Les favoris pour Paris-Roubaix: du sang, des larmes…et des Quick-Step

Les classiques, c’est comme le Bordeaux: toutes les cuvées ne peuvent pas être exceptionnelles. Et franchement, cette cuvée flandrienne 2018, dont le highlight est la renaissance du vétéran Niki Terpstra, a tout d’une infâme piquette. Alors ouf, ce dimanche, comme antidote au mal de crâne, on a droit à Paris-Roubaix, qui est souvent la course la plus spectaculaire de l’année, pour laquelle on vous promet du sang, des larmes… et des Quick-Step. 

Les classiques flandriennes s'achèvent ce dimanche avec le troisième monument de la saison : Paris-Roubaix. Qu'il pleuve, qu'il neige ou qu'il vente, on ne s'ennuie jamais sur la Reine des Classiques, dont les secteurs pavés (29 cette année) compensent largement le manque de dénivelé du parcours.

S'imposer au Vélodrome de Roubaix requiert trois ingrédients. Tout d'abord, il faut de la puissance, de la virtuosité et un parfait contrôle de son vélo pour dompter les pavés. Ensuite, il faut du flair et un sens tactique aiguisé pour sentir le bon coup dans une course souvent décousue, parfois carrément folle, qui peut se gagner en partant depuis n'importe d'où. Et puis finalement, il faut aussi un brin de chance : si on peut tout à fait crever dans la trouée d'Arenberg et gagner la course, après Mons-en-Pévéle tout pépin mécanique est a priori mortel.

En fonction de ces nombreux paramètres, Paris-Roubaix est sans aucun doute une des courses les plus spectaculaires du calendrier, si pas carrément la plus spectaculaire. Elle ne récompense pas toujours le meilleur coureur, mais son vainqueur est par définition méritant : les suceurs de roue se font refuser l'entrée de l'Enfer du Nord.

Le jeu des paris est donc compliqué sur ce monument. Une seule chose est sûre, il faudra faire preuve de créativité pour battre des Quick-Step ultra-dominateurs, qui ont tout gagné sur le sol belge sauf l’Omloop et Gand-Wevelgem! En effet, personne mieux que Patrick Lefevere n’a profité de la réduction des équipes de 8 à 7 coureurs. Dans cette configuration, le vieux sorcier belge aligne des équipes hyper-compactes, avec 4 ou 5 vainqueurs potentiels, sans hiérarchie établie, qui peuvent chacun attaquer en fonction de leur état de forme du moment et de la dynamique de la course, sachant que leurs coéquipiers sont prêts à les couvrir. Face à eux, les leaders des équipes traditionnelles ont un gregario de moins pour mener la chasse. Ajoutez à cela l’obsession des cadors pour marquer Sagan (comme s’ils préféraient perdre tout le temps contre les Quick-Step que de perdre de temps en temps contre Sagan), et la formule Lefevere est jusqu’à présent létale… On verra dimanche si quelqu’un a trouvé l’antidote!     

 

Niki Terpstra

Il fut déjà l'homme à battre sur les pavés de Roubaix entre 2012 et 2014, avec 3 « top 5 » dont une victoire en 2014, avant de sombrer dans un relatif anonymat. Il faut dire que la main passe vite chez Quick-Step, où il n'était a priori plus un des premiers violons. Mais il renaît tel le phoenix en 2018: vainqueur au Samyn et à l’E3, il a fait une démonstration au Ronde dimanche dernier. Sur son état de forme, il est le favori logique de ce qui est en principe sa course-fétiche. Les deux derniers auteurs du doublé Ronde-Roubaix? Les galacticos Boonen (2005, 2012) et Cancellara (2010, 2013), qui l’ont chacun fait deux fois!

 

Philippe Gilbert

Il a un côté insupportable notre Philou, lorsqu’il descend de son vélo pour franchir la ligne d’arrivée ou qu’il démarre à 500 mètres de celle-ci pour aller gratter une troisième place. Mais le talent est là, et franchement, si un coéquipier n’avait pas été devant dimanche dernier, c’était peut-être lui qui gagnait le Ronde. A priori, dans le manège des Quick-Step, sachant que Terpstra a déjà « mangé » (et qu’il sera forcément davantage marqué), Gilbert devrait recevoir son bon de sortie. Il a en tout cas annoncé la couleur avec son  challenge « Strive for Five »: sa priorité, ce sont les 2 monuments (Roubaix et Sanremo) qui lui manquent pour rejoindre Van Looy, de Vlaeminck et Merckx dans la légende.

