Les premières conclusions après les pavés

La victoire de Greg Van Avermaet à Paris-Roubaix a clôturé ce qu’on appelle la campagne des classiques sur pavés, la campagne des classiques du Nord ou des Flandriennes. Les classiques de printemps ne sont pas finies, mais à partir de mercredi et la Flèche Brabançonne, les côtes remplacent les murs en pavés et les grimpeurs-puncheurs viennent sur le devant de la scène à la place des rouleurs-sprinters. L’occasion de tirer quelques conclusions sur les courses pavées 2017, sportivement et fantacyclistiquement parlant.

Greg tout puissant

Rarement un coureur n’a été aussi efficace sur une campagne des classiques. Il suffit de regarder les points obtenus au Fantaclassics. A ce jour, la meilleur performance était celle de Peter Sagan en 2013 (281 points), année où le Slovaque avait collectionné six podiums, dont deux victoires à Gand-Wevelgem et à la Flèche Brabançonne. Van Avermaet a fait mieux. Beaucoup mieux. C’est simple, il a remporté 4 courses (Nieuwsblad, E3, Gand-Wevelgem, Paris-Roubaix) et a terminé deux fois deuxième (Strade Bianche et Tour des Flandres). Les seules courses où il a raté le coche sont Kuurne-Bruxelles-Kuurne et Milan–Sanremo. La victoire aux Jeux Olympique a visiblement été un réel déclic. Celui qu’on appelait « l’éternel second » est devenu une véritable machine de guerre. On notera surtout qu’excepté au Nieuwsblad, ses succès ont tous un point en commun : il les a disputés au sprint contre des outsiders, après avoir réussi à se libérer des gros leaders dans des phases de transition de la course. A part dans le Mont Kemmel (Gand-Wevelgem) et le Carrefour de l’arbre (Paris-Roubaix) il n’a pas souvent fait le forcing dans les portions difficiles des parcours. Contrairement à un Sagan qui attaquait à tout va, Van Avermaet a sauté dans tous les bons coups sans trop dépenser d’énergies. Il a été tactiquement parfait en trouvant des alliés temporaires, laissant aux autres favoris le gros du boulot, ce qui a fini par les fatiguer, voir les agacer. Van Avermaet a déjà rapporté 326 points au Fantaclassics 2017. Un record qui sera difficile à battre. Et ce n’est pas fini puisqu’il pourrait encore avoir son mot à dire sur l’Amstel et, qui sait, peut-être même sur Liège-Bastogne-Liège.

Les belges maitres sur leurs terres

Sur les huit classiques du Nord, les coureurs belges en ont remporté six. Quatre avec Van Avermaet, plus les victoires de Yves Lampaert au Dwars door Vlaanderen et de Philippe Gilbert au Ronde. Seuls Sagan (Kuurne) et Kittel (GP de l’Escaut) ont évité la razzia complète pour les coureurs du Royaume. Certains diront que c’est facile, puisque GVA a remporté la moitié des courses à lui tout seul, mais, entre la deuxième place de Gilbert au GP de l’E3 et au Dwars door Vlaanderen, la deuxième place de Keukeleire à Wevelgem, la bonne campagne d’Oliver Naesen et Jasper Stuyven, la Belgique a bien été la nation dominante sur ses terres et aux alentours. Cela n’était plus arrivé depuis longtemps.

Un léger goût de trop-peu

Les classiques flandriennes 2017 ont pour l’ensemble été des belles courses. Ouvertes jusqu’au bout, équilibrées, avec des faits de courses qu’on n’oubliera pas d’aussitôt. Mais malgré tout, on a souvent eu un léger goût de trop peu au terme des épreuves. La grande bagarre entre leaders dans les portions les plus difficiles n’a finalement jamais eu lieu. Toutes les courses se sont jouées dans des phases de transitions, souvent très loin de l’arrivée, entre un muur et un berg, entre deux portions pavées, mais jamais où on l’attendait. Gilbert et Van Avermaet sont ceux qui ont le plus profités de ces situations. Ou plutôt, ce sont eux qui les ont provoquées, pendant que les Sagan, Degenkolb, Boonen, Kristoff ou Vanmarcke se préparaient à la confrontation qui n’a jamais eu lieu. Dommage, car on aurait quand même voulu voir une grosse bagarre entre leaders dans le Vieux Quaremont au GP de l’E3, un mano à mano entre Van Avermaet et Sagan dans le Paterberg sur le Ronde ou un sprint royal entre Sagan, Van Avermaet, Boonen, Kristoff et Degenkolb sur le vélodrome de Roubaix.

