Le Bilan de la saison 2018: les hommes de grands tours

Quatrième épisode de notre analyse de la saison cycliste. Après les jeunes, les sprinters, les chasseurs de classiques, voici venu le temps des hommes de grands tours. Ceux qui luttent pendant trois semaines pour décrocher le sacre le plus important d’une carrière mais qui n’obtiennent pas toujours les résultats escomptés.

LE TOP

Geraint Thomas

Le pistard-reconverti-en-coureur-de-classiques-du-Nord-puis-en-leader-de-grands-tour a vécu une saison classique pour un leader de Sky. Une deuxième et troisième place au Tour d’Algarve et Tirreno-Adriatico où il aide son équipier Kwiatkowski à s’imposer. Une victoire au Dauphiné pour l’habituelle répétition générale. Et un succès sans discussion sur la Grande Boucle. Pour une fois, Thomas n’a pas été victime de l’habituelle chute qui lui a pourri la saison et s’impose mine de rien comme un des nouveaux hommes forts pour les grand tours. Un seul hic, qui pourrait d’ailleurs déclencher des débats : pourquoi a-t-il plus ou moins arrêté sa saison après le Tour et renoncé aux championnats du monde ? Une attitude trop anglo-saxonne dans un monde du cyclisme aux valeurs latines, ça ne le rendra pas populaire…

 

Chris Froome

Vendredi 25 Mai 2018, 19ème étape du Giro. Chris Froome, 4ème du général à 3’22 du maillot rose Simon Yates, place une attaque dans le terrible Colle delle Finestre, à 80 kilomètres de l’arrivée. Le Kenyan Blanc s’en va en solitaire pour remporter l’étape avec 3 minutes d’avance sur un premier groupe de 4 hommes, 8 minutes sur le deuxième groupe avec les autres leaders du général et 38 minutes sur le maillot rose. Le plus grand exploit cycliste des 20 dernières années ! On pourrait débattre sur tout le reste, mais on ne le fera pas.

 

Simon Yates

A 48 heures près, Simon Yates pouvait devenir le cinquième coureur de l'histoire à faire le doublé Giro-Vuelta, après Anquetil en '63, Merckx en '73, Battaglin en '81 et Contador en 2008. Mais après avoir dominé le Giro jusqu'à la 18ème étape, en remportant notamment trois succès partiels, Simon a craqué sur le Colle delle Finestre et laissé la victoire du Giro à Chris Froome. Il aura vite appris la leçon en courant la Vuelta de manière plus réfléchie pour s'imposer à Madrid de manière logique et incontestable. Le Britannique a été un des grands bonhommes de l'année, sans aucun doute. Le plus dur reste maintenant à faire: confirmer l'année prochaine.

 

Miguel Angel Lopez

Superman Lopez a enfin pu faire une saison entière sans problèmes physiques et les résultats ont confirmé tout le potentiel du jeune colombien. 2ème du Tour of Oman, 3ème de l'Abu Dhabi Tour, 3ème du Giro del Trentino, 3ème et meilleur jeune du Giro, 3ème de la Vuelta. Il lui manque peut -être une victoire d'étape en Italie et en Espagne, mais on peut difficilement lui demander plus. Afin de transformer ces podiums en victoires, il faudra obligatoirement s'améliorer au contre-la-montre, car des Colombiens qui s'arrêtent aux pieds de la première marche du podium à cause des limites dans les courses contre le temps, il y en a déjà un paquet… Et surtout attention, car les deux derniers coureurs à être montés sur le podium du Giro et de la Vuelta la même année (Chaves en 2016 et Nibali en 2017) ont fait une saison blanche en ce qui concerne les grands tours l'année suivante.

