Le Bilan de la saison 2018: les autres

 

Dernier chapitre de notre bilan de l’année cycliste. Ils ne sont ni jeunes, ni des purs sprinters, ils ne sont pas (ou plus) des coureurs de classiques, ni des favoris pour les grands tours, ou ils sont tout à la fois. Certains ont réussi leur saison, d’autres l’ont ratée, mais on notera surtout un beau flop groupé de la team UAE, un vrai travail d'équipe.. 

LE TOP

Matej Mohoric

L'ancien double champion du monde junior-espoir (2012-2013) abordait la saison 2018 avec seulement 3 victoires pro à son palmarès et un nouveau contrat chez Barhein-Merida. Autant dire que la pression était  grande sur les épaules du Slovène dont tous les observateurs attendaient qu'il confirme au plus haut niveau son potentiel énorme, au-delà de sa victoire d'étape à la Vuelta acquise l'an dernier. 2018 aura été l'année de l'éclosion pour Matej, avec pas moins de 7 bouquets pour ce finisseur hors pair qui a montré qu'il peut même viser plus haut ! On notera surtout une deuxième victoire sur un grand tour avec la 10ème étape du Giro, les classements généraux du Tour de Belgique et du Tour d'Allemagne, ainsi que la semi-classique GP Industria & Artigianato. 

 

Richard Carapaz

Arrivé sur le continent en 2016 pour participer à ses premières courses européennes et après une année 2017 prometeuse, Carapaz, agé de 25 ans, a réellement éclos en 2018. Fin avril, Richard entre dans l'histoire du cyclisme équatorien en devenant le premier coureur de son pays a gagner en Europe sur les routes espagnoles du Tour des Asturies. Moins de deux semaines plus tard, il remporte la 8ème étape du Giro à Montevergine sous des trombes d'eau et s'empare du maillot de meilleur jeune. Un Giro où Movistar avait décidé de venir la fleur au fusil mais qui aura vu la nouvelle pépite sud-américaine, leader par défaut, marquer les esprits et s'emparer d'une quatrième place au Général de toute beauté. L'équateur s'était trouvé un nouveau champion! La suite de sa saison fut plus anecdotique et essentiellement consacrée à aider ses leaders sur la Vuelta, mais il est clair qu'il faudra dorénavant compter avec lui sur les Grands Tours.

 

Christophe Laporte

Suite à l'inconstance chronique de Bouhani de prester à haut niveau, Cédric Vasseur décide de donner à Laporte de nouvelles responsabilités au sein de la Cofidis au début de cette année. Bien en jambes sur les courses françaises de début de saison, entre autres Paris-Nice, le français se distingue également sur les Classiques de printemps. Pas de quoi casser trois pattes à un canard mais le choix de Vasseur semble être le bon en vue du Tour de France où Laporte, sans briller non plus de mille feux, s'adjuge quelques belles placettes. Bien qu'honorable, la suite de sa saison fut moins glorieuse, mais à 26 ans, Christophe a, sans aucun doute, encore de belles années devant lui pour encore faire parler la poudre.

 

Bob Jungels

Certes, Bob Jungels semble avoir fait un pas en arrière par rapport aux années précédentes en ce qui concerne les classements généraux des tours d'une ou trois semaines. Sa 11ème place finale au Tour de France n'est pas si négative, mais le Luxembourgeois a surtout été incapable de se montrer dans les tours d'une semaine, avec une 5ème place finale à la Volto ao Algarve et au Tour of Britain comme meilleur résultat. Mais qu'importe, Bob a inscrit son nom au palmarès de la Doyenne des Classiques, en réalisant un super numéro qui lui a permis de remporter Liège-Bastogne-Liège. De quoi lui rappeler qu'avec son profil de grimpeur-rouleur-qui-va-vite-au-sprint, des grandes classiques, il pourrait en rafler encore d'autres.

 

Rohan Dennis

Pour que le chronoman australien devienne réellement un coureur capable de lutter pour le général dans un grand tour, il faudrait qu'il fasse un stage chez Sky pendant quelques saisons. Et même s'il a montré quelques bonnes choses dans les montagnes italiennes, on voit mal comment il pourrait s'accrocher aux grimpeurs dès que les pentes dépassent les 6%. Mais qu'importe, en 2018, Dennis a simplement été le meilleur spécialiste du contre-la-montre du peloton. Sur les dix courses contre le temps auxquelles il a participé, il en a gagné sept, dont le titre national, le grand CLM du Giro, les deux CLM de la Vuelta et le titre de champion du monde pour clôturer l'année en beauté. Il a même montré qu'il sait faire autre chose que rouler contre le vent en allant chercher le maillot rose dans un sprint intermédiaire de la première étape en ligne du Giro après avoir raté le coche pour deux secondes lors du prologue de Jérusalem.     

