Le bilan de la saison 2019: les autres

Dernier chapitre de notre bilan de l’année cycliste. Ils ne sont ni jeunes, ni des purs sprinters, ils ne sont pas (ou plus) des coureurs de classiques, ni des favoris pour les grands tours, ou ils sont tout à la fois. Certains ont réussi leur saison, d’autres l’ont ratée, mais on notera surtout un beau flop groupé de la team UAE pour la deuxième année consécutive, un vrai travail d'équipe…

Le TOP

David Gaudu

Pépite en devenir, à 23 ans, David Gaudu est sans aucun doute un des français dont on parlera le plus dans les années à venir. Le jeune lieutenant de Thibaut Pinot a clairement franchi un palier en 2019 et ses performances sont à la hauteur de son aisance et son habilité dès que la route s'élève. A son avantage sur l'UAE Tour et sur le Tour de Romandie où il remporte une étape devant Roglic et Valverde, il s'aligne pour la deuxième fois sur le Tour de France où son travail pour Tibopino est assurément remarquable. Infatigable, il assure et rassure son chef d'équipe malheureusement contraint à l'abandon en troisième semaine. Un mal pour un bien puisque cela lui permettra de terminer dans la roue de Bernal au classement des meilleurs jeunes et de toucher du bout des doigts un top-10 à Paris. Le grimpeur de poche s'illustrera encore sur les classiques italiennes de fin de saison et, c'est désormais une certitude, Gaudu est fin prêt à crever l'écran en 2020.

Stefan Kung

Cinq victoires et une médaille de bronze aux Championnats du Monde, tel est le bilan très positif de la saison de Stefan Kung. Surtout si on pense que le Suisse a essentiellement travaillé comme équipier d’Arnaud Démare dans les classiques et de Thibaut Pinot au Tour de France. S’il n’est pas encore devenu « le nouveau Cancellara », il commence à faire peur et sa démonstration de force lors des Mondiaux est clairement une référence qui indique ses ambitions futures.

Alberto Bettiol

Après une saison décevante chez BMC, Alberto Bettiol a très bien fait de revenir aux ordres de Jonathan Vaughters chez Education First, puisqu’il a été un des grands protagonistes du printemps. Après plusieurs places d’honneurs à Tirreno-Adriatico, dont la deuxième place du contre-la-montre final devant des spécialistes comme Dumoulin, Dennis ou Roglic, il réussit un coup de maître au Tour des Flandres en s’imposant en solitaire après avoir attaqué dans le Vieux Quarement. Sa deuxième partie de saison sera moins impressionnante, mais qu’importe, Bettiol a ramené l’Italie sur la première marche du podium du Ronde 12 ans après Ballan, et c’est largement suffisant.

Laurens De Plus

Le jeune coureur belge a fait des bonds en avant cette saison et a largement contribué à l’année magique des Jumbo-Visma. Après un début de saison au service des leaders et deux top-20 à la Flèche Wallonne et Liège-Bastogne-Liège, De Plus doit abandonner le Giro à la 7ème étape à cause de maladie. Roglic perd alors son lieutenant, ce qui ne sera pas sans conséquences pour le restant de la course. De Plus se rattrape alors au Tour de France où il fait un boulot formidable en montagne pour aider Steven Kruijswijk à monter sur le podium à Paris. La récompense viendra en août, lorsqu’il s’impose au BinkBank Tour, en réussissant à suivre Van Avermaet et Naesens dans la dernière étape sur pavés. Il confirme ainsi qu’il est un coureur complet et qu’à 24 ans, l’avenir semble plutôt rose.

Davide Formolo

La bonne nouvelle pour l’ancien espoir italien, c’est qu’il a mis une croix sur ses ambitions au classement général des grands tours. Il s’est ainsi concentré sur les tours d’une semaine et les courses d’un jour, ce qui lui a déjà permis de renouer avec la victoire après 4 ans en s’imposant dans la dernière étape du tour de Catalogne avant de prendre une belle deuxième place à Liège-Bastogne-Liège. Son titre de champion d’Italie confirme sa conversion réussie, mais son abandon sur chute à la Vuelta a compromis sa fin de saison et ne nous a permis de voir ce qu’il avait réellement dans le ventre.

