Castorama et le dernier souffle de Guimard

Un des prix à gagner au Fantatour 2017 est un maillot de l'équipe Castorama de 1992. Un maillot reconnaissable parmi milles, avec sa salopette dessinée sur la tunique aux couleurs bleu-blanc-jaune. Retour sur l'histoire d'une équipe qui a représenté le dernier chapitre à succès dans le peloton professionnel d'un grand bonhomme du cyclisme des années ´80.  

La carrière de directeur sportif de Cyrille Guimard a été longue et remplie de succès, de défaites et de grands moments de cyclisme. Des premières victoires de Bernard Hinault avec l'équipe Gitane devenue ensuite Renault, à la déception du Tour perdu par Laurent Fignon pour 8 secondes sous les couleurs de Super U. Guimard a non seulement un palmarès incroyable, mais il a aussi contribué au renouveau du cyclisme et à sa modernisation, notamment en ce qui concerne les relations entre coureurs et structures sportives. La création de la formation France Competition appartenant à Guimard et Fignon et vendant l'espace publicitaire au sponsor Système U suite au retrait de la régie Renault en 1985 , n'est qu'un exemple parmi d'autres. Ce système etait révolutionnaire à l'époque et fut ensuite copié par de nombreuses formations. Malgré plusieurs années de succès, les supermarchés Systeme U decident d'abandonner le sponsoring au terme de la saison 1989. Guimard et Fignon réussissent non sans mal a trouver un nouveau sponsor et c'est ainsi que les magasins d'outillage Castorama font leur entrée dans le peloton au début de la saison 1990 avec ce maillot tellement caractéristique.

Les coureurs qui débutent la saison 1990 avec le maillot Castorama sont sensiblement les mêmes qui ont terminé la saison précédente sous les couleurs de Super U. Laurent Fignon est le leader historique, mais après le traumatisme du Tour '89 perdu à la dernière étape, il ne retrouvera plus le niveau qui lui avait permis de remporter trois grands tours dans les années '80. Il supporte mal que son ami Guimard privilégie les jeunes talents comme Luc Leblanc et le Tour 1991, où Leblanc endosse le maillot jaune pendant quelques jours, marquera la définitive rupture entre les deux hommes. Fignon ne laissera pas vraiment son empreinte sur l'histoire de Castorama qu'il quittera d'ailleurs après deux saisons pour rejoindre la team Gatorade, avec le Criterium International de 1990 comme unique succès majeur. 

Le coureur symbol de l'époque Castorama, c'est plutôt Thierry Marie. Ancien pistard, blond aux yeux bleu d'acier, Thierry Marie est un coureur atypique qui a su jouer sur ses points forts tout en s'adaptant au fil de sa carrière. Au début des années ´90 Thierry Marie est le grand spécialiste des prologues. Il est presque imbattable sur les contre-la-montre  de courte distance, ce qui lui permet d'endosser le maillot jaune au début des Tours 1991 et 1992 et au Giro 1992. Bizarrement, Marie a remporté très peux de contre-la-montres plus longs au cours de sa carrière, mais lorsqu'il s'agissait de prologues, il était tout simplement le meilleur. Au Fantacycling, Thierry Marie aurait été un bon plan garanti à chaque tour commençant par un prologue...  En 1991, il réalise l'exploit de s'imposer
au premier jour de Paris-Nice, du GP Midi Libre, du Criterium du Dauphiné et du Tour de France. Cette annee, àprès avoir rapidement cédé son maillot jaune, il le récupère lors de la sixième étape entre Arras et Le Havre, où il s'impose après 234 kilomètres d'échappée solitaire. Cet exploit reste encore aujourd'hui la deuxième plus longue échappée solitaire et victorieuse de l'histoire du Tour.

Les attaques de loin et les longues échappées ont toujours plu à Guimard. En 1992, c'est Jacky Durand qui réalise un énorme numéro en remportant le Tour des Flandres après avoir attaqué à 217 kilomètres de l’arrivée. Guimard remporte enfin cette course que même Hinault et Fignon n'avaient pas réussi à dompter. Quand à Durand, cette victoire le propulse sur le devant de la scène à 25 ans et il reste à ce jour le dernier français à avoir remporté le Ronde.

Durant rempotera aussi deux etapes au Tour, dont le prologue de1995, et deux titres de champion de France en 1993 et 1994. Il sera un des nombreux jeunes français à être passé par l'équipe Castorama dans la première partie des années '90. Certains remportèrent des courses importantes, comme Luc Leblanc,  Dominique Arnould ou Armand De las Cuevas. D'autres, comme Thierry Bourguignon, Gilles Delion, Yvon Ledanois, Laurent Maduas, François Simon, Jean-Cyril Robin ou le grand Gérard Rué, sont plus connus pour avoir animé un grand nombre d'étapes de la Grande Boucle à une époque où le cyclisme français était au plus bas. A cause d'une absence de talents, certes, mais aussi parce qu'il mit plus de temps à s'adapter aux pratiques de dopage en vigueur dans les autres pays. Toujours est-il que les coureurs de Castorama ont contribué à la création du mythe du baroudeur français, toujours à l'attaque pour montrer le maillot sur le Tour, mais rarement gagnant.

Castorama décida de se retirer du peloton professionnel au terme de la saison 1995. Fatigué et dépassé par un cyclisme dans lequel il ne se reconnaissait plus, Guimard mettra un terme à une formation qui aura vécu dix ans. Il restera dans le monde du cyclisme en acceptant un rôle de directeur sportif chez Cofidis en 1997, mais cette expérience ne durera qu'une saison. Puis, en s'occupant de la petite structure Roubaix Lille Métropole à partir de 2007. Aujourd'hui, il revient sur le devant de la scène en devenant sélectionneur de l'équipe nationale de France de cyclisme sur route.

Mais la fin de l'équipe Castorama marqua la conclusion du projet de Guimard tel qu'il l'avait conçu. Un projet qui en un quart de siècle aura permis de lancer un grand nombre de jeunes coureurs français, des champions,  des talents incomplets, des gregarios et surtout des baroudeurs. 

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