 

Thibaut Pinot

Probablement une des meilleures saisons pour le poulain de Marc Madiot, même si, ironie du sort, ce n'est pas dans les classements généraux des grands tours qu'il obtient les meilleurs résultats. En début de saison, il mise tout sur le Giro et prend le départ après avoir remporté le Tour des Alpes. Il semble solidement ancré sur le podium avant de s'écrouler dramatiquement à l'avant dernière étape. Un coup très dur qui aurait pu l'abattre, mais Tibopino se remet en selle, court la Vuelta sans pression en y remportant deux étapes et en terminant sixième du général et se sacrifie pour l'équipe aux championnats du monde à Innsbruck. Mais surtout, il revient en Italie pour y réaliser le fabuleux doublé Milan-Turin / Tour de Lombardie. Mine de rien, le mal-aimé Pinot ramène une classique monument en France 21 ans après Laurent Jalabert. Chapopino!

 

Vincenzo Nibali

Les objectifs fixés en début de saison (Tour de France et Championnats du monde) n’ont pas vraiment été atteints par le Requin de Messine, surtout à cause de cette maudite chute dans l’Alpe d’Huez. Mais le chef d’œuvre sur le Poggio qui lui permet d’être le premier vainqueur de grands tours à remporter Milan-Sanremo 30 ans après Laurent Fignon, mérite à lui seul tous les louanges. Et puis il y a eu ce Tour de Lombardie. Où Nibali a fait le spectacle, mais où Pïnot était plus fort. Où Nibali s’est fait reprendre par les poursuivants à deux kilomètres de l’arrivée, mais où Nibali n’avait pas envie de terminer dernier du sprint du groupe des battus comprenant des coureurs comme Uran, Majka ou Wellens. Le Squale s’est donc fait reprendre mais a réattaqué aussitôt, histoire de finir deuxième en solitaire et avoir le temps de saluer son public. Un geste rare et très fort. Qui explique pourquoi on aime le cyclisme. 

 

Tom Dumoulin

Le papillon de Maastricht ne compte que deux victoires au compteur en 2018 : le prologue du Giro et le contre-la-montre conclusif du Tour de France. Les deux grands tours sont d’ailleurs plus ou moins les seules courses que Dumoulin a couru cette année. Bien qu’il n’ait remporté aucune victoire finale, il faut bien admettre qu’il est passé très près du fameux doublé Giro-Tour. Plus près que les derniers coureurs ayant tenté l’exploit comme Contador, Quintana et même Chris Froome. Dumoulin a perdu le Giro à cause de l’exploit de Froome et d’une erreur tactique dans l’étape de Bardonecchia, où il aurait dû faire une poursuite en solitaire plutôt que d’attendre un aide de la part des autres poursuivants. Il a perdu le Tour, notamment à cause d’un ennui mécanique suivi d’une pénalisation dans l’étape du Mûr de Bretagne.  Après cette double deuxième place, il remet ça aux championnats du monde d’Innsbruck en prenant la médaille d’argent au contre-la-montre par équipe et individuel. Il réalise un beau numéro dans la course sur route, prouvant qu’il rate rarement les grands rendez-vous, mais n’a plus d’énergie pour lutter pour le podium. De toute façon une autre deuxième place, ça aurait été de trop…

 

Romain Bardet

Dans le top ? Dans le flop ? Dans le top ? Dans le flop ? Romain Bardet est passé d’une catégorie à l’autre pendant l’écriture de l’article… Il figure finalement parmi les belles réalités de la saison plus pour son panache dans les courses d’un jour que pour ses résultats. Il est vrai qu’une saison avec une seule victoire à la Classic Ardèche, deux top-10 dans des courses d’une semaine (3ème du Dauphiné, 8ème du Deutschland Tour)  et une sixième place au général du Tour de France sans jamais être dans le coup, ce n’est pas vraiment une réussite pour un des leaders du peloton. Mais Bardet a découvert qu’il peut être acteur de premier plan sur les courses d’un jour plus que sur l’habituelle Grande Boucle. Son show dans les Strade Bianche était inattendu, même s’il a dû se contenter de la deuxième place. Sa troisième place à Liège-Bastogne-Liège confirme son bon feeling avec la Doyenne des classiques. Sa médaille d’argent aux championnats du monde d’Innsbruck a un goût un peu amère, mais place son nom dans le palmarès de la course arc-en-ciel.  Un conseil ? Laisse tomber le Tour de France Romain, et va t’amuser dans les autres courses bien plus intéressantes.

