Mercatone Uno, l’équipage du Pirate

Parmi les maillots vintage à gagner au Fantagiro 2017, on retrouve le maillot de l’équipe Mercatone Uno de 1997. Un maillot et une formation associés à un seul nom: Marco Pantani. Retour sur l’histoire tragique d’une équipe et de son Pirate.

La marque Mercatone Uno a laissé d’importantes traces au cours de son passage dans le peloton. Une marque qui sent bon le cyclisme de proximité, les équipes à caractère régional, les Vérandas Willems et autres BigMat. Il ne faut pas confondre l’équipe Mercatone Uno ayant existé entre 1992 et 1995 avec celle de Marco Pantani. En effet, la chaine de supermarché du meuble Mercatone Uno avait sponsorisé pendant une courte période la structure sportive qui aura plus tard pas mal de succès avec le sponsor Saeco. Le maillot jaune était déjà présent et des champions comme Michele Bartoli aussi, mais la vraie formation Mercatone Uno, celle connue par tous les passionnés de cyclisme, c’est l’équipe qui a existé entre 1997 et 2003.

Après la fin de l’équipe Carrera à la fin de la saison 1996, le futur de son principal leader Marco Pantani était incertain. Le jeune grimpeur s’était révélé au monde cycliste en montant sur le podium du Giro et du Tour en 1994 et était un des grands espoirs du cyclisme transalpin pour les grands tours. Mais il avait été victime d’un grave accident lors de Milan-Turin de 1995 et n’avait pas couru pendant toute la saison 1996. Le patron de Mercatone Uno Romano Cenni et son ami manager sportif Luciano Pezzi, tous les deux venant de la même région que Pantani, l’Emilia Romagna, croient en Pantani et décident de créer une équipe autour d’un seul leader. Giuseppe Martinelli est appelé comme Directeur sportif et de nombreux équipiers fidèles à Pantani comme Massimo Podenzana, Mario Traversoni, Marcello Siboni, Stefano Cecchin, Sergio Barbero ainsi que les frères Beat et Markus Zberg passent de la Carrera à Mercatone Uno.

Ayant les grands tours comme objectif principal, la première saison de la Mercatone Uno commence plutôt mal. Lors de la huitième étape du Giro, un chat noir croise la route de Pantani et le fait chuter. Il terminera l’étape mais sera contraint à l’abandon, poursuivant ainsi son ambiguë relation avec le mauvais sort. Mais Pantani se présente quelques semaines plus tard au départ du Tour de France. Le grimpeur est inconstant et perd beaucoup de temps en première semaine. Il monte en puissance dans les Alpes où il remporte l’étape de l’Alpe d’Huez (où il ne battra pas son record de l’ascension détenu depuis 1995) et celle de Morzine, pour terminer le Tour en troisième position derrière Jan Ullrich et Richard Virenque. Cette année-là, Mario Traversoni remporte également une étape. Ce sera la seule d’un autre coureur Mercatone Uno sur le Tour de France.

L’année 1998 sera celle de la consécration pour Marco Pantani. Il commence l’année en remportant quelques courses lors des tours d’une semaine et renonce aux classiques ardennaises pour mieux se préparer pour le Giro. La Mercatone Uno s’est associée à la marque de cycles Bianchi et bénéficie des conseils de son représentant Felice Gimondi, le dernier vainqueur italien du Tour. Cependant, le grand favori au départ du Giro 1998 n’est pas Pantani, mais bien le double vainqueur de la Vuelta Alex Zülle. Le Suisse réussit d’ailleurs à distancer le grimpeur italien dans les premières difficultés de la course. Mais Zülle craque complètement lors de l’étape de Selva di Gardena où Pantani attaque très tôt et endosse le maillot rose après l’arrivée. Sachant qu’il reste un contre-la-montre à l’avant dernière étape, Pantani doit augmenter son avance sur son dauphin Pavel Tonkov. Lors de l’étape de Montecampione, il fait le forcing pendant plusieurs kilomètres sans réussir à se débarrasser du russe de la Mapei. Mais à deux kilomètres de l’arrivée, Tonkov doit lever drapeau blanc et Pantani s’envole vers sa première et unique victoire sur le Giro. En pleine confiance, il décide de participer au Tour de France. Ayant perdu le rythme de course suite à un repos d’un mois, Pantani perd beaucoup de temps lors de la première semaine de la Grande Boucle entre prologue, cassures, contre-la-montre et affaire Festina. Il arrive dans les Pyrénées avec plus de cinq minutes de retard sur le leader Jan Ullrich mais remporte l’étape du Plateau de Beille et se place en troisième position du général. Lors de la 15ème étape des Deux Aples, Pantani attaque sous la pluie dans l’avant dernier col et s’envole vers une victoire légendaire. Il refile plus de 9 minutes à un Jan Ullrich en pleine crise et remporte finalement le Tour de France devant l’Allemand et Bobby Julich. Pantani devient le septième coureur de l’histoire à réaliser le doublé Giro-Tour. Personne n’a réussi cet exploit depuis lors. La légende du Pirate est née.

