Les transferts d’intersaison: choix payant ou risqué ? Episode 1

Le mercato cycliste d’intersaison est surement moins passionnant à suivre que celui du foot : pas de chiffres exorbitants, pas de records battus d’année en année, pas feuilleton ni de drame, surtout que tous les transferts se négocient à l’abris des regards, pendant le mois d’août, alors que la saison est loin d’être terminée. Cette année, le mercato cycliste a cependant offert plus de changements de taille que d’habitude. Plusieurs grands noms ont troqué de tunique et surtout, un nombre incalculable de lieutenants ou semi-leaders ont décidé de changer d’air pour tenter de franchir un nouveau cap ou relancer une carrière stagnante.

Pour y voir clair avant le début des courses, Fatacycling.com vous offre une petite analyse, par ordre alphabétique, des principaux transferts de la saison. Premier épisode, de A à D.

Fabio Aru

Il quitte Astana pour UAE Team Emirates.

Après six saisons chez Astana et un long feuilleton lié à sa permanence ou non dans l’équipe kazaque, le champion d’Italie fait une sorte de retour au pays, puisqu’il s’engage dans la structure sponsorisée par les Emirats mais gérée par Giuseppe Saronni et l’ancienne direction de Lampre. Aru n’est pas le seul grand coup d’un campagne très active de l’équipe UAE, mais il est l’un des transferts majeurs de l’année.

Pourquoi il peut réussir dans sa nouvelle équipe : après les polémiques sur l’absence de soutien de qualité lors du dernier Tour de France, Aru se devait de changer d’air pour pouvoir s’engager en tant que leader unique sur le Giro, à priori son grand objectif de l’année. Il aura sans aucun doute une équipe entière à sa disposition, ce qui n’a pas toujours été le cas ces dernières années. En plus, si Aru remonte sur le podium du Giro, ce qui semble faisable vu la probable concurrence, sa saison ne sera pas ratée et tous les autres résultats ne seront que du bonus.

Pourquoi il peut se planter dans sa nouvelle équipe : le Sarde a quitté Astana sans prendre avec lui les équipiers importants comme Cataldo ou Tangert, alors que son mentor Paolo Tiralongo est parti à la retraite. Il se retrouvera dans une équipe qui n’a finalement jamais lutté pour un classement général de grand tour et qui ne possède pas vraiment de grimpeur capable de soutenir un leader en montagne. Ce n’est pas pour rien que Saronni a réussi à convaincre Przemislav Niemec de rempiler pour un an, car ce ne sont pas Diego Ulissi ou Rui Costa qui se sacrifieront pour leur nouveau leader.

Chances de réussite : ***

Warren Barguil

Il quitte Sunweb pour Fortuneo-Samsic.

Après une année haute en couleurs et un magnifique Tour de France accompli en roue libre, le français quitte la formation hollandaise, qui l’avait fait éclore, la tête et la queue quelque peu dans le guidon. A 26 ans, le vainqueur du Tour de l’Avenir 2012 s’offre un nouveau défi et revient au bercail au sein de l’ambitieuse équipe hexagonale. Le temps est venu pour Wawa de franchir un palier et de démontrer qu’il fait désormais partie des meilleurs grimpeurs du peloton. Le breton a les capacités pour briller au firmament des étoiles, à lui de prouver maintenant qu’il a également les épaules pour assumer son statut de nouvelle star montante et d’écrire de nouvelles lettres de noblesse au palmarès des grands champions.

Pourquoi il peut réussir dans sa nouvelle équipe : Warren Barguil aura dorénavant les coudées franches au sein de Fortuneo-Samsic. Ce n’est pas faire injure à Maxime Daniel, Pierre-Luc Périchon ou encore Amaël Moinard que de dire qu’ils ne sont pas vraiment taillé du même bois qu’un Dumoulin, un Matthews et autre Kelderman. Fortuneo-Samsic ne pouvait rêver de plus bel ambassadeur, Warren sera le leader exclusif d’une formation en quête de reconnaissance et d'identité régionale, voire nationale. Le Morbihannais aime ce genre de défi et devrait pouvoir porter haut les couleurs de sa nouvelle équipe tant son talent et sa fougue sont indéniables. Avec des équipiers intégralement voués à sa cause, Barguil peut voir son futur en rose, ou plutôt en jaune, doit-il secrètement se dire.