 

Peter Sagan

Paris-Roubaix, ce n'est vraiment pas la tasse de thé du Slovaque : son meilleur résultat y fut une obscure 6e place en 2014. Difficile d'expliquer cette indigence dans le chef d'un champion d'une telle envergure, qui a de plus un vrai feeling pour le cyclocross. Les mauvaises langues diront que son intelligence de course n'est pas toujours à la hauteur de son potentiel physique, ce qui ne pardonne pas sur cette course de fins renards. L’homme est en tout cas frustré d’avoir une cible dans le dos alors que ce sont les Quick-Step qui raflent tout: on ne serait pas surpris de le voir faire un grand numéro dimanche, du style démarrer à 60 bornes de l’arrivée histoire de voir comment les Quick-Step se débrouillent en poursuite.

 

Greg Van Avermaet

Malgré un état de forme très en-dessous des attentes des fantamanagers, le champion olympique reste une référence incontournable sur le pavé de Roubaix, avec 3 « top 4 » lors de ses 4 dernières participations à la Reine des Classiques, dont une superbe victoire l'an dernier. Il peut éventuellement entretenir des illusions à l'Amstel, mais ce dimanche est a priori sa dernière chance de sauver sa saison des classiques.  

 

Sep Vanmarcke

Il avait le talent pour une carrière à la Boonen sur les flandriennes, désormais il lui reste à prier pour une éclosion tardive à la Van Avermaet afin d'étoffer un palmarès famélique ! Si cela doit arriver, cela pourrait bien commencer à Roubaix, où sa science du pavé le propulse presque systématiquement dans l'échappée gagnante, comme en témoignent ses résultats lors de ses 4 dernières participations : 2e en 2013, 4e en 2014, 11e en 2015 et 4e en 2016.  

 

Zdenek Stybar

Avec un palmarès qui renseigne 2 deuxièmes places et 2 « top 10 », le champion tchèque formé au cyclocross est un autre habitué des bons coups à Roubaix. On peut penser qu'à 32 ans il est sur la pente descendante, mais sa saison est remarquable de régularité, avec des « top 10 » aux Strade, à l'E3, à Gand-Wevelgem, à Dwars et au Ronde. Probablement moins marqué que Terpstra et Gilbert chez Quick-Step, ce sera peut-être lui qui tirera les marrons du feu.  

 

Jasper Stuyven

En parlant de régularité, Jasper Stuyven, a été incontournable dans cette saison des classiques flandriennes. A force de terminer dans le « top 10 » de toutes les courses, il pourrait bien finir par en gagner une ! En finissant quatrième l'an dernier, il a prouvé qu'il avait les qualités pour s'imposer à Roubaix.

 

 Arnaud Démare

On l’a déjà dit dans ces colonnes, le Français est en grande forme : après tout, il n’est pas le top scorer de ces fantaclassiques pour rien ! Comme cela avait déjà été le cas à Sanremo, dimanche dernier au Ronde on a souvent vu son maillot tricolore à l’avant du groupe des cadors, qu’il n’a finalement quitté que lorsque Sagan a contré dans le Paterberg. Sur le parcours plat de Roubaix, quelque chose nous dit que le Français sera très difficile à lâcher, et que sa vitesse de pointe pourrait alors faire très mal sur le Vélodrome.     

 

Wout Van Aert

Prenez Stybar en plus fort et avec 10 ans de moins : vous avez Wout Van Aert ! Le jeune prodige belge du cyclocross a toutes les qualités pour devenir l'animateur de nombreux Paris-Roubaix à venir. A l'attaque sur son terrain de prédilection lors des Strade, avec les meilleurs au Ronde: il a le talent pour s’imposer dès dimanche.  

 

Gianni Moscon

Un peu comme Van Aert, qui a 23 ans comme lui, on se dit que Gianni Moscon ne fait qu'entamer une longue histoire d'amour avec Paris-Roubaix. A cette différence près que l'Italien a déjà deux Reines des Classiques dans les jambes, et qu'il était dans l'échappée gagnante l'année dernière. L'atout-maître de la Sky ce dimanche.

 

Commentaires

Je ne comprendrai jamais

Je ne comprendrai jamais vraiment cette aversion pour Gilbert... D'autant qu'en plus d'être plus que talentueux, il est loin de ne pas être altruiste. D'autre part, on ne peut quand même pas bouder son plaisir quand il arrache un podium, qui plus est sur le Tour de Flandres, ça me parait loin d'être déshonorant. Son seul malheur, c'est probablement d'avoir passé bien trop d'années chez BMC. On l'aurait peut-être autrement considéré. Pour moi, en tout cas, il est de la race des seigneurs. Mais bon, on ne peut assurément pas plaire à tout le monde. Heureusement que tu lui mets tout de même cinq étoiles ;o). Après, vu son état de forme, je vois bien Stybar enfin conclure, car on a vu cette année qu'il ne faisait pas bon d'être grand favori. Puisse Philou nous (me) contredire...

Disons que ce printemps,

Disons que ce printemps, Gilbert a bien profité de la suprématie Quick-Step pour aller gratter des places d'honneur en fin de course, sans trop d'efforts. Rien de scandaleux en soi, mais ça arrange surtout ceux qui ont misé sur lui au Fantaclassics et ça enerve les autres... normal...