L’art de réussir une dernière campagne… ou pas

En 2016, Fabian Cancellara avait dit au revoir aux pavés en réalisant une campagne de tout respect, en remportant les Strade Bianche, en terminant deuxième au Ronde et dans le top-5 à l’E3 et à Gand-Wevelgem. On ne peut pas dire que Tom Boonen ait aussi bien réussi sa révérence. Leur dernière confrontation à distance sur la manière de saluer les classiques, c’est clairement Spartakus qui l’a remporté, tout en étant tranquillement assis devant sa télé en regardant Tom Boonen réaliser une dernière campagne assez anonyme. Dommage, car on avait l’impression que les jambes étaient bonnes, mais que l’envie n’y était plus. Même s’il faut dire que Tommeke n’a pas vraiment eu de réussite pour ses dernières courses, de la chute au Nieuwsblad à l’hécatombe de son équipe sur Paris-Roubaix, en passant par son problème mécanique aux pieds de son Taaienberg dans le Tour des Flandres. N’étant pas belge, Cancellara avait moins les médias sur le dos avant chacune de ses dernières courses, mais poursuivre sa saison jusqu’au bout avec d’autres objectifs au programme, lui a aussi enlevé un peu de pression sur les classiques. Contrairement à Boonen et son couperet de Paris-Roubaix. Comme Museeuw en 2004, Boonen a plus été spectateur de ses dernières classiques que protagoniste de premier plan. Connaissant l’expérience ratée du Lion des Flandres en 2004, prendre sa retraite après l’Enfer du Nord n’était peut-être pas la meilleure idée.

Le retour des italiens sur les pavés ?

Cela faisait très longtemps que les coureurs italiens n’avaient pas autant brillé sur les classiques du Nord. Il y a bien sûr eu de belles performances de Pozzato ou Ballan dans les dix dernières années, mais cette saison, c’est collectivement que les jeunes coureurs transalpins se sont distingués. Soyons clairs, ils ne sont pas montés sur un podium et ne sont pas encore prêts pour remporter un monument, mais ils commencent à reprendre du plaisir sur les pavés. Colbrelli, Felline, Moscon, voir même Sacha Modolo, ont fait une campagne complète pour la première fois de leur carrière. On pourrait presque dire qu’ils découvraient réellement les pavés cette année. Et pour une première confrontation, elle était plutôt réussie. Colbrelli n’a jamais réussi à faire peser sa pointe de vitesse dans un sprint final, mais il était là, pas loin des meilleurs et on ne doute pas que d’ici quelques années, lorsque la maitrise du pavé sera encore meilleure, Sonny pourra réellement lutter pour la victoire. Fabio Felline a également continué de nous surprendre. L’ancien semi-sprinter qui a remporté le classement à points de la dernière Vuelta tout en faisant quelques bonnes prestations dans les montagnes, s’est lancé dans les classiques flandriennes en se montrant souvent à l’avant et en obtenant quelques bons résultats. Il a un gros moteur, mais ne devra pas oublier qu’il a aussi une bonne pointe de vitesse, au risque de devenir un équipier modèle à la Daniel Oss. Gianni Moscon mérite quant à lui une mention spéciale. Il a commencé sa campagne en sourdine, faisant douter ceux qui ont cru en lui, mais il la termine en grande pompe en terminant 5ème à Roubaix après avoir fait un Tour des Flandres à l’attaque. Le tout à 22 ans ! L’avenir lui appartient. Dans cette patrouille italienne, on peut aussi ajouter les grégarios de luxe Daniel Oss et Matteo Trentin qui auraient une place de leader dans n’importe quelle autre équipe. Les héritiers des Moser, Ballerini, Tafi ou Bartoli sont peut-être enfin là.

En attendant, El Imbatido porte toujours bien son nom

Bien que les classiques du Nord aient attiré la grande partie de notre attention ces dernières semaines, comment ne pas suivre ce qui se passait dans les courses à étapes du Sud de l’Europe, où Alejandro Valverde a dicté sa loi sur toutes les vueltas possibles et imaginables. Victoire à la Vuelta a Murcia, victoire finale à la Vuelta Andulucia, à la Volta Catalunya, à la Vuelta del Pais Vasco. Neuf victoires au compteur en ce début de saison. Un Imbatido tout simplement phénoménal !