 

Remco Evenepoel

Un nom de marque d'électroménager, un passé (récent) dans le football de haut niveau avec plusieurs sélections en équipe nationale U16, une 13ème place au semi-marathon de Bruxelles à 16 ans et 9 mois, un triple doublé lors de sa première réelle saison en tant que coureur cycliste (Champion de Belgique, d'Europe et du Monde Junior sur route et au contre-la-montre), une popularité jamais vue pour un coureur qui n'est même pas encore couru dans la catégorie U23, un contrat professionnel à 18 ans dans la meilleure équipe du monde, … et surtout, une étiquette qui risque de lui pourrir la carrière, celle du "Nouveau Merckx". Bonne chance gamin. 

 

LE FLOP

Tony Martin

Dire que la carrière de Tony Martin (33 ans) s'essouffle quelque peu est un euphémisme. Les chenilles sont rouillées et il semble bien loin le temps où le Panzer écrasait la concurrence sur l'effort chronométré. Après son départ de la Quick-Step pour Katusha, Tony s'était pourtant lancé un nouveau défi de briller sur les Classiques de Printemps qu'il a toujours particulièrement affectionnées. Culture belge oblige… Mais ses ambitions ne furent guère couronnées de succès. Son seul résultat probant sera, une nouvelle fois, son titre de champion d'Allemagne du contre-la-montre où ses successeurs tardent à le mettre en péril. En dehors de ça, il n'a guère défrayé la chronique et son nouveau départ pour la Lotto-NL pourrait lui offrir de nouvelles occasions d'enrichir un peu plus son palmarès déjà bien fourni.

 

Diego Ulissi

Cela fait des années qu'on attend que le double champion du monde junior (2006 et 2007) fasse enfin éclore toute son talent sur les courses qui semblaient parfaitement correspondre à son profil de puncheur comme les Ardennaises. Mais si les années précédentes, le flop au printemps était compensé par des coups d'éclats qui pouvaient laisser croire qu'un jour, le Toscan y arriverait, en 2018, Ulissi n'a plus réussi à maintenir ce faible espoir en vie. La seule victoire obtenue au Tour de Suisse laisse en effet présager que Diegeo Ulissi a entamé la longue et cruelle marche vers l'oubli. 

 

Rui Costa 

Les années se suivent et passent sans qu’on s’en aperçoive pour le lusitanien, qui voit son année 2018 aussi blanche que 2017. Si quelques bons résultats dans les courses du Golfe persique ont une nouvelle fois laissé planer un doute, il abandonne Paris-Nice, traverse le Pays Basque sans top 10 et conclut ses ardennaises avec comme firmament une anonyme 19ème place à Huy! Son retour et les tops 5 en Romandie lui font reprendre confiance mais une blessure au genou le pousse à renoncer au Tour de Suisse qu’il affectionne tant et au Tour de France dans la foulée. Dur... il mettra un Tour de Pologne à s’en remettre... Le Portugais va cependant ré-émerger en deuxième partie de saison en signant une encourageantes 6ème place à Montréal et une 10ème place qui ne se refuse pas aux championnats du monde d’Innsbruck. Ensuite rien sur les italiennes d’automne... Il finit ainsi 2018 avec 17 points aux fanta-compétitions et 32 ans au compteur... attention au dépôt de bilan en 2019.

 

Alexandr Kristoff

Le colosse norvégien a surement offert le seul rayon de soleil à une team UAE moribonde en s'imposant sur les Champs Elysée lors de la dernière étape du Tour de France, mais cette belle victoire ne suffit pas à sauver une saison sommes toutes assez négative. Kristoff a certes gagné deux courses au Moyen Orient en début de saison et a aussi remporté pour la quatrième fois consécutive la course World Tour du Rund um den Finanzplatz de Frankfort, mais il a surtout raté les classiques de printemps, avec un seul top-10 à Sanremo. Et avec son nouveau sponsor pas très intéressé par les courses scandinaves, il n'a même pas pu augmenter son butin avec ses habituelles victoires au Tour des Fjord ou à l'Artic Race of Norway… Résultat, cinq succès seulement et un déclin qui semble malheureusement bien amorcé. 

 

Daniel Martin

En Janvier 2018, Dan Martin aurait peut-être dû jeter un coup d'oeil au parcours des championnats du monde d'Innsbruck plutôt que de faire des calins à son épouse pour la mettre enceinte. En effet, l'Irlandais n'aura pas beaucoup d'autres occasions de remporter les Mondiaux et le parcours semblait parfaitement taillé pour son profil. Mais Danny a quité la Vuelta à juste titre pour vivre la naissance de ses filles et n'a plus retrouvé la forme pour briller en fin de saison. Dommage, car la première partie de l'année n'a pas été exceptionnelle, avec aucun bon résultat dans les tours d'une semaine ou les Ardennaises. Après un bon Dauphiné, avec une victoire d'étape et une quatrième place finale, il renoue avec son habituelle poisse sur le Tour en perdant plusieurs minutes en première semaine à cause de chutes et autres problèmes techniques. Son inébranlable combativité lui permettra certes de remporter une étape et le dossard rouge final, mais ça ne sera pas suffisant pour sauver sa saison ainsi que celle de son équipe.