Pavel Sivakov

Pour sa première véritable année au sein du peloton professionnel et d'une équipe Inéos qui compte, tout de même de nombreux cadors, Pavel Sivakov n'aura pas démérité, loin de là. Parachuté co-leader, par défaut, d'un Giro qu'il découvrait à peine, le jeune franco-russe a démontré qu'il était bien plus qu'un oiseau pour le chat. Ses performances au Tour des Alpes, avec une étape et la victoire au général à la clé, était assurément un premier indice de sa bonne forme. Son éclosion sur le Tour d'Italie était donc bien loin d'être une réelle surprise mais on ne s'attendait pas à le voir si régulier et à tenir la dragée haute aux spécialistes des grands tours avec une telle maestria. Certes, sa neuvième place finale au général n'est pas révélatrice de son indéniable talent mais, échouant de peu dans sa quête du maillot blanc, il aura montré au petit monde du vélo qu'il a déjà tout d'un grand. Sa victoire au Tour de Pologne n'a fait que confirmer tout le potentiel en devenir d'un jeune aux dents longues.

Kasper Asgreen

Pour un jeune dont l'objectif principal, en 2019, était de prendre du galon, Kasper Asgreen a fait bien mieux qu'être l'équipier modèle dans une équipe Deceuninck-Quick Step qui regorge de stars. Sa deuxième place au Tour de Flandres en atteste assurément mais que dire de la suite de sa saison. A l'aise sur les Classiques, il est également bon grimpeur et excellent rouleur. Le danois le prouve très vite sur le Tour de Californie en décrochant une jolie victoire au sommet du Lac Tahoe et la troisième place du général. Mais, surtout, ses qualités de rouleur lui ont permis de s'adjuger son championnat national du contre-la-montre et une deuxième place aux championnats d'Europe ITT, auxquels il faut rajouter quelques très beaux autres accessits sur l'exercice chronométré aux Tours de France, de Suisse, de Californie ou encore à Tirreno. En co-équipier exemplaire, il participe activement à la défense du maillot jaune d'Alaphilippe et se permet le luxe suprême de mettre, en plus, Viviani sur orbite. On vous le dit, Kasper, c'est du costaud!

Giulio Ciccone

Pour l'ancien coureur de la Bardiani, on peut clairement dire que son arrivée chez Trek Segafredo cette année s'est passée de la plus belle des manières. Une première victoire en février sur le Tour du Haut-Var, très vite suivie par une troisième place sur Paris-Nice le voient débarquer sur le Tour d'Italie avec des ambitions légitimes. Offensif à souhait, il finit par finalement s'imposer sur la seizième étape, après avoir franchi en tête le col du Mortirolo, Cima Pantani de ce Giro. Dans tous les bons coups, et après un nouveau podium, il repart, méritoirement, d'Italie avec le maillot bleu de la montagne sur les épaules. Loin d'être rassasié, il réalise un Tour de France de fort belle facture, où il porte le maillot jaune deux jours durant, avant de quelque peu rentrer dans le rang sur les Classiques italiennes de fin de saison où il marque légitimement le pas. Nul doute que l'italien de 25 ans fera parler la poudre en 2020 où on espère le voir encore grandir tant et plus.

Mike Teunissen

Encore un ancien champion du monde (espoirs) de cyclo-cross dont la reconversion sur route se passe sous les meilleurs auspices. A priori spécialiste des Classiques, avec quelques belles performances dans sa besace, il excelle un mois plus tard aux quatre jours de Dunkerque et sur le ZLM Tour. Au-delà de ces deux succès, on retiendra surtout son début de Tour de France où sa pointe de vitesse lui permet d'être le premier néerlandais depuis trente ans à revêtir la tunique jaune. Un rêve éveillé pour le hollandais de 27 ans plus habitué à jouer les ouvreurs pour son chef de file, Dylan Groenewegen. Un succès qui, on le lui souhaite, en appellera d'autres, pour le batave qui a dorénavant pris pleinement conscience qu'il peut jouer avec les meilleurs.

