Gerolsteiner, l’eau bénite de Davide Rebellin

Un des maillots à remporter lors du concours du Fantaclassics 2017 est un maillot vintage de l’équipe allemande Gerolsteiner de 2007. Petit retour sur l’histoire d’une équipe qui a misé pendant une décennie sur les coureurs germanophones, mais qui a connu la gloire grâce à un puncheur italien.

Ceux qui n’ont pas sillonné l’Allemagne, ses restaurants, ses hôtels et ses salles de conférence, ne savent probablement pas que l’eau minérale nationale allemande est la Gerolsteiner. C’est un peu comme la Spa en Belgique ou l’Evian en France. A la fin du siècle dernier, et avec une histoire centenaire dans les bagages, les patrons de la marque souhaitent conquérir le marché international en tentant d’exporter leur « Sprudelwasser » à l’étranger. Et quoi de mieux pour se faire connaître que se lancer dans le sponsoring du cyclisme, un sport qui a le vent en poupe en Allemagne depuis la victoire de Jan Ullrich au Tour 1997. Le manager Hans-Michale Holczer créé ainsi la Team Gerolsteiner en 1999 sur les bases d’une formation mineure.

Il faut attendre l’année 2001 et l’arrivée du routard expérimenté autrichien Georg Totschnig pour entrevoir les possibilités d’un saut de catégorie au niveau international. Si les début de la team permettent surtout à des jeunes coureurs allemands de faire leur preuves dans des courses de seconde zone, dès 2002 et l’arrivé de Davide Rebellin et Fabian Wegemann, la situation va très vite changer. Totschnig, Wegeman et Rebellin formeront la structure d’une équipe qui vivra ses meilleures années entre 2003 et 2006. La Team Gerolsteiner participe en effet à son premier Tour de France en 2003. Quelques semaines plus tôt, Georg Totschnig avait pris la 5ème place du Giro, confirmant ainsi que la formation de Holczer avait largement sa place parmi les tenors du peloton. Alors que son rival allemand, la Team Telekom, vit une période d’internationalisation, Geroslteiner permettra surtout à un grand nombre de coureurs allemands et germanophones en général, de s’illustrer au plus haut niveau. Totschnig termine dans le top-10 du Tour et du Giro et remporte surtout une belle victoire d’étape à Aix 3 Domaines lors du Tour 2005 offrant ainsi à l’Autriche un nouveau succès sur le Tour après plus de 70 ans d’attente. Danilo Hondo, Heinrich Haussler, les frères Beat et Markus Zberg, le sprinter Robert Förster ou le spécialiste du contre-la-montre Michael Rich remportent tous des victoires importantes au cours de cette période. Une période pendant laquelle la Team Gerolsteiner lance aussi le jeune Tony Martin dans le monde professionnel en 2005. La même année, l’américain Levi Leipheimer vient renforcer l’équipe pour les grands tours. Il termine sixième de la Grande Boucle et surtout, remporte le Tour d’Allemagne devant le grand favori Jan Ullrich et son coéquipier Totschnig.

