin, même à 41 ans. Surprenant !

Sevilla n’a pas gagné la Vuelta San Juan, mais lors de la montée vers l’Alto de Colorado, il a refilé 25 secondes au grand espoir du cyclisme belge Tiesj Benoot, une minute aux colombiens Dayer Quintana et Darwin Atapuma, 1’10 au double vainqueur du maillot à pois Rafal Majka, deux minutes aux grimpeurs reconnus et redoutés que sont Jarlison Pantano et Winner Anacona. Comment en est-il arrivé là ? Que fait un ancien banni du cyclisme mondial dans une équipe colombienne ? Comment peut-il encore battre des coureurs des équipes World Tour ?

L’histoire commence en 1999, lorsque le jeune Oscar Sevilla remporte à 21 ans sa première victoire en tant que professionnel au Tour de Romandie. Quelques semaines plus tard, il termine son deuxième Giro à la 13ème place. Le monde cycliste ne s’étonne pas plus que ça: des petits grimpeurs doués et résistants, l’équipe Kelme en sortait à la pelle lors de sa grande époque. Mais Sevilla confirme petit à petit et frôle la victoire sur le tour d’Espagne en 2001. Si ses qualités de grimpeur ne font aucun doute, Sevilla ne réussit cependant pas à obtenir une grande victoire. Il gagne peu et après quelques années de stagnation, il tente de se relancer dans l’équipe T-Mobile de Jan Ullrich. Après avoir remporté peut-être son plus beau succès en Europe lors de la Vuelta Asturias 2006, Sevilla est impliqué directement dans l’affaire Puerto qui secoue tout le cyclisme ibérique. Il est viré illico presto par la T-Mobile, mais profitant d’une certaine confusion et d’un vide juridique qui complique la sanction aux coureurs, il fait profil bas et continue discrètement de courir dans des équipes mineures et délaisse les courses du Vieux Continent pour celle américaines.

C’est ainsi qu’il participe en 2008 pour la première fois au Tour de Colombie. Il y remporte la 9ème étape, reçoit un bisou de l’hôtesse sur le podium et en tombe amoureux. En rencontrant sa future épouse en ce mois d’août 2008, Oscar Sevilla trouve également un pays d’accueil et débute une nouvelle vie. Nouvelle vie, d’accord, mais anciennes pratiques… Sevilla est contrôlé positif lors du Tour de Colombie 2010 qu’il termine à la deuxième place derrière un jeune Sergio Henao. Loin d’être le coup fatal, la suspension de six mois, son amour pour Yvonne et l’accueil des colombiens le rendent plus fort. Il rempile dans une équipe amateur et parcourt l’Amérique du Sud peut-être à la recherche d’une rédemption, surement à la recherche de victoires. Chargé comme une mule des Andes ? Peut-être. Il remporte son premier des trois tours de Colombie en 2013 et enchaine succès et places d’honneur dans des courses au noms trop exotiques pour être considérées par l’UCI: Tour do Brazil, Tour do Rio, Vuelta Mexico, Vuelta a Guatemala…

Avec Davide Rebellin, Sevilla est le dernier rescapé d’une époque que les amateurs de cyclisme préfèrent oublier. Il prend encore du plaisir sur le vélo et même s’il clame qu’il fait ça surtout pour former les jeunes colombiens, il a encore la mentalité de gagnant qui le pousse à se dépasser pour pédaler vers son destin.

Sevilla a déserté l’Europe pendant plusieurs années. Sa participation au championnats d’Espagne 2015 qu’il termine à la 10ème place, lui permet de dire à ses anciens fans comme à ses détracteurs qu’il est encore en vie et bien portant. Mieux, après une année 2016 riche de victoires, et une deuxième place au tour de San Juan 2017, il décide de participer à plusieurs courses en Europe avec sa nouvelle équipe de Medellin. Onze ans après son succès au tour des Asturies, il revient sur les lieux du crime et prend la troisième place du général derrière Raul Alarcon et Nairo Quintana. Il remporte ensuite la Vuelta Ciclista Comunidad de Madrid, au nez et à la barde de ceux qui le considéraient uniquement bon à gagner dans des courses d’amateurs latinoaméricaines.

Après avoir montré à l’Europe de quoi il est encore capable, il accueille l’Europe et son circuit World Tour chez lui, en Colombie. Lors de la prochaine Vuelta Oro y Paz, il se fera un plaisir de rendre la vie difficile à toutes les stars du peloton, les Colombiens, les Espagnols et tous les autres. Il ne gagnera peut-être pas, mais s’il faut mettre une pièce sur un coureur qui fera quelques places d’honneur tout en luttant pour le général jusqu’au bout, et bien on conseille vivement de la placer sur Oscar Sevilla, exilé de 41 ans, marié et heureux. 

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