 

Primoz Roglic

Vainqueur autoritaire des Tours du Pays Basque, du Tour de Romandie et du Tour de Slovénie, le slovène a réalisé une saison 2018 de toute beauté. Cité parmi les outsiders du Tour de France où il remporte d'ailleurs une étape, Roglic a manqué d'un rien de chance et échoue de peu à la quatrième place d'un Général qui lui a longtemps tendu les bras. A 29 ans, l'ancien sauteur à ski semble avoir définitivement pris de la hauteur et avec les qualités qui lui sont siennes, l'avenir s'annonce assurément radieux. Plus que jamais bien entouré à la Lotto-Jumbo, Primoz se profile dorénavant comme l'homme à suivre en 2019.

 

LE FLOP

Fabio Aru

Sans aucun doute une des plus grandes déceptions de l’année. Non seulement il rate complètement le Giro et la Vuelta, en commençant par s’accrocher avec difficulté au groupe des leaders pour finir dans le grupetto, mais en plus, il n’obtient aucun résultat honorable dans les autres courses. Son meilleur résultat de l’année est sa 6ème place au Tour du Trentin. Le changement d’équipe ne peut pas tout expliquer et à l’avenir, on réfléchira deux fois avant de le citer parmi les favoris des grandes courses à étape.

 

Adam Yates

Alors qu’il était toujours considéré comme le plus doué des frères jumeaux pour les courses de trois semaines, Adam déçoit sur le Tour alors que son frère Simon fait le spectacle sur la Giro et la Vuelta. Ses places d’honneur dans les classements généraux de la Volta a la Comunidad Valenciana, de Tirreno-Adriatico, du Tour de Californie et du Dauphiné, ne suffisent pas à compenser son mauvais Tour de France où il sort de la lutte pour le classement général très tôt et est ensuite incapable de sauver son tour grâce à une victoire d’étape qui n’arrivera jamais malgré de nombreuses tentatives.

 

Ilnur Zakarin

Après sa cinquième place au Giro et troisième place à la Vuelta en 2017, Ilnur Zakarin était un des hommes les plus attendus en début de saison. Mais, comme toute l’équipe Katusha, le Russe réalise une saison… de merde. Quelques top-10 dans des étapes au Dauphiné, au Tour et à la Vuelta, une décevante neuvième place au général de la Grande Boucle, et rien d’autre. Zakarin n’est plus tout jeune, il aura bientôt 30 ans, s’il ne remonte pas la pente dès la saison prochaine, il risque de rester un éternel espoir, incapable de rivaliser avec le palmarès de son prédécesseur russe Denis Menchov.

 

Richie Porte

Dans un parfait remake d'"Autant en em…Porte le vent", Richie a joué son meilleur rôle de l'année. Celui qu'on a coutume de désigner comme le chat noir du peloton n'a pas failli à sa tenace réputation. Porte commence pourtant 2018 par une cinquième victoire consécutive sur l'étape reine du Tour Down Under à Willunga Hill. Troisième du Tour de Romandie, il gagne ensuite le Tour de Suisse et aborde en confiance le Tour de France. Au grand dam de ses nombreux supporters mais sans grande surprise, il abandonnera lors de l'étape des pavés avec une fracture de l'épaule et doit reporter ses ambitions sur une Vuelta qu'il traversera tel un pet sur une toile cirée. Las de ses déboires, il ne participe même pas aux championnats du Monde qui lui convenaient comme un gant et quitte donc la BMC par la toute petite…porte !