Pourquoi il peut se planter dans sa nouvelle équipe : Evoluant en continental-pro, Fortuneo renvoie plutôt l’image d’une équipe familiale que celle d’un navire de guerre. Avec à ses côtés le seul Moinard, transféré de BMC, Barguil sera bien seul et ne pourra compter que sur l’appétit féroce de ses nouveaux compagnons de route pour l’épauler dans son nouveau challenge. A ferrer tous les lièvres, Wawa risque bien vite de s’essouffler et de regretter d’avoir résilié son bail chez Sunweb chez qui il souffrait d’une concurrence qu’il estimait trop grande pour son égo de champion naissant.

Chances de réussite : **

Egan Bernal

Il quitte Androni Giocattoli pour Sky

A tout juste 20 ans, Egan Bernal, passé professionnel l'an dernier au sein de l'équipe italienne Androni, a rejoint cette année au palmarès des vainqueurs du Tour de l’Avenir ses compatriotes Miguel Angel Lopez (en 2014), Esteban Chaves (en 2011) ou encore Nairo Quintana (en 2010). Le Colombien a justifié le statut de favori qui lui était prêté au début de l'épreuve et fait la différence grâce à ses qualités de grimpeur, s'affichant comme l'un des futurs grands du peloton.

Pourquoi il peut réussir dans sa nouvelle équipe : Le talent du natif de Zipaquirá est immense et ce n’est assurément pas pour rien que l’équipe Sky a décidé de miser sur lui. Bernal est très fort et en même temps, c’est une force tranquille, cool et relax, ce qui devrait lui permettre d’affronter ses nouveaux défis avec sérénité. Il ne sera probablement pas la tête d’affiche d’une équipe qui compte de nombreuses stars, mais ses qualités de grimpeur hors-normes devraient pouvoir lui ouvrir, dans un premier temps, les portes d’épreuves de second plan mais néanmoins prestigieuses. La nouvelle sensation colombienne en a sous la pédale et est avant tout là pour apprendre. Il est tout à fait clair que les grands Tours ne sont pas encore à sa portée, mais qui sait si le prochain successeur d’un certain Chris Froome ne sera pas ce nouveau scarabée en or.

Pourquoi il peut se planter dans sa nouvelle équipe : C’est une certitude, cela ne va pas être évident de se faire une place de choix dans une équipe Sky qui regorge de talents. Qui plus est, avec les signatures dans la formation anglaise de Sivakov et de Halvorsen, Bernal ne sera pas le seul talent naissant sur lequel les yeux se braqueront en 2018. Gianni Savio, son ancien manager, en avait fait son protégé, il n’en sera sans doute guère de même au sein d’une armada où les sentiments n’occupent qu’une place très minime. Le challenge paraît audacieux et quelque part insurmontable, à lui maintenant de démontrer qu’il n’est pas juste un oiseau pour le chat de sa gracieuse Majesté.

Chances de réussite : **

Gianluca Brambilla

Il quitte Quick Step pour Trek Segafredo

Après une saison difficile marquée par une Hépathite A qui l’a empêché de s’exprimer au meilleur niveau, on avait presque oublié que Gianluca Brambilla était un coureur tout-terrain de talent, capable d’endosser le maillot rose sur le Giro 2016, gagner des étapes sur le tour d’Italie et d’Espagne et monter sur le podium des Strade Bianche. Il fait partie de l’armada de coureurs étrangers qui quittent Quick Step pour tenter sa chance chez Trek Segafredo.

Pourquoi il peut réussir dans sa nouvelle équipe: Si ses pépins physiques sont résolus, Brambilla aura à cœur de montrer qu’il peut rééditer les performances de l’extraordinaire saison 2016. Le choix de Trek Segafredo était judicieux : avec la retraite de Contador, il ne reste plus que le vieillissant Bauke Mollema comme homme de pointe des courses à étapes ; Brambilla aura donc toutes ses chances, que ce soit sur les classiques ardennaises, les courses d’une semaine où sur un grand tour, probablement le Giro. Si les jambes sont là, ça peut faire mal.

Pourquoi il peut se planter dans sa nouvelle équipe: mis à part ses début chez Colnago CSF, Brambilla n’a finalement connu que la structure de Quick Step au cours de sa carrière de haut niveau. Ce ne sera pas facile de s’adapter à un nouvel environnement après cinq années sous les ordres de Lefevere. Si on y rajoute le fait que Brambilla sort d’une année sans résultats, les indicateurs pour bien démarrer la saison ne sont pas tous au vert.

