Polti, lorsque le fast-food voulut s'introduire dans le cyclisme

Le deuxième maillot à gagner au Fantagiro 2016 est celui de l’équipe Polti de 1999. Un maillot qu'on connait surtout parce qu'il arborait l’enseigne de McDonalds, mais qui a aussi accompagné la fin d’une des structures historiques du cyclisme italien. Retour sur un maillot plus légendaire que ce que l’on pense.

La Team Polti est entrée dans le peloton en 1994 avec son maillot zébré jaune-et-vert bien dégueu, il faut le dire. La formation n’était cependant pas nouvelle, puisqu’il s’agissait essentiellement d’un nouveau sponsor pour la structure dirigée par Gianluigi Stanga, Claudio Corti et Vittorio Algeri qui s’appelait encore Gatorade la saison précédente. Cette équipe était une des plus anciennes du peloton, puisque sa réelle création par Stanga remontait à 1984 avec la Supermercati Brianzoli, devenue ensuite Château d’Ax, puis Gatorade. L’équipe s’était notamment développée dans le milieu des années ’80 autour de Francesco Moser et son oncle-manager Enzo avant de s’imposer définitivement grâce à Gianni Bugno. C’était d’ailleurs toujours Gianni Bugno qui menait la formation Polti lors de sa première année d’existence. L’ancien champion du monde lui offrit très tôt son premier succès en remportant le Tour de Flandres devant les spécialistes Museeuw, Ballerini et Tchmil.

La première saison de la Team Polti dans le peloton est donc marquée par cette première (et unique) grande victoire de Bugno sur les routes flamandes. Le palmarès de la jeune formation sera aussi enrichi par les victoires du sprinter Djamoldine Abdoujaparov qui remporte notamment deux succès sur le Giro et deux sur le Tour de France. L'Express de Tachkent endosse également le maillot vert du Tour cette année-là. Les débuts de l'équipe sont prometteurs, mais la star Gianni Bugno décide de changer d'air au terme de la première saison, tout comme Abdoujaparov d'ailleurs. Incapable de se payer un vrai leader, Gianluigi Stanga doit réinventer la manière de gérer son équipe et engage plusieurs coureurs qui lui offriront quelques succès qui auront au moins le mérite de justifier la présence de la marque d'aspirateurs dans le peloton. Luc Leblanc, Eric Boyer, Mauro Gianetti et Giovanni Lombardi arrivent dès 1995 et remportent quelques courses mineures, mais aussi des étapes dans les grands tours et surtout le doublé Amstel-Gold-Race et Liège-Bastogne-Liège avec le suisse Gianetti. Serguey Outschakov sera aussi une des grandes figures de la Team Polti pendant ses années-là, puisque le coureur ukrainien remporte plusieurs victoires d'étapes au Giro et au Tour de France et devient une réelle star dans son jeune pays.

Contrairement aux grosses écuries comme la Mapei, Festina, ONCE ou la Team Telekom qui se forment dans la deuxième moitié des années '90, la Team Polti reste fidèle à une vision "vieille école" de l'équipe cycliste, basée sur un nombre réduit de bons coureurs et des ambitions limités mais réalistes. En 1997, l'équipe engage Axel Merckx et Giuseppe Guerini. Si le fils du grand Eddy ne remportera qu'une seule victoire avec son nouveau maillot, il réalisera son meilleur Tour de France en 1998 sous les couleurs de Polti en terminant dixième du classement général. Guerini offrit quant à lui une nouvelle dimension à l'équipe, puisque le grimpeur lombard monta sur la troisième marche du podium du Giro dès sa première saison chez les jaune-et-vert. Des jaune-et-vert qui devinrent jaune-et-rouge en 1998 avec l'enseigne McDo en prime et qui verront Guerini obtenir un nouveau podium au Giro, avec notamment la fameuse victoire d'étape de Selva di Val Gardena. Une étape qui marqua la prise de pouvoir de Marco Pantani sur le seul Giro que le Pirate remportera.

La même année, Marco Pantani réalisera le doublé Giro-Tour et on se souvient que lors de son attaque historique dans le Galibier lors de l'étape des Deux Alpes, le seul coureur qui tenta en vain de répondre à l'accélération de l'italien, c'était Luc Leblanc avec son maillot Polti caché en dessous de son imperméable. "Lucho" le Limousin a d'ailleurs vécu une histoire d'amour-haine avec la formation de Stanga. Arrivé au milieu de la saison 1995, après la faillite de la formation Le Groupement qui avait engagé le champion du monde en titre avant de sombrer à cause de problèmes financiers, Luc Leblanc fut sans cesse victime de problèmes physiques pendant sa période dans l'équipe italienne. Il réussit néanmoins à récolter des bons résultats, comme la sixième place au Tour 1996 ou les placed d'honneur sur la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège. Mais la carrière de Leblanc était sur la pente descendante et au printemps 1999, victime de nouveaux pépins physiques, "Lucho" apprit dans la presse que l'équipe avait décidé de se passer de lui pour le restant de la saison en le remplaçant par Richard Virenque qui venait à peine de sortir de l'enfer du Tour 1998 et de l'affaire Festina. Le coup de pub était parfait pour la marque, mais le coup de pute à Luc Leblanc, dirigé en coulisse par Richard Virenque lui-même, parait-il, était tout aussi beau. Le français entama un procès contre son ancien patron qu'il gagna plusieurs années plus tard, mais ce licenciement abusif sonna la fin de carrière d'un des coureurs les plus attachants des années '90.

L'arrivée de Richard Virenque et celle en parallèle d'Ivan Gotti marqua une dernière tentative de relancer un groupe qui avait de plus en plus de mal à trouver sa place dans le peloton. Il faut admettre que cela fonctionna assez bien et encore une fois, les chemins de la Team Polti et du regretté Marco Pantani se croisèrent sur les routes du Giro. Un tour d'Italie dominé de long en large par Pantani qui fut cependant exclu de la course à deux jours de l'arrivé à cause d'un taux d'hématocrite anormalement élevé. Ivan Gotti reçut le maillot rose qu'il n'était pas allé chercher à la pédale et qu'il n'avait même plus le temps de réellement défendre. Il offrit ainsi la plus belle victoire à la Team Polti. Enfin, peut-être pas la plus belle, mais surement la plus prestigieuse. La même année, Richard Virenque se relança dans son habituelle conquête du maillot à pois au Tour de France et ne rata pas son objectif. Mais les temps avaient changé et Gianluigi Stanga ne se reconnaissait plus dans ce cyclisme trop structuré, trop réfléchit, trop international, trop médical. Il raccrochera son costume de directeur sportif au clou après une saison 2000 anonyme et une vie dédié au cyclisme. Et à part les victoires sur les routes, il restera celui qui a réussi à mettre la marque d'une chaine de fast-food sur les maillots d'une équipe cycliste. Le tout en plein âge d'or du dopage, ce qui prouve bien qu'à l'époque, on ne se souciait guère de la santé des coureurs… ni de celle des spectateurs!

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