Nils Pollitt

Au cours d’une année catastrophique pour l’équipe Katusha, Nils Politt est le seul coureur à ne pas avoir coulé avec son navire. Au contraire, le colosse allemand a réussi à s’imposer parmi les spécialistes des pavés et sera un client redoutée lors des prochaines campagnes. On connaissait son potentiel, mais Politt a cette année aussi atteint des résultats plus qu’intéressants : 6ème à Harelbeke, 5ème au Tour des Flandres et 2ème à Paris-Roubaix, où seul un incroyable Philippe Gilbert a réussi à le battre, ce n’est pas à la portée de tout le monde. Pour le reste, Politt a fait quelques bons résultats sur des contre-la-montre et un top-20 aux championnats du monde d’Harrogate, confirmant que les conditions difficiles ne lui posent pas de gros soucis. A suivre de très près dès le mois de février…

Bauke Mollema

Un coureur qui réussit la meilleure saison de sa carrière à 33 ans a par la force des choses passé des moments difficiles surmontés avec patience et humilité. Bauke Mollema fait partie de cette catégorie de coureurs qui sont d’ailleurs rarement engagés dans des équipes du fantacycling. N’ayant que peu poids dans les fantacourses, tout le monde peut alors se réjouir lorsqu’il réussit des belles performances Comme au Giro qu’il termine quand même à la 5ème place, (sa deuxième meilleure prestation sur un grand tour) ou au Tour de Lombardie qu’il remporte sans équivoques. Si on rajoute que le Néerlandais est champion d’Europe et champion du Monde du relais mixte, on a là une belle saison réussie pour un coureur sympathique.

Fausto Masnada

Après deux premières saisons prometteuses chez les pros, Fausto Masnada est entré dans une nouvelle dimension en 2019. Le jeune coureur de l’équipe Androni a tout simplement passé deux mois de folie. Entre avril et mai, il termine 3ème du Tour de Sicile, remporte deux étapes au Tour des Alpes et fait le show au Giro. Il y remporte l’étape de San Giovanni Rotondo, attaque presque tous les jours, prend plusieurs places d’honneur, dont la deuxième du classement de la montagne et la quatrième du classement à points. La suite de la saison sera moins glorieuse mais Masnada avait déjà obtenu son ticket Pro Tour en signant chez CCC pour 2020.

 

Le FLOP

Sergio Henao, Fabio Aru, Daniel Martin

Les leaders désignés de la team UAE ont fait un beau flop groupé cette saison. Aucune victoire, aucun panache, aucun résultat intéressant, si ce n’est 14ème place de Aru au Tour après son opération. Pour le reste, que des prestations anonymes et un feeling avec l’équipe qui, pour les nouvelles recrues Henao et Martin, ne s’est jamais matérialisé. L’Irlandais a d’ailleurs décide de plier bagages après un an pour tenter l’aventure chez Israel Cycling.

Matej Mohoric

Après sa très belle saison 2018, on pensait que le talentueux coureur slovène avait enfin trouvé sa place dans le peloton, mais force est de constater qu’il a fait un grand pas en arrière cette année. Il s’est testé sans succès sur les classiques de printemps et à part une victoire d’étape sur le Tour de Pologne (l’unique de la saison), il n’a pas réussi à rééditer les brillantes prestations sur les tour d’une semaine. Il termine sa saison avec plus de doutes que de certitudes, même si depuis le début de sa carrière, sa progression n’a jamais été linéaire.

Richie Porte

Les portes de la gloire se sont-elles définitivement refermées pour le chat noir du peloton à qui on promettait un jour, plus que certainement, une grande victoire sur un grand Tour. Car, si ce n'est son annuel succès sur les routes pentues de Willunga Hill, Richie n'a absolument rien montré de la saison. Incapable de peser sur une course qui semble désormais lui échapper, il a traversé l'année 2019 dans un anonymat auquel il ne nous avait pourtant guère habitué. Transparent sur les tours de début de saison, il ne nous a même pas gratifié de sa sempiternelle et dramatique chute du mois de juillet qui met fin à ses sans cesse renouvelés espoirs de remporter la course céleste. Son transfert chez Trek n'aura donc pas eu l'effet escompté et il apparait dorénavant, si ça ne l'était pas déjà, comme un des plus beautiful loser du peloton.

