Quick Step 2005 : Naissance d’une tornade

Un des maillots vintage à remporter lors du Fantaclassics 2017 est un maillot de l’équipe Quick Step de 2005. Une manière de rendre hommage à celui qui tirera sa révérence dans quelques jours, au terme de son dernier Paris-Roubaix, à savoir Tom Boonen. Retour sur l’année 2005 au cours de laquelle le jeune Tom Boonen deviendra pour toujours Tornado Tom.

L’équipe Quick Step avait été créée en 2003 par Patrick Lefevere suite à la dissolution de l’armada Mapei et à la fusion de la structure italienne avec la formation Domo-Farm Frites que Lefevere avait créé en 2001, justment après sa séparation avec Mapei et avec son patron Giorgio Squinzi. Dès le début, Lefevere reprend la formule qui a marché à la perfection pendant dix ans, à savoir la consolidation d’une équipe dont l’objectif principal sont les courses d’un jour. La première saison, ce sont surtout Paolo Bettini et Johan Museeuw qui permettent à Quick Step de remporter des victoires importantes (Milan-Sanremo et Clasica San Sebastian pour Bettini, Het Volk pour Museeuw), mais le Lion des Flandres se fait vieux et Lefevere sait qu’il doit lui trouver un remplaçant. En fait, il sait surtout qu’il a déjà son remplçant, car il a engagé une pépite au début de la saison 2003. Une pépite qui s’était révélée au monde entier en prenant la troisième place de Paris-Roubaix 2002 en tant que néo-pro sous les couleurs de l’US Postal. Une pépite qui s’appelle Tom Boonen et qui lors de sa première saison avec Quick Step montre que le potentiel est bien présent en prenant la cinquième place de Het Volk et la troisième de Gand-Wevelgem. Mais Lefevere ne sait peut-être pas encore que rarement transition sera aussi parfaite. En effet, en 2004, Museeuw annonce qu’il prendra sa retraite sportive après Paris-Roubaix. Cette année là, Boonen monte en puissance et remporte le GP de l’E3, Gand-Wevelgem et le Scheldeprijs. Il remporte aussi deux étapes sur le Tour de France, dont l’arrivée aux Champs Elysées. Il est un des grands espoirs du cyclisme belge, mais à l’âge de 24 ans, il est surtout un excellent sprinter et a montré qu’il est capable de remporter les classiques se terminant par un sprint massif ou semi-massif.

Libéré de la présence de Museeuw, Boonen connaîtra la consécration en 2005. Il commence son histoire d’amour avec le Tour du Qatar en remportant 2 étapes dans le désert. Au Het Volk, il termine deuxième derrière son équipier Nick Nuyens en remportant le sprint du groupe des poursuivants. Il ne le sait pas encore, mais ce résultat sera son meilleur placement sur la course d’ouverture de la campagne des classiques en Belgique. Après avoir remporté deux étapes sur Paris-Nice et terminé 8ème de Milan-Sanremo, Boonen fait le doublé au GP de l’E3, où il bat facilement l’allemand Andreas Klier dans un sprint à deux. Il est un des favoris pour le Tour des Flandres, mais certains doutent encore de ses capacités à remporter un Monument. Le Ronde 2005 se déroule sous le soleil. Dans le final, Boonen fait partie d’un groupe de six coureurs comprenant aussi Andreas Klier, Peter Van Petegem, Alessandro Ballan, Erik Zabel et Roberto Petito. Il est un des plus forts dans le Mur de Grammont et dans le Bosberg, mais n’arrive pas à lâcher ses adversaires. Boonen surprend alors tout le monde en partant seul à 8 kilomètres de l’arrivée, dans les portions plates amenant à Oudenaarde. Malgré la présence de deux coureurs de la Team Telekom, l’écart grimpe rapidement. Le coureur de Quick Step s’impose en solitaire avec plus de trente secondes d’avance sur Andreas Klier et Van Petegem pour un podium copie-conforme de celui du GP de l’E3. Cette première victoire dans une classique monument prouve que Boonen est non seulement rapide et costaud, mais aussi malin et doté d’un excellent sens tactique. A 24 ans, il possède tous les ingrédients pour dominer le cyclisme mondial.

Le Tour des Flandres en danois, ça doit dater de l'époque de Bjarn Riis...