 

Esteban Chaves

Que 2016 semble loin pour le charismatique et toujours souriant petit colombien. On pensait ses problèmes derrière lui quand il s'adjugea la 6e étape au sommet de l'Etna lors du dernier Giro. Ce sera son seul fait d'armes en 2018, lui qui sombra corps et âme sur la suite de ce Tour d'Italie qu'il terminera à l'agonie. Chaves ne se doutait pas à cet instant, qu'il s'agissait là de sa dernière course de l'année. Victime d'une mononucléose, puis diminué par une série d'allergies, il n'a en effet plus participé à la moindre épreuve depuis lors. Sera-t-il un jour capable de retrouver rapidement le niveau qui était le sien? Souhaitons en tout cas à El Chavito une année 2019 plus prolifique que les deux dernières.

 

Rigoberto Uran

Ce n'est guère un mystère, certes, mais on ne connait pas Rigobert pour sa faculté à faire se lever les foules. Auteur d'une belle saison 2017, l'ambitieux Uran se profilait pourtant en outsider de choix pour 2018. Après un début de saison tout en douceur, il faudra attendre juin et le Tour de Slovénie pour le voir enfin gagner la troisième étape et finir deuxième du classement général. D'excellente augure avant le Tour de France, qu'il termina deuxième en 2017, mais dont il ne verra finalement pas l'arrivée après son abandon lors de l'étape des pavés. Il reporte dès lors ses espoirs de conquête sur la Vuelta mais n'arrive pas à faire mieux qu'une insipide septième place au Général. Las, sa 33ème place aux championnats du Monde ne lui mettra pas beaucoup plus de baume au Coeur. Une saison à oublier…

 

Nairo Quintana

Il nous faut bien l'admettre, Kingtana est tombé de son trône depuis un bon moment. Désigné par ses pairs comme le plus grand rival de Froomey sur les Grands Tours, on est en droit de se demander aujourd'hui ce qui pourrait bien remuer Nairo et en refaire un potentiel vainqueur sur trois semaines. En quête perpétuelle de sa meilleure forme, Little Big Man ne semble plus en mesure d'inquiéter grand monde et ses maigres performances ne suffisent plus à rallumer une flamme plus que jamais chancelante. Auteur de sa moins bonne saison depuis 2013, la cohabitation avec les Valverde, Landa et autres Soler n'a sans aucun doute plaidé sa cause et il est clair que le revoir tout en haut de l'affiche s'apparente désormais à un miracle. Ne jetons pas tout aux oubliettes mais 2019 se profile tout de même en année de la dernière chance pour Nairoman…

 

Warren Barguil

Parler de déception est un euphémisme pour Wawa en 2018. Après une année 2017 terminée en queue de boudin mais avec quelques performances de choix, Warren n'a été que l'ombre de lui-même cette saison. Pas vraiment aidé par une très faible équipe et incapable de peser sur la moindre course, il a tout simplement été transparent. Aucun résultat significatif pour le Breton qui n'a pu reproduire ses coups d'éclat de l'année précédente où il avait réalisé un Tour de France au-delà de toutes ses espérances. Troisième sur le Grand Prix de Wallonie, c'est bien et en même temps bien peu pour un prétendant aux honneurs sur les Grands Tours.

 

Mikel Landa

Le retour au pays de Mikel ne s’est pas vraiment passé comme il l’espérait. Arrivé chez Movistar à l’intersaison avec l’objectif de prendre petit à petit le relève d’Alejandro Valverde comme deuxième leader pour les grands tours, Landa s’est retrouvé sans réels repères, surtout en comparaison avec ses expériences chez Astana et Sky. Il renonce incompréhensiblement au Giro, où il aurait été le leader unique d’une belle équipe, pour faire partie de la "dream-team" d’Unzué au Tour et enfin bousculer la Sky. Mais entre choix tactiques douteux de l’équipe et une condition qui l’a empêché de sortir de l’anonymat, Landa a couru le Tour sans avoir réellement attaqué. Il termine quand même meilleur des Movistar, à la septième place… S’il avait su qu’il était leader de fait, les choses aurait peut-être tourné autrement…


 

Commentaires