Le Bilan de la saison 2018: les jeunes

Pour le plus grand malheur de la plupart d’entre nous, la saison du cyclisme est plus ou moins terminée. Bien sûr, il y a encore des courses aux quatre coins du monde, mais sans réel intérêt. Le temps est donc venu de tirer le bilan de la saison en mentionnant les coureurs qui se sont illustrés positivement ou négativement. Commençons pas les jeunes, ceux qu’on attendait ou qu’on n’attendait pas, mais qui seront encore là pour un bon bout de temps. Enfin, peut-être…

LE TOP

Egan Bernal

Egan n'est peut-être pas une révélation, mais surement la confirmation colombienne de la saison! Vainqueur du Tour de l'Avenir 2017, la jeune pépite débauchée par Sky chez Androni à l'intersaison a immédiatement confirmé au plus niveau! Coureur complet, il remporte d'emblée le championnat de Colombie CLM et s'adjuge la première édition du Colombia Oro y Paz dans la foulée! Pas rassasié par ses débuts tonitruants, il signe encore quatre victoires (le CLM et le maillot blanc du Tour de Romandie, deux étapes et le classement final du Tour de Californie) et une belle 15ème place au classement final de son premier Tour de France couru en soutien de ses leaders, a à peine 21 ans! De la graine de grand champion!

 

Enric Mas

Sa deuxième place au classement de la Vuelta 2018 confirme à elle seule tout le bien qu'on pensait du jeune coureur espagnol. Annoncé par Alberto Contador lui-même comme "LE" futur grand grimpeur, le pensionnaire de la Quick Step nous a gratifié d'une époustouflante prestation sur ses terres. Non content de tenir tête aux plus grands, il s'est même permis le luxe d'assurer le spectacle sur ce Tour d'Espagne riche en rebondissements. Mas ne s'est pourtant pas contenté que de sa somptueuse performance sur les routes espagnoles. Sa quatrième place au classement général du Tour de Suisse et sa sixième sur le Tour du Pays Basque en attestent, Enric a déjà tout d'un grand. La route vers les sommets est encore longue mais avec le talent qui est le sien, cela risque de prendre assurément moins de temps qu'initialement prévu.

 

Mads Pedersen

Issu de l'impressionnante génération dorée danoise, Mads Pedersen n'a pas manqué son arrivée dans la cour des grands. Véritable force de la nature, le champion du Danemark 2017 s'est déjà offert, cette année, une magnifique deuxième place au Tour de Flandres et une cinquième sur A travers les Flandres. Particulièrement à l'aise sous des conditions extrêmes, les Classiques flandriennes semblent être taillées pour lui. Qui plus est, Mads est très bon rouleur et sa pointe de vitesse n'est pas négligeable. A 22 ans, l'avenir de Pedersen s'annonce brillant et au vu de ce que nous a montré la colonie danoise en 2018, on a hâte de le revoir avec une année de plus à son compteur.

 

Pascal Ackermann

Avec un Greipel proche de la retraite, un Kittel rempli de doutes et un Degenkolb de moins en moins rapide, la nouvelle étoile du sprint allemand s'appelle Pascal Ackermann. A 24 ans, le sprinter de l'équipe Bora Hansgrohe s'est imposé dans le peloton avec une saison presque parfaite. Après plusieurs places d'honneur dans les sprints de début de saison et dans des semi-classique du Nord (Scheldeprijs, Trois jours de La Panne, Handzame Classics), Ackermann est montée en puissance à partir du mois d'avril avec des victoires World Tour au Tour de Romandie, au Dauphiné, au Tour de Pologne et au Tour de Guangxi, et des succès de prestige comme le championnat d'Allemagne, la Ride London Classics, la Brussels Cycling Classics ou le GP de Fourmies. Un total de 9 bouquets bien garnis pour une première saison de haut niveau. Costaud.



