Le Roi Sagan épouse enfin la Reine des classiques

Peter Sagan a remporté ce dimanche son premier Paris-Roubaix. Le champion du monde a devancé dans un sprint à deux, le suisse Silvain Dillier, rescapé de l’échappée matinale. Grâce à cette deuxième victoire sur un Monument, Peter Sagan peut désormais être considéré comme le nouveau King of the North.

La 116ème édition de la Reine des classiques a malheureusement aussi été marquée par le décès du jeune coureur belge Michael Goolaerts, victime d’un arrêt cardiaque lors du passage du deuxième secteur pavé.

Au Fantaclassics, c’est la team Les Flahutes qui s’impose en plaçant six coureurs dans le top-12 : Sagan, Dillier, Van Avermaet, Stuyven, Vanmarcke et Naesen.

Bien qu'on ait longtemps cru que cette édition de Paris-Roubaix soit courue sous la pluie et dans la boue, c'est un soleil estival et des températures enfin un peu clémentes qui accueillaient un peloton bien décidé à faire parler la poudre ce dimanche. Le départ de la Reine des Classiques était donc donné sous les rayons salvateurs d'un soleil revigorant et annonciateur d'une course rapide et décousue. La première échappée tardera néanmoins à rapidement se former et il faudra attendre une trentaine de kilomètres pour voir deux audacieux tenter leur chance. Très vite rejoints par quatre autres téméraires, ils seront finalement neuf à animer ce début de course et compteront, au plus fort de leur avance, jusqu'à huit minutes sur la meute.

Les échappés franchissent sans accroc le premier des vingt-neuf secteurs pavés après cent kilomètres de course, ce qui ne sera pas le cas du peloton déjà piégé dans cette partie glissante et boueuse. Thomas et Magnus Cort en font les frais tandis que GVA, Naesen ou encore Kristoff sont, eux, déjà retardés. Le pack se décompose et se morcelle et les premiers efforts pour revenir aux avant-postes s'engagent. On assiste également aux premières crevaisons et autres incidents techniques dont Arnaud Démarre sera la principale victime. Le rythme s'accélère à mesure que les secteurs pavés s'enchainent et de nouvelles chutes émaillent un peloton disloqué d'où seule une centaine de coureurs est parvenue à prendre la chasse aux fuyards. Langeveld, troisième l'an passé et Trentin ne se relèveront d'ailleurs pas d'un nouvel accident dans le difficile secteur d’Haveluy.

L'écrémage se poursuit, les échappés, devant, collaborent et il n'y a plus que cinquante hommes forts qui s'engagent à leur poursuite dans la Trouée d'Arenberg sous la conduite des équipiers de Peter Sagan deux minutes trente plus tard. Moment choisi par le détonnant Mike Teunissen pour placer une puissante banderille qui n'échappe pas à Philippe Gilbert et qui voit les deux comparses s'en aller à plus de nonante kilomètres du but. Ils parviennent à se ménager une vingtaine de secondes de bonus sur le peloton, mais celui-ci n'est guère décidé à laisser faire les choses. Les deux courageux légitimement repris, c'est Stybar qui, à son tour, tente immédiatement un contre et s'envole pour une nouvelle échappée au long cours. On pensait le festival des bleus bien parti mais il était écrit, cette fois, qu'on ne laisserait pas faire les Quick-Step. Ca contre de toutes parts et la chasse s'organise pour ne pas laisser le tchèque se faire définitivement la malle. L'effort de Stybie semblait pourtant porter ses fruits mais étrangement, l'ancien champion de cyclo-cross finira par se relever et reprendra, penaud, sa place bien au chaud.

Il faut dire que l'équipe de Peto Sagan ne ménage pas ses efforts et reprend, plus souvent qu'à son tour, tout ce qui bouge. Successivement, Van Avermaet attaque même par deux fois, mais, surprise, à soixante kilomètres du but, c'est le boss en personne qui décide de mettre les voiles. D'un coup de pédale aérien et rageur, Terminator part en solitaire et, comme souvent ce printemps, personne ne prend sa roue. Une fois de plus, on se regarde, on s'interroge mais nul ne semble prendre la menace au sérieux. Aussi, est-ce dû à leur mauvais placement à cet instant de la course, mais même le Wolfpack ne réagit pas et laisse filer le champion du monde. En fait, le peloton temporise et il faudra en fait attendre que les audacieux Stuyven et Van Aert s'emballent pour voir une vraie réaction des cadors. Entre-temps, Sagan a déjà rattrapé les trois devant et semble bien décidé à ne pas s'en laisser conter. Le secteur de Mons-en-Pévèle verra finalement Terpstra sortir de sa coquille et mettre un terrible coup de semonce qui fait imploser le pack, mais les dés étaient déjà jetés et Sagan pouvait sereinement (ou presque…) s'envoler vers un succès que personne n'a jamais voulu vraiment lui contester. Derrière lui, c'est la débandade, le néerlandais fait tout voler en éclat mais on ne se sera pas bien longtemps mis à rêver d'un retour gagnant. Pourtant bien accompagné par GVA, Stuyven et Van Marcke, c'est au moment où les poursuivants touchent presque au but que Sagan, après avoir reserré lui-même sa potence, et l'incroyable Sylvain Dillier en remettent une couche et s'éclipsent une bonne fois pour toute vers le Vélodrome de Roubaix.

En fin renard, le slovaque ne fera qu'une bouchée du valeureux champion suisse tandis que le récent vainqueur du Tour de Flandres parviendra à se défaire de ses trois compagnons pour s'offrir un nouvel accessit et une place sur le podium. Peter Sagan gagne donc méritoirement et avec la manière son deuxième monument et, même si on aurait aimé voir l'adversité un rien plus véloce, nuls doutes que le champion du monde fait partie de la race des seigneurs et qu'il mérite amplement sa victoire. Il clôt ainsi de la plus belle des manières la campagne flamande de ces Classiques de printemps qu'on aurait, tout de même imaginé, un rien plus spectaculaire et qui en aura certainement laissé plus d'un sur sa faim.

Au Fantaclassics, la dernière manche des courses sur pavés a été remportée par une des deux seules équipes ayant eu la bonne idée d’acheter Silvain Dillier pour 3 fantamillions. C’est en effet la team Les Flahutes qui remporte l’étape du jour avec 248 points. Une équipe clairement orientée sur les courses flandriennes, avec une belle brochette de spécialistes des pavés comme Sagan, Stuyven, Van Avermaet, Vanmarcke et Naesen. Si Lampaert et Oss avaient terminé dans le top-20, le score aurait pu être encore plus élevé. Si Gatto, Trentin et Thomas avaient terminé la course, on pouvait carrément battre des records. La team Il Padrino monte une nouvelle fois sur le podium avec sa combinaison désormais bien consolidée : Sagan, Terpstra, Van Avermaet, Stuyven, Vanmarcke et Naesen. Le parrain du fantapeloton prend aussi la tête du classement général, mais risque d’être un peu moins à l’aise sur les Ardennaises. On notera aussi que la formation L’Echappé Belle monte sur la troisième marche du podium avec les « seuls » Sagan, GVA, Stuyven, Vanmarcke et Stybar… Il faut dire qu'avec les chutes de Kristoff, Trentin, Cort Nielsen ou Thomas, les mauvaises prestations de Démare, Gilbert, Moscon, Boasson Hagen ou Lampaert, ce Paris-Roubaix aurait pu mieux tourner pour de nombreuses équipes.

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