Banesto, la force tranquille

Le premier prix du Fantatour 2015 était le mythique maillot Banesto de 1994.  L’occasion comme d’habitude de faire un détour dans l‘histoire du cyclisme et retracer le parcours d’un équipe qui a fortement marqué les années ’90.

Le sponsor de la banque espagnole Banesto fait son apparition dans le peloton pour la première fois lors du Tour de France 1989, comme deuxième sponsor « temporaire » de l’équipe Reynolds du vainqueur sortant Pedro Delgado. Les débuts n'ont pas été faciles, puisque la première journée du Tour est marquée par les deux minutes de retard avec lesquelles le maillot jaune se présente au départ du prologue de Luxembourg. Avec deux minutes dans les dents avant même le début de la course, Delgado ne sera que spectateur du fameux duel entre Laurent Fignon et Greg Lemond lors de ce Tour. 

La popularité du sympathique « Perico », le troisième espagnol à remporter la Grande Boucle après Bahamontes et Ocana, incite néanmoins les banquiers ibériques à poursuivre l’aventure et devenir le sponsor principal de l’équipe dès 1990. Delgado est cependant sur la pente descendante et ne fait pas mieux qu’une quatrième place finale lors de ce premier Tour de de la décennie. Mais c’est le jeune Miguel Indurain qui, en remportant sa deuxième (et dernière) étape en ligne lors de la fameuse arrivée de Luz-Ardiden, s’impose comme le futur leader de l’équipe espagnole. Le manager Jose Miguel Echevarri et son adjoint Eusebio Unzué ont bien compris le potentiel de ce jeune navarrais au regard simplet, fort en montagne malgré sa grande taille et surtout, exceptionnel rouleur dans les courses contre le temps. Echevarri, ancien équipier de Jacques Anquetil, peut imposer sa nouvelle manière de maitriser les courses de trois semaines grâce aux capacités de celui qu’on n’appelle pas encore le Roi de Navarre. A partir du Tour 1991, Miguel Indurain impose sa loi au peloton en écrasant ses adversaires dans les contre-la-montre et en gérant la course dans les montagnes. Une tactique très peu spectaculaire certes, mais diablement efficace, puisqu’Indurain devient le premier coureur à remporter cinq tours de France consécutifs. L’équipe Banesto devient une machine à dominer les grands tours. Un leader qui gagne uniquement les contre-la-montre et une armada qui cadenasse la course pendant trois semaines. Cette armada était notamment composée de coureurs emblématiques comme le colombien Abelardo Rondon, le frère d’Indurain Prudencio ou les français Jeff Bernard et Armand de las Cuevas, les seuls à s’offrir quelques victoires en dehors de celles collectives sur le Tour ou le Giro. Parce que l’équipe Banesto invente à cette époque une nouvelle façon de concevoir le cyclisme. Une programmation pointue, une concentration sur une seule, voir deux, grandes courses par saison et une application minutieuse d’une tactique complètement vouée à la réalisation d’un seul objectif : la victoire finale du leader intouchable. Les Banesto étaient inexistant pendant une grande partie de la saison, mais ils avaient fière allure lors des rendez-vous de mai et juillet. Car Indurain gagne aussi deux tours d’Italie, sans toutefois réussir à remporter la Vuelta, son tour national. Bien que les spectateurs ont été les grandes victimes de cette nouvelle manière de courir, il faut reconnaître que l’approche était visionnaire et moderne, puisqu’elle a été copiée par toutes les équipes par la suite, à commencer par les US Postal de Lance Armstrong, mais aussi par de nombreuses autres formations ayant pour ambition de briller sur les grands tours.

La première moitié des années ’90 représente l’âge d’or de Banesto et toute la péninsule est fière de ce Roi Miguel de Navarre tellement représentatif, physiquement comme caractériellement, de l’Espagne profonde. Contrairement aux autres équipes espagnoles de l’époque qui ont développé des orientations plus internationales (ONCE) ou locales (Euskaltel Euskadi et Kelme Costa Blanca), Banesto gardera un caractère très national, dans le choix de ses coureurs et des valeurs véhiculées.

Miguel Indurain aura la bonne intuition d’abandonner le cyclisme dès sa première défaite sur le Tour de 1996 et échappera ainsi aux tristes faits d’hivers liés au dopage de la décennie qui suivra. Echevarri et Unzué tenteront de répliquer leurs exploits avec « l’héritier » Abraham Olano, mais malgré une ressemblance physique évidente et une victoire à la Vuelta, la domination des Banesto s'arrêtera en même temps que les coups de pédale de Miguelón. La fin de la décennie permettra de lancer quelques jeunes coureurs intéressants comme le regretté Jose-Maria « El Chava » Jimenez, Pablo Lastras, Angel Casero ou les frères Unai et Aitor Osa. Mais l’équipe Banesto ne retrouvera jamais sa splendeur de l’époque Delgado-Indurain. Elle changera de nom en ibanesto.com en 2001 et abandonnera sa tunique blanc-bleu-jaune-rouge si représentative. On l’oublie souvent, mais la structure de la team Banesto existe encore et continue de faire des ravages dans le peloton sous le maillot de… Movistar. En effet, malgré les changements de nom et de sponsors, de ibanesto.com à Movistar en passant par Iles Balears et Caisse d’Epargne, la formation espagnole gérée par Echevarri et Unzué a finalement traversé les décennies en continuant de gérer les courses de manière peu spectaculaire, mais en obtenant des victoires et encore des victoires.

 

 

 

Commentaires

Que j'aime ces plongées dans

Portrait de piticoujou
Que j'aime ces plongées dans les souvenirs d'enfance... merci Lucho. Miguel, le 'Navarrais chantant'... 'I'm singindurain, just singindurain, what a glorious feeling, I am happy again' (pardon, c'était trop tentant). Et puisque l'avenir appartient à ceux qui se Banesto (re-pardon), j'ai déjà fait mes deux teams, que j'inscrirai vendredi. Et vous ?