Fabio Jakobsen

Trouver une place de sprinter dans une équipe qui compte en ses rangs deux des meilleurs spécialistes du monde comme Elia Viviani et Fernando Gaviria, ce n'est pas chose aisée. Pourtant, Fabio Jakobsen a fait bien plus qu'apprendre aux côtés des champions affirmés, puisqu'il a levé les bras à sept reprises cette année, notamment sur des semi-classiques du Nord (Scheldeprijs, Nokere Koerse) ou sur des courses World Tour (BinckBank, Tour du Guangxi). Certes, chez Quick-Step on sait trouver les meilleurs talents, mais on sait surtout les faire éclore. La saison du sprinter néerlandais en est la preuve.

 

Davide Ballerini

En 2018, le jeune Davide Ballerini (aucun lien de parenté avec le regretté Franco, vainqueur de Paris-Roubaix en ’95 et ’98) a poursuivi sa formation et a surtout prouvé qu’il peut être plus qu’un simple baroudeur luttant pour les classements annexes des tours d’une ou trois semaines. Après quelques belles places dans les courses de début de saison, il participe à son premier Giro où il part régulièrement dans les échappées, ce qui lui permet de remporter le prix de la combativité final, tout en montrant qu’il passe plutôt bien la moyenne montagne et qu’il est rapide au sprint, ce qui lui offre la troisième place du classement à points. Mais c’est surtout en fin de saison que Ballerini semble avoir passé un cap. Il remporte consécutivement le Memorial Marco Pantani et le Trofeo Matteoti et prend la troisième place du Gran Piemonte. Pas des grandes classiques certes, mais des courses importantes pre- et post-Mondial. Son profil de puncheur assez rapide au sprint nous rappelle évidemment les grands spécialistes italiens des années ’90, mais il faudra voir si son passage chez Astana en 2019 ne bloquera pas sa progression.

 

Ivan Sosa

Gianni Savio, le manager d’Androni a décidément le flair pour aller chercher des pépites colombiennes. Après Bernal en 2017, c’est Ivan Sosa, 20 ans, qui a épaté la galerie cette année. Le natif de Pasca, au sud de Bogotá, a obtenu des résultats qui parlent d’eux-mêmes : 10 victoires, dont les classements généraux des Tour of Bihor, Adriatica Ionica Race, Sibiu Cycling Tour et de la Vuelta Burgos. Mais c’est surtout au Tour des Alps, face aux meilleurs grimpeurs du peloton, que Sosa a impressionné en prenant deux troisièmes places d’étape et en s’offrant un jour en maillot de leader, devant Froome, Lopez, Pinot et Pozzovivo. Probablement épuisé après un programme de course très chargé, il ne termine que sixième du Tour de l’Avenir et rate les championnats du monde U23 d’Innsbruck, où il était le grand favori. Sosa est à présent courtisé par les plus grandes formations world tour et il franchira surement le pas, même si le risque de bruler les étapes trop rapidement est toujours important.

 

LE FLOP

Alexander Edmondson

Après deux premières saisons prometteuses chez les pros, Alexander Edmondson a commencé l’année de la plus belle des manières, en remportant le titre de champion d’Australie devant Jay McCarthy, Chris Harper et Caleb Ewan. Mais après la campagne australienne de Janvier, Edmondson a disparu des radars en réalisant une saison anonyme, sans aucun top-10 sur une course individuelle. On a l’impression que l’ancien vainqueur du Tour des Flandres espoirs se cherche encore. Pas assez rapide pour se lancer dans le sprints massifs, pas assez imposant pour être devant dans les classiques du Nord, trop pistard pour passer les bosses, Edmondson devra tirer des leçons de cette saison pour mieux rebondir l’année prochaine.