Chances de réussite : ***

Alberto Bettiol

Il quitte Cannondale-Drapac  pour BMC.

Passé pro chez Cannondale en 2014 , le jeune prodige toscan a tapé dans l‘œil d‘une des meilleures équipes du monde. Grâce à quelques résultats remarquables en 2016 et 2017 , il pourra continuer sa progression sous la houlette du quatuor  Piva-Baldato-Sciandri-Ledanois et développer ses mollets dans la roue du meilleur coureur de classiques 2017, notre Greg Van Avermaet national.

Pourquoi il peut réussir dans sa nouvelle équipe : Entouré des meilleurs , tant au niveau de la direction sportive, que des coéquipiers d’entraînement, Bettiol sera dans des conditions idéales pour monter de palier et exprimer toutes les facettes de son talent. Le choix de BMC semble taillé pour lui permettre de renouer avec la victoire, qui lui a plusieurs fois, échappé de peu depuis son passage chez les professionnels. Puncheur-grimpeur-rouleur, il  a toutes les qualités pour bien intégrer le noyau BMC et son train du CLM par équipe.

Pourquoi il peut se planter dans sa nouvelle équipe : La première année sous de nouvelles couleurs est souvent périlleuse.  En signant chez BMC, Bettiol devra se battre pour sa place tant l‘équipe est truffée de talents. Il est possible qu’il soit cantonné à un rôle d’élève et il lui faudra s’armer de patience et de courage si les résultats ne sont pas au rendez-vous en 2018. Bien qu’il soit encore très jeune,  l‘ex-champion d’Europe du CLM junior reste sur 3 années vierges en terme de victoire. Une quatrième année sans lever les bras pourrait orienter sa carrière vers des rôles moins prestigieux.  On espère pour lui que ses débuts en rouge et noir iront plus haut que ses montagnes de douleurs.

Chances de réussite : ***

Victor Campenaerts

Il quitte LottoNL-Jumbo pour Lotto-Soudal

Campenaerts avait fait ses classes dans la team belgo-hollandaise Bianchi-Lotto-Nieuwe Hoop Tielen. Il est passé pro en 2014 chez Topsport Vlaanderen puis fut recruté en 2016 par Lotto NL. Avec son profil de spécialiste du CLM , Campenaerts gagne peu, mais il a le bon goût de gagner sur des courses de prestige. En 3 victoires pros, il s‘offre 2 maillots distinctifs : champion de Belgique CLM 2016 et Champion d’Europe CLM 2017 . C‘est donc auréolé de ce dernier titre qu’il rentre au bercail après 2 saisons dans la team batave.

Pourquoi il peut réussir dans sa nouvelle équipe : Outre le fait que dans sa spécialité le natif de Wilrijk  fait partie des meilleurs, il aura tout le loisir de se concentrer sur les épreuves chronométrées de grands tours, voire plus si affinité, en l’absence d’un leader luttant pour le général. Le timing de ce retour pourrait d’ailleurs s’avérer très judicieux. En effet, après une année en demi-teinte, Lotto a engagé Paul De Geyter pour tenter de redorer son blason. Le nouveau CEO est ambitieux et a déclaré récemment que Lotto doit retrouver son ADN de “winner” et imposer le respect à ses adversaires. Campenaerts et son maillot de champion d’Europe CLM seront sans nul doute une de ses armes pour tenter d’y arriver.

Pourquoi il peut se planter dans sa nouvelle équipe : On a les défauts de ses qualités.  Pour continuer sa progression et tenir son rang, Campenaerts devra décrocher au moins une belle victoire sur un tour ou un maillot distinctif. Pour gagner contre les meilleurs du monde en CLM, ça se joue souvent à quelques détails et il faut être au-dessus du lot pour y arriver. Si cette première année chez Lotto Soudal se passe moins bien que chez Lotto NL, le doute pourrait s’installer chez le coureur et chez son ambitieux directeur… De plus, la team  Lotto-Soudal axe clairement sa saison sur le calendrier des courses belges, au détriment des grands tours pour lesquels elle ne possède en ses rangs aucun grand leader.

Chances de réussite : **

Bryan Coquard

Il quitte Direct Energie pour Team Vital Concept

Le divorce dramatique avec Jean René Bernaudeau s’est finalement consommé et Bryan Coquard sera l’homme de pointe de la nouvelle équipe professionnelle Vital Concept dirigée par Jérôme Pineau. Un nouveau défi pour le sprinter français après une saison en dessous des attentes.