Mais la vie de Marco Pantani a toujours alterné la gloire et le drame. En 1999, il est dans la forme de sa vie et prend le départ du Giro en tant que grand favori. Il honore son nouveau statut en dominant le Giro de fond en comble. Dès que la route monte, le Pirate se lève sur les pédales, met les mains sur le bas du guidon tel un sprinter et salue ses adversaires. Il remporte quatre victoires d’étape, dont la plus impressionnante au sanctuaire d’Oropa où il est victime d’un saut de chaine aux pieds de l’ascension et remonte un-à-un les 49 coureurs devant lui pour s’imposer avec 20 secondes d’avance sur Laurent Jalabert. Mais avant le départ de l’avant dernière étape à Madonna di Campiglio, la nouvelle tombe comme une douche froide sur l’Italie entière. Marco Pantani est contrôlé avec un taux d’hématocrite supérieur aux 50% autorisés et est suspendu « à titre préventif » pour deux semaines. Ivan Gotti remporte le Giro, mais personne n’en a cure.

Les tifosi sont abattus. Nous somme en 1999 et malgré l’affaire Festina, le public ne sait pas encore que l’usage de l’EPO est quasi généralisé. Pantani se défend, parle d’acharnement, d’injustice, voir de complot. Aujourd’hui encore, la thèse du complot refait surface régulièrement, notamment depuis que certains mafieux repentis ont mentionné des affaires de paris clandestins, avec des grandes sommes misées sur une éventuelle défaite de Pantani dans un Giro qu’il avait pratiquement gagné. Toujours est-il que Pantani tombe dans une première grande dépression. Il déclarera lui-même que « cette fois, ce sera difficile de se relever ». Il ne participe pas au Tour, même si sa suspension était déjà levée. La Mercatone Uno prend quand même le départ de la première Grande Boucle remportée par Lance Armstrong, mais sans leur leader, les grégarios sont perdus et le Tour de l’équipe sera complètement anonyme. Les organisateurs de l’ASO s’en souviendront.

Abattu, le Pirate oublie le vélo et entre dans la spirale malsaine de la consommation de cocaïne. Les débuts de la saison 2000 sont tout aussi difficiles. Pantani n’est plus motivé, il ne s’entraîne pas et ne participe à aucune course au printemps. Les dirigeants de la Mercatone Uno doivent donc trouver une alternative au Pirate. Elle s’appellera Stefano Garzelli, une jeune coureur complet qui avait montré de belles choses les années précédentes, en remportant des courses importantes comme le Tour de Suisse. Il sera le leader désigné au départ d’un Giro auquel Pantani n’aurait pas dû participer. Mais le Pirate ne s’avoue pas vaincu et veut renaitre de ses cendres. Il convainc Martinelli de lui faire une place dans la team pour le Giro. Complètement hors forme, Pantani passe les deux premières semaines de la course en queue de peloton. Voir le meilleur grimpeur de sa génération peiner dans les cols remplit de tristesse tous les fans de Pantani, même si les bonnes performances de Garzelli permettent aux dirigeants de la Mercatone Uno de se consoler avec le « Piratino ». En pleine lutte pour le maillot rose avec Francesco Casagrande et Gigi Simoni, Garzelli pourra compter dans les dernières étapes de montagne sur un équipier de luxe : Marco Pantani. Avec les kilomètres accumulés, le coureur déprimé redevient le Pirate et lors de l’étape menant le peloton à Briançon, Pantani emmène son leader comme un vrai grégario. Il monte le col de l’Izoard avec le frein à main en attendant Garzelli et en évitant qu’il se fasse attaquer par Casagrande en maillot rose. Il aurait pu fausser compagnie à tout le monde comme à la belle époque, mais a préféré jouer un rôle de lieutenant faisant preuve d’une générosité qu’on ne lui connaissait pas. Ce comportement sur le mythique Izoard augmenta encore plus sa popularité. Garzelli prendra le maillot rose lors du dernier contre-la-montre et offrira un deuxième Giro à la Mercatone Uno.