Une semaine plus tard, le nouveau golden boy du cyclisme belge s’élance en tant que favori de la course qui l’a révélé trois ans plus tôt: Paris-Roubaix. Il faut dire que la formation Quick Step était, comme aujourd’hui d’ailleurs, une des mieux armées au départ de l’Enfer du Nord. A part Tommeke, on y trouve aussi des anciens ou futurs vainqueurs de Paris-Roubaix ou du Tour des Flandres comme Servais Knaven, Nick Nuyens ou Filippo Pozzato. C’est d’ailleurs ce dernier qui fait le forcing dans le secteur pavé de Hornaing, à plus de 70 kilomètres de l’arrivée, qui débouche sur la composition d’un groupe d’attaquants comprenant entre autre Boonen, George Hincapie, Magnus Backstedt, Juan Antonio Flecha ou Fabian Cancellara. Cette édition 2005 de Paris-Roubaix sera marquée par un des premiers duels à distance entre les deux grands hommes des pavés du début du 21ème siècle : Tom Boonen et Fabian Cancellara. Celui qu’on n’appelle pas encore Spartakus s’était distingué l’année précédente en prenant la quatrième place au vélodrome de Roubaix. Il fait partie des possibles outsiders et semble être dans un jour de grâce. Mais le coureur de Fassa-Bortolo est victime d’une crevaison à 44 kilomètres de l’arrivée et est évincé de la lutte pour la gagne. Bien qu’ils étaient les deux principaux favoris des classiques sur pavé pendant de nombreuses années, il faut dire que Boonen et Cancellara se sont rarement affrontés à armes égales : lorsque l’un d’entre eux était au top, l’autre souffrait de pépins physiques ; lorsque l’un était sur un nuage, l’autre se coltinait des chutes et problèmes mécaniques. Les grands chocs entre les deux coureurs au top de leur forme ont eu lieu, bien sûr, mais moins souvent que ce que l’on pense. Ce jour-là, n’était pas celui de Cancellara, mais bien de Tom Boonen. Le poulain de Lefevere arrive en effet au vélodrome de Roubaix en compagnie de George Hincapie et Juan Antonio Flecha. Il les bat facilement au sprint et devient le neuvième coureur de l’histoire (et huitième belge) à réaliser le doublé Flandres-Roubaix la même année.

Chacun son jour de malchance. Ce jour-là, c'était au tour de Van Petegem et Cancellara.

Tom Boonen devient une star en Flandre. Il est jeune, beau et blond. Il plait aux femmes et aux médias. Et surtout, il continue de gagner. Au mois de mai, il remporte le Tour de Belgique en y gagnant deux étapes, avant de participer au Tour de France où il remporte au sprint les deux premières étapes en ligne devant des coureurs connus comme Thor Hushovd et Robbie McEwen ou oubliés comme Peter Wrolich. Mais Tommeke a déjà autre chose en tête : le championnat du monde de Madrid ! Il ne termine pas le Tour et participe discrètement à la Vuelta, ce qui était à l’époque la préparation idéale pour les Mondiaux. Les championnats du monde qui se déroulent dans la capitale espagnole ne présentent pas un parcours très sélectif. Ils avaient probablement été faits sur mesure pour Oscar Freire, afin que l’Espagnol puisse remporter un quatrième titre sur ses terres, mais le triple champion du monde est blessé et doit déclarer forfait, laissant ainsi le rôle de favori à Alessandro Petacchi, Tom Boonen, Erik Zabel et Robbie McEwen. Les derniers kilomètres se déroulent sur les grandes et longues avenues madrilènes. Un groupe d’attaquants formé par Bettini, Vinokourov et Boogerd semble pouvoir se disputer la victoire, mais une contre-attaque et le travail de l’équipe belge permet un regroupement à 500 mètres de l’arrivée. Le sprint massif est chaotique, puisqu’il n’y a plus d’équipiers pour piloter les leaders. Alejandro Valverde lance le sprint de loin. Boonen prend intelligemment la roue du suédois Magnus Ljungqvist avant de bondir vers la gauche et s’enfiler dans l’espace créé par l’accélération de Valverde. Le Belge ne laisse aucune chance à l’Imbatido et remporte le maillot arc-en-ciel au terme d’un sprint d’école. Le Français Anthony Geslin prendra la médaille de bronze devant Ljungqvist et le brésilien Murilo Fischer. Le sacre est parfait. Boonen devient Tornado Tom et s’impose comme un des grands champions du peloton.

"Tommeke, Tommeke, Tommeke!!" juste magnifique.

L’année 2005 aura été exceptionnelle pour Boonen, mais le meilleur comme le pire devra encore venir. L’année suivante, avec le maillot arc-en-ciel sur les épaules, il réalise sa meilleure saison, avec 21 succès, dont le GP de l’E3, le Tour des Flandres ou le GP de l’Escaut et quatre jours en jaune sur le Tour de France. Sa carrière sera longue, avec beaucoup de hauts, quelques bas, des renaissances et des désillusions. Malgré un statut de pop-star -surtout en Flandre, ou plutôt uniquement en Flandre- avec tous les travers que cela implique, il gardera toujours son sourire, sa bonne-humeur, sa disponibilité et son amour pour le cyclisme qui seront probablement les éléments qui manqueront le plus au peloton après sa retraite. Ironie du sort, alors que Boonen avait été engagé lors de la première année d’existence de la formation Quick Step, on parle aujourd’hui d’un possible retrait du sponsor principal à la fin de la saison. On ne doute pas que Lefevere trouvera d’autres partenaires, mais s’il aura lieu, ce retrait liera à jamais la marque Quick Step à la carrière de Tom « Tornado » « Tommeke » Boonen.

Commentaires

Et toujours avant Roubaix, L

Portrait de piticoujou
Et toujours avant Roubaix, L'Equipe fait le point sur Mathew Hayman, sa vie et son oeuvre depuis sa victoire de l'an passé - chouette piqûre de rappel: http://www.lequipe.fr/Cyclisme-sur-route/Actualites/Un-an-avec-l-australien-mathew-hayman-le-dernier-vainqueur-de-paris-roubaix/789585 Sinon, merci Lucho, bel article.

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