Les bons plans du Fantaclassics

Inutile de tourner autour du pot, il n’y avait qu’un seul méga bon plan sur ce Fantaclassics : Greg Van Avermaet. Lorsqu’un coureur cannibalise autant les courses, il ne reste que des miettes pour les autres. Alors que parmi les coureurs entre 10 et 20 millions, il y avait l’embarras du choix, peux d’entre eux en valaient vraiment la peine. Les seuls qu’il fallait prendre, ce sont Philippe Gilbert et Michal Kwiatkowski, puisque pour respectivement 13 et 15 fantamillions, ils ont déjà rapporté 141 et 120 points alors que leur courses préférées doivent encore arriver. Enfin, on verra si Gilbert a gardé un peu de punch pour être aussi performant sur les Ardennaises que sur les pavés et si Kwiatkowski a retrouvé un peu de régularité qui lui a tellement fait défaut ces deux dernières saisons. Car s’ils ne ratent pas le coche, ils pourraient bien tous les deux passer la barre des 200 points. Du coup, Tommeke Parie sur Roubaix qui est la seule fantateam à avoir le trio GVA-Gilbert-Kwiatkowski, aurait plus de 700 points avec trois coureurs seulement. A part ces trois là, les autres bons plans qu’on peut citer sont notamment Jasper Stuyven qui manque encore de régularité mais qui a réussi son objectif de terminer dans un top-5 d’une classique monument et rapporte finalement 82 points pour 14 fantamillions. Le bon plan low-cost, c’est évidemment Luke Durbridge avec 64 points pour deux millions, alors que parmi les coureurs entre 4 et 9 millions, il fallait surtout miser sur Oliver Naesen qui a rapporté 58 points pour 8 millions mais qui aurait pu avoir un butin bien plus important s’il n’avait pas été frappé par la malchance au Ronde et à Paris-Roubaix. Mais aussi Dylan Van Baarle (57 points pour 6 millions), Sebastian Langeveld (56 points pour 4 millions), Elia Viviani (45 points pour 4 millions), Keukeleire (44 points pour 9 millions), Gianni Moscon (42 points pour 6 millions) ou Sacha Modolo (38 points pour 3 millions).

Les plans moyens du Fantaclassics

Qu’est ce qu’est un plan moyen au Fantaclassics ? Bein c’est un coureur qui n’a pas complètement raté sa campagne mais avec lequel on espérait récolter un peu plus de points. C’est le cas évident de Peter Sagan, qui score 167 points mais qui ne peut pas considérer sa campagne des classiques réussie. Le champion du monde était probablement le plus costaud du peloton et on se souviendra de son attaque dans le Poggio lors de Milan-Sanremo, mais les plus forts ne gagnent pas toujours et si l’excès de confiance, l’inattention ou la malchance s’en mêlent, on termine par ne rapporter aucun point entre le Ronde et Paris-Roubaix… John Degenkolb a également eu un bilan mitigé. Une 5ème place à Gand-Wevelgem comme meilleur résultat du printemps est largement en dessous de ce qu’on peut espérer d’un récent vainqueur de Milan-Sanremo et Paris-Roubaix. Mais l’Allemand a finalement marqué des points à toutes les courses auxquelles il a participé et arrive à un butin final de 88 points pour 28 millions. Rien d’excitant, mais pas une catastrophe non plus. Le même discours vaut aussi pour Zdenek Stybar qui récolte 90 points pour 24 millions. Sauf que, coincé dans son rôle d’équipier chez Quick Step, il a marqué des points essentiellement sur les deux courses qui lui conviennent le mieux : les Strade Bianche (4ème) et Paris-Roubaix (2ème) et les trois équipes qui avaient misé sur lui ont du être soulagées lorsque Stybar est entré dans le bon coup à Roubaix, car sans cette deuxième place, le bilan aurait été moins satisfaisant. Nicki Terpstra fait partie de la même catégorie. Sa troisième place au Tour des Flandres et sa quatrième place à Gand-Wevelgem suffisent pour rapporter 76 points. Un minimum pour les deux fantateams qui en espérait peut-être d’avantage. Sinon, on notera aussi le score correct de Yves Lampaert qui pour 4 millions rapporte 35 points grâce à sa victoire au Dwars door Vlaanderen, ou celui d’André Greipel qui n’a pas pu participer au sprint du GP de l’Escaut mais rapporte malgré tout 26 points. Un point de plus qu’Adrien Petit (5 millions) et deux de plus que l’éternel Pippo Pozzato (6 millions).