Mais le plus bel exploit d’un coureur cycliste sous le maillot Gerolsteiner, c’est l’italien Davide Rebellin qui le réalise en 2004. Lorsqu’il arrive en Allemagne en 2002, Rebellin a déjà 31 ans. Il fait partie de la grande génération des puncheurs transalpins qui dominent les courses d’un jour vallonnées dans les années ’90 et le début des années 2000 avec Gianni Bugno, Michele Bartoli et Paolo Bettini. Mais Rebellin n’arrive pas à remporter une grande classique et développe un complexe d’infériorité par rapport à ses camarades. D’une régularité impressionnante, il a cependant une réputation d’éternel looser. Avant 2004, il ne collectionne pas moins de 15 places dans le top-10 des classiques ardennaises et du Tour de Lombardie, sans aucun succès ! Mais en 2004, grâce aussi à un récent changement du calendrier qui regroupe l’Amstel-Gold-Race, la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège dans la même semaine, il devient le premier coureur de l’histoire à réaliser le triplé dans la même année. Il devance Michael Boogerd sur le Cauberg, puis s’impose devant Danilo Di Luca sur le Mur de Huy, avant d’à nouveau battre Boogerd à Liège. C’est la consécration pour Rebellin et la Team Gerolsteiner qui inscrivent leurs noms sur la liste des grands exploits de l’Histoire cycliste. Seul Philippe Gilbert en 2012 réussira à égaler cette performance, en faisant même mieux, puisqu’il remportera aussi la Flèche Brabançonne la semaine précédente. Rebellin n’en restera pas là, puisqu’il remportera encore la Flèche Wallonne en 2007 et en 2009 et se classera encore 11 fois dans les dix premiers des quatre grandes classiques pour puncheurs. Sa carrière sera cependant entachée par le contrôle positif à l’EPO CERA lors des Jeux Olympique de Pékin de 2008 au cours desquels il avait remporté la médaille d’argent derrière Samuel Sanchez. Et comme s’il voulait s’excuser, prouver sa bonne foi ou expier sa peine, il continuera à sillonner les routes après sa suspension et entame aujourd’hui, à l’âge de 45 ans, sa 25ème saison chez les professionnels avec l’équipe continentale Kuwait-Cartucho.es. Une équipe où, ironie de l’histoire, il côtoiera un ancien co-équipier chez Gerolsteiner, qui peut d’une certaine manière être associé au déclin de l’équipe: Stefan Schumacher.

Stefan Schumacher arrive chez Gerolsteiner en 2006 et s’illustre très vite en remportant plusieurs courses importantes dont une étape au Giro où il endossera aussi le maillot rose pendant quelques jours. Il fera de même sur le Tour 2008 où il gagnera deux étapes et restera deux jours en jaune. Un Tour au cours duquel un autre coureur Gerolsteiner fera sensation : l’autrichien Bernhard Kohl. Relativement inconnu au bataillon, celui qui partage la même chambre que Stefan Schumacher devient en l’espace de trois semaines un des meilleurs grimpeurs au monde, en remportant le classement de la montagne et la troisième place du classement final à Paris. Une performance qui en laisse perplexe plus d’un et d’ailleurs, Schumacher et Kohl sont déclarés positifs à l’EPO CERA quelques mois plus tard et disqualifiés à posteriori. Toutes ces affaires ne donnaient pas vraiment une image de pureté naturelle comme pouvaient l’espérer les patrons d’une marque d’eau minérale. Pour le « pan y agua » il fallait chercher ailleurs. Il n’en fallait pas moins à Hans-Michael Holczer pour annoncer la fermeture immédiate de la formation Gerolsteiner, même si cette décision n’était que symbolique, puisque le sponsor avait déjà annoncé dès 2007 qu’il se retirait du peloton à la fin de la saison 2008. La multiplication des cas de dopage et l’atmosphère pourrie régnant autour du cyclisme à cette époque passaient mal dans l’Allemagne droite et puritaine, et cela avait poussé les sponsors à mettre un terme à leur implication dans la petite reine. Gerolsteiner continuera de produire son « Sprudelwasser », Kohl arrêtera le cyclisme tout en dénonçant le dopage organisé au sein de son équipe et du peloton en général. Totschnig avait déjà raccroché plus tôt. Stefan Schumacher purgera sa peine et reprendra les courses dans des équipes mineures, tout comme Davide Rebellin qui roule encore à 45 ans avec le souvenir de son incroyable triplé comme meilleur camarade de route.

Commentaires

... et on se permet même un

Portrait de piticoujou
... je vois qu'on se permet même un lien vers une précédente fanta-chronique, signe que le contenu du site devient riche :-) Bel article Lucho, merci. Et bonne idée, ce lien en page d'accueil vers les maillots de légende avec les longs articles.

A chaque fois que je lis ces

A chaque fois que je lis ces articles sur ces équipes et maillots de légende, j'ai l'impression d'y être! Je suis presque épuisé à la fin de l'article comme si je venais de terminer LBL. Comme d'habs, bravo!

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