 

Filippo Ganna

La saison de Filippo Ganna avait démarré sur les chapeaux de roue, avec une très prometteuse troisième place à la Vuelta San Juan en janvier et un nouveau titre de champion du monde de poursuite individuelle sur la piste d’Appeldorn. Mais la saison de l’Italien se termine plus au moins lorsque celle des autres coureurs commence. Incapable de terminer la plupart des classiques flandriennes, Ganna termine hors délai à Roubaix, course qu’il avait remporté dans la catégorie espoirs en 2016. A part ça, quelques placettes dans des contre-la-montre individuels, mais rien d’exceptionnel pour une deuxième partie de saison assez décevante. Pourtant, le potentiel est encore là et ce n’est pour rien que la Team Sky l’a engagé pour 2019. Une nouvelle transformation d’un ancien pistard en vue pour Dave Brailsford ?

 

Matvey Mamykin

L’équipe espagnole Burgos – BH pensait avoir fait une belle affaire à l'inter-saison en recrutant le jeune espoir de la Katusha – Alpecin. A 23 ans, le jeune russe pouvait déjà se targuer de quelques jolies performances de choix, entre autres, sur le Tour d'Espagne, et se profilait en leader potentiel d'une équipe qui n'attendait que ça. Tombé lourdement sur la dix-neuvième étape de La Vuelta en 2017, le jeune grimpeur ne semble, aujourd'hui, toujours pas s'en être  remis. Le moscovite a pris part à …11 jours de course en 2018 et a abandonné… à 6 reprises ! Cerise sur le gâteau, son contrat a même été rompu par la team espagnole. Qu'il semble loin le temps où il remporta la dernière étape et le classement du meilleur grimpeur du Tour de l'Avenir en 2015 et où il termina troisième du classement général.

 

Pavel Sivakov

Véritable tout-terrain, le franco-russe a connu une saison 2017 impressionnante chez les moins de 23 ans, en remportant de prestigieuses victoires comme la Ronde de l'Isard, le Girobio ou encore le Giro du Val d'Aoste. Ancien vainqueur du Tour des Flandres junior en 2015 et deuxième à Liège-Bastogne-Liège en 2016, l'étoile Sivakov brille de mille feux et se voit offrir l'occasion de signer chez les britanniques de la Sky. Annoncé comme le digne successeur de Froome dans un futur plus ou moins proche, sa progression a pris un léger coup dans l'aile en 2018. Certes, il n'a que 21 ans, mais sa seule deuxième place au championnat national de contre-la-montre nous laisse tout de même un léger gout de trop peu en regard aux autres néo-pros de sa génération, Egan Bernal, Björn Lambrecht ou encore Felipe Martinez en tête, qui ont, eux, déjà marqué les esprits de manière plus convaincante dès leur première année chez les pros.

 

Jakub Mareczko

Alors oui, pour gagner des courses mineures en Asie ou en Afrique face à des semi-amateurs, Jakub Mareczko est très fort. Il compte 13 succès cette saison entre le Sharjah Tour, le Tour du Maroc, le Tour of Taihu lake ou le Tour of Hainan... Il s'y sent tellement bien qu'il n'a presque pas couru en Europe avec seulement Tirreno-Adriatico, Milan-Sanremo et le Giro au compteur. Un Giro qu'il abandonne à la neuvième étape, complètement épuisé. Logique… Et pendant que les sprinters de son âge comme Ackermann, Bauhaus, Jakobsen ou Hodeg engrangent de l'expérience en se frottant aux meilleurs dans des courses World Tour, l'Italo-Polonais se prépare à faire une carrière à la Andrea Guardini. Son transfert pour la saison 2019 dans une structure (CCC ex- BMC) qui n'a jamais mis en valeur les sprinters, ne risque pas de changer la donne.

 

Jasper De Buyst

Bien qu'il soit dans le circuit professionnel depuis plusieurs années, Jasper De Buyst n'a pas encore 25 ans et il  était attendu au tournant après une saison 2017 très positive. Mais le belge de la Lotto-Soudal n'a pas confirmé son potentiel dans les classiques du Nord, ni dans les sprints massifs. Au final, une saison avec sept top-10 seulement, la plupart sur des courses secondaires. Léger.

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