Marco Pantani prend ainsi le départ du Tour de France de l’an 2000 avec des ambitions retrouvées et une énorme envie de revanche. Mais les premiers jours de course sont comme toujours difficiles. Pantani accumule du retard et est lâché par les meilleurs dans les cols des Pyrénéens. Lors de la 12ème étape menant au Mont Ventoux, le Pirate semble à nouveau lâché, mais revient sur les meilleurs tout en faisant l’élastique pendant plusieurs kilomètres. Et alors qu’il semble sur le point de craquer, Pantani attaque à 5 kilomètres du sommet. Une première accélération, une deuxième, une troisième et finalement, le Pirate réussit à lâcher Virenque, Beloki, Heras, Botero, Ulrich et Armstrong. Mais le Texan revient sur Pantani qui s’impose finalement au terme d’un sprint à deux pour s’offrir une première victoire sur le mont chauve. Ce qui pouvait sembler être une résurrection sera finalement le début de la fin du Pirate. En effet, une guerre psychologique s’installe entre Pantani et Armstrong, ce dernier affirmant qu’il a offert la victoire à Pantani sur le Ventoux, qu’il préfère l’appeler Dumbo plutôt que le Pirate en raison de ses oreilles décollées, que Pantani est trop loin au classement et qu’il ne fait peur à personne. Mais Armstrong craint Pantani qui est le seul capable de le lâcher en montagne comme il le prouvera trois jours plus tard à Courchevel, lorsque l’Italien refile 50 secondes à l’Américain en deux kilomètres. Tout oppose les deux coureurs. L’arrogance et la confiance en soi pour le Texan soutenu par les grands pouvoirs du cyclisme mondial ; la timidité, le doute et la peur du complot pour l’Italien. Mais Pantani est un battant. Dans l’étape reine des Alpes, il attaque dès le premier col et met en difficulté toute l’équipe du maillot jaune, peu habituée à des adversaires aussi imprévisibles et coriaces. Armstrong panique, fait travailler ses équipiers en les épuisant avant l’heure pour finalement reprendre Pantani avant la dernière difficulté du jour, le Col de Joux Plane. Dans cette montée, Pantani craquera, mais Armstrong aussi. Cependant, l’Américain restera en maillot jaune, alors que Pantani abandonnera le Tour le lendemain prétextant un problème intestinal. L’étape de Morzine et la tentative suicidaire du Pirate sera son dernier fait d’arme sur le Tour de France. Blessé intérieurement par cette défaite face à Armstrong, Pantani tombe dans une profonde dépression.

La saison 2001 sera difficile pour Mercatone Uno qui a perdu Stefano Garzelli parti chez Mapei. Malgré quelques coureurs capables de gagner des courses mineures comme Marco Velo, Dimitri Konyshev, Fabiano Fontanelli ou un jeune Igor Astarloa, l’équipe est trop Pantani-dépendante et ne connaissant pas les conditions psycho-physiques du leader, Jean-Marie Leblanc et ses compères d’ASO n’invitent pas la Mercatone Uno au Tour 2001. L’humiliation sera de taille et Pantani ne s’en remettra pas. Sa dépendance à la cocaïne augmente tout comme son profond mal-être. Il participe de manière anonyme au Giro et à la Vuelta 2001 et au Giro 2002. Courses qu’il ne terminera pas.

Les choses semblent aller mieux en 2003 où il lutte avec les meilleurs dans le Giro qu’il termine en 14ème position. Mais, le Pirate s’est perdu et ne remontera plus en selle après ce dernier Giro. L’équipe Mercatone Uno se dissout à la fin de la saison et quelques mois plus tard, alors que Lance Armstrong s’apprête à débuter la saison qui lui offrira son sixième Tour de France, Marco Pantani se suicide dans un hôtel de Rimini, sur la Riviera de Romagne, ne ratant pas le dernier rendez-vous avec son destin tragique.

Commentaires

Que de souvenirs, que de noms

Portrait de Our Frank
Que de souvenirs, que de noms ressuscités. Pantani, un grand champion perdu dans une belle époque de merde (désolé pour le terme mais j'ai pas trouvé mieux). Un destin tragique qui m'en rappelle un autre, très similaire... Pour le reste, merci pour ces petits cadeaux, Fantacycling toujours au top.

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