Pourquoi il peut réussir dans sa nouvelle équipe : Le Coq n’a pas pris d’énormes risques en restant dans la catégorie des équipes professionnelles. Il va essentiellement se concentrer sur les courses françaises et ses apparitions dans le World Tour seront limitées. La concurrence sera donc abordable et les victoires pourront s’empiler. Son rêve ? Gagner tellement de courses en début de saison pour convaincre les organisateurs du Tour d’inviter la Team Vital Concept, au détriment de Direct Energie de Bernaudeau…

Pourquoi il peut se planter dans sa nouvelle équipe : Après avoir grandi sous la protection de Bernaudeau, Coquard devra voler de ses propres ailes. En aura-t-il les moyens ? Après une saison très décevante, il n’est pas en meilleure position pour porter une équipe à lui seul. S’il ne gagne pas tout de suite, il risque de sombrer dans une dépression de laquelle il sortira difficilement. En outre, il aura des coéquipiers rapides comme Manzin, Reza ou Van Genechten qui risquent de le dépasser dans la hiérarchie des sprinters au sein de la nouvelle team.

Chances de réussite : **

Magnus Cort Nielsen

Il quitte Orica-Scott pour Astana

Après une saison où la progression attendue n’est pas arrivée, le talent danois quitte l’équipe australienne pour renforcer Astana et y jouer le rôle de sprinter attitré.

Pourquoi il peut réussir dans sa nouvelle équipe : Chez Astana, Cort Nielsen sera tout simplement le seul vrai sprinter. Il n’aura peut-être pas un bon train à sa disposition, mais devrait pouvoir tenter sa chance plus souvent que lorsqu’il évoluait chez Orica. En outre, il devrait aussi y jouer un rôle de co-leader pour les classiques et on sait que c’est sur ce terrain que le Danois pourrait nous réserver les plus belles surprises.

Pourquoi il peut se planter dans sa nouvelle équipe : Historiquement, Astana n’a jamais réussi à faire briller des sprinters et encore moins à relancer des coureurs de classique en perte de vitesse. Andrea Guardini, Lars Boom, Matti Breschel ou Oscar Gatto peuvent le confirmer. C’est n’est tout simplement pas dans l’ADN de la formation de Vinokourov et ce ne serait pas surprenant de ne pas entendre parler de Cort Nielsen pendant toute la saison.

Chances de réussite : **

David De la Cruz

Il quitte Quick-Step pour la Team Sky.

Après trois saisons sous les ordres de Patrick Lefevere au cours desquelles il a bien progressé sans toutefois exploser, David De la Cruz est une des nombreuses victimes de l’opération de dégraissage dans l’équipe belge. Il n’est cependant pas à plaindre, puisqu’il rejoint l’armada de la Team Sky où il devra cependant se trouver un rôle adéquat.

Pourquoi il peut réussir dans sa nouvelles équipe : Parce que chez Sky, si on fait les choses comme il faut, sans vouloir court-circuiter les hiérarchies, on obtient sa chance tôt ou tard. En plus, avec les départs de Landa et Nieve, le rôle de grimpeur espagnol qui mène le train des Sky dans les cols est libre et David De la Cruz semble avoir le profil parfait pour succéder à ses compatriotes. A défaut de bouquets, il a des chances de  récolter des louanges,.

Pourquoi il peut se planter dans sa nouvelle équipe : Dans un contexte marqué par le scandale au salbutamol de Chris Froome, ce n’est évidemment pas le meilleur moment pour débarquer chez les Sky, même si une éventuelle suspension du Kenyan Blanc pourrait libérer une belle place de leader sur les grands tours. Mais indépendamment de cela, quand un bon grimpeur débarque dans l’équipe de Dave Brailsford, il se met au fonds de la file des possibles leaders de substitution, derrière les Geraint Thomas, Henao, Poels, Kwiatkowski, Rosa, voire Moscon. Fini l’époque de Quick Step où il était un des rares grimpeurs de l’équipe, pouvait jouer les premiers rôles et obtenir de bons résultats dans les tours d’une semaine ou à la Vuelta. Sauf progression fulgurante inattendue, la saison blanche est plus que probable. Au mieux, on le remerciera pour le travail fourni.

Chances de réussite : *

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