Les mauvais plans du Fantclassics

Puisqu’il n’y a pas beaucoup de bons plans, il y a logiquement beaucoup de mauvais plans. On a déjà cité Tom Boonen qui prend sa retraite avec 37 points au compteur pour 22 fantamillions. Il était tentant et 19 fantamanagers ont fait fi du fait que Boonen n’avait plus réussi une campagne des classiques correcte depuis 2012. Dangereux de prendre un vieux champion aux portes de la retraite. Mais disons que le monde fantacycliste se divise en deux catégories, ceux qui ont pris Cancellara l’an dernier et senti que Boonen allait être un mauvais plan cette année et ceux qui ont pris Boonen en 2017 parce qu’ils s’étaient trompés de renoncer à Spartakus l’an dernier. Une métaphore qui en dit long sur la difficulté du fantacyclisme… Parmi les spécialistes des pavés, l’autre grand déçu s’appelle évidemment Sep Vanmarcke qui a vécu tous les malheurs du monde ce printemps et se contente des 32 points obtenus au Nieuwsblad. Pour 35 fantamillions, Alexandr Kristoff s’en sort un peu mieux, mais les 78 points obtenus en remportant quelques sprints des battus, ne peuvent pas satisfaire les 19 fantamanagers qui ont cru en son retour. Si Arnaud Démare n’avait pas gagné Milan-Sanremo en 2016, son prix n’aurait pas flambé et les attentes posées sur lui seraient inférieures. Mais, pour rentabilise les 19 millions investis sur Arnaud Démare, il fallait vraiment que cette saison soit celle de la consécration. Mais Démare n’a pas fait mieux que trois 6ème places à Kuurne, Sanremo et Roubaix. Il a surtout terminé très loin des premiers sur les classiques flamandes, ce qui est un grand pas en arrière par rapport à ce qu’il avait montré les années précédantes. Avec Démare, on entre dans la vaste catégorie des coureurs qui valaient entre 10 et 20 millions. Et là, la liste des mauvais plans est longue. De Ian Stannard à Lars Boom, en passant par Luke Rowe, Boasson Hagen, Stijn Vandenbergh ou Edward Theuns. Sans compter la débâcle complète de l’équipe Lotto-Soudal et les clopinettes rapportées par Jürgen Roelandts, Jens Debusschere, Tony Gallopin et Tiesj Benoot. Ce dernier peut commencer à se poser des questions après deux campagnes flandriennes décevantes, et le fait de participer à quelques courses ardennaises est plutôt une bonne idée pour voir sur quelle type de course il doit se concentrer dans le futur, tout en offrant encore un petit espoir aux 24 fantamanagers qui pensaient que le grand saut allait se produire cette année.

Enfin, même si nous nous sommes concentré sur les coureurs spécialisés dans les courses flandriennes en laissant pour l’instant de coté ceux qui participeront encore à des épreuves, nous pouvons d’ores et déjà annoncé deux mauvais plans parmi les puncheurs attendus pour les quatre dernières courses. En effet, Wout Poels et surtout Julian Alaphilippe ont annoncé qu’ils doivent renoncer aux Ardennaises en raison d’une blessure, ce qui va clairement changer la donne dans la course à la victoire au Fantaclassics 2017. Dur Dur.

Commentaires

Belle conclusion flamande

Belle conclusion flamande Lucho ! Un peu plus de lutte chez les favoris aurait en effet raujouté encore un peu plus de piment. Mais , quoiqu'il en soit, cette cuvée flandrienne 2017 restera un tout bon cru. Le parallèle Spartakus-Tomeke est très juste, fallait pas se tromper d'année... Coup de coeur pour Moscon, qui à 22 ans, se profile comme le prochain serial pedaleur du futur !

Coup de cœur pour Moscon oui,

Coup de cœur pour Moscon oui, et pour ma part gros coup de cœur pour Colbrelli. Il lui manque 10 mètres pour faire le jump avec les meilleurs, et quelques équipiers aussi sans doute. Mais quelle hargne. Vanmarcke il me fait de la peine, c'est pas possible autant de poisse/maladresse. En voyant le côté positif, je me dis qu'il est trois ans plus jeune que GVA, donc tout est encore possible, et qu'il sera soldé au prochain Fantaclassics ;-). Rayon déceptions, j'ajouterais Gaviria, quand même. Un printemps relativement anonyme pour le Colombien. Encore un peu tôt pour voir en lui un leader sur les pavés.

Je roujete duex chose:

Je rajoute deux choses: 1. Daniele Bennati dans le roue de Tom Boonen à la sortie de la trouée d'Aremberg, ça devait se terminer bien mieux que par une 41ème place à 9'41... Il était bien dans le premier groupe, sans le savoir, il allait devenir le nouveau Luca Paolini... et puis rien, drapeau blanc et neuf minutes dans les dents... Jene comprend pas... 2. Dans cette campagne ultra pourrie pour El Diablo, la grande nouvelle a été la 15ème place complètement inattendue de Laurens De Vreese à Roubaix, mon 14ème coureur à marquer des points. Il ne manque plus que Warren Barguill qui n'a pas intérêt à me faire une Wout Poels ou une Alaphilippe.

Oui, il y a des coureurs que

Oui, il y a des coureurs que je ne pourrai jamais prendre, genre Démare ou. .. Lars Boom, hein Alain. .. Par contre, Colbrelli, je devrais le prendre à chaque fois. Dire que j'ai troqué la paire Colbrelli -Ulissi pour Benoot-De Vreese à la dernière minute. Je ne m'en remets toujours pas. Et Ulissi n'a pas encore gagné la Flèche Wallonne. ..

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