Warren Barguil

Heureusement pour Wawa que le championnat national se court encore car, pour le champion de France 2019, la roue n'a cessé de tourner dans le mauvais sens. Dès le mois de mars,  avec deux grosses chutes sur Paris-Nice et sur le Tour de Catalogne, la partie s'annonçait, d'ores et déjà, ardue. Qui plus est, le breton a fait le choix de signer en 2018 dans une équipe qui n'a probablement pas les épaules pour assumer les ambitions de celui qu'on a rapidement vu comme le successeur légitime de Richard cœur de Lion. On ne pourra pas dire que cela s'est fait à l'insu de son plein gré mais il est clair que Barguil s'est sans doute vu trop vite, trop grand. Le français avait jusque-là pu faire illusion, notamment sur le Tour de France'18 mais là, Warren a clairement touché le fond. Il n'a jamais que 28 ans, la route vers les sommets sera rude et pentue mais, on l'espère, pas insurmontable pour un grimpeur de sa trempe. L'ancien roi de France n'est désormais plus qu'un valet à qui l'on souhaite de retrouver sa couronne en 2020.

Marc Soler

Le jeune pensionnaire de la Movistar n'a été, en 2019, que l'ombre de celui qui avait défrayé la chronique l'année passée. Auteur d'une saison remarquable en 2018 et successeur désigné de Vale, Soler n'a pu rééditer les magnifiques performances qui l'avait vu grimper dans la hiérarchie au sein de l'équipe espagnole. La faute à une lourde chute sur le Tour de Catalogne qui a plus que probablement bridé ses ambitions de succès en 2019. L'espagnol a mis du temps à s'en remettre mais au vu de son excellent Tour d'Espagne, tout espoir n'est pas encore perdu. A 26 ans, le temps est venu de passer à la vitesse supérieure et les départs conjugués de Quintana et Landa devraient lui permettre d'à nouveau jouer les premiers rôles en 2020.

Enric Mas

Pas grand-chose à se mettre sous la dent pour celui qui, en 2018, avait été étincelant sur les routes espagnoles de la Vuelta. Sans être transcendante, son année avait pourtant pas mal commencé. Que ce soit en Algarve, en Catalogne ou au Pays Basque, le protégé de Contador avait tiré son épingle du jeu avec les honneurs. Il confirme ses bonnes sensations en Suisse, en prélude du Tour de France, mais ne peut malheureusement pas reproduire ces prestations sur la Grande Boucle où l'on ne verra que très peu son cuissard. Il sauve les meubles en remportant le Tour de Guangxi en fin d'année mais on souhaite, tout de même, que son transfert vers la Movistar lui apporte un plus de bonheur et de succès que ce que ses intrinsèques qualités devraient pouvoir lui permettre d'atteindre.

Ion Izagirre

A 30 ans, ce "vieux" briscard de Ion Izagirre n'est assurément pas le coureur dont on parle le plus. Et pourtant, le basque est un pourvoyeur de points à nul autre pareil. Véritable stakhanoviste du peloton, il doit être l'un de ceux qui courent le plus dans une saison, ce qui lui permet de souvent se retrouver assez haut au ranking mondial de fin d'année. Ses succès sur le Tour de Valence et, surtout, sur le Tour du Pays Basque ne sont certainement pas dédaignables, mais, que ce soit sur les classiques, Tours d'une semaine ou autres Tours de plus grande envergure, Izagirre n'a guère été étincelant en 2019. L'espagnol nous a habitué à mieux mais il est vrai qu'avec la renaissance soudaine de son équipier Fuglsang et le cadenassage de Lopez sur le Giro et la Vuelta, il n'y avait peut-être pas énormément de place pour faire beaucoup mieux en fait. Un petit changement d'équipe Ion…?

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