Fassa Bortolo, Petacchi et quelques surprises dans le frigo

L’équipe Fassa Bortolo est peut-être la dernière grande formation de haut niveau italienne. Elle a été active entre  2000 et 2005 et a accueilli dans ses rangs beaucoup plus de champions que l’on ne croit. Petite histoire de la team blanc-bleu.

A comme Ale-Jet

Le coureur le plus représentatif de l’équipe Fassa Bortolo est sans aucun doute Alessandro Petacchi. Non seulement parce que le sprinter de La Spezia a été dans l’équipe de la première à la dernière saison, mais aussi parce qu’il lui a offert un nombre impressionnant de victoires. Petacchi débute sa carrière pro en 1996 dans une petite structure italienne. Il doit attendre 1998 pour remporter sa première victoire, mais alors que le roi Mario Cipolini domine les sprints sur les routes du Giro et du Tour, le jeune Petacchi doit se contenter d’un succès au Tour de Langkawi. Les choses changeront cependant en 2000. Giancarlo Ferretti, ancien manager affirmé des formations Ariostea et MG Boys Maglifico, décide en effet de remonter une équipe avec l’aide du sponsor de l’entreprise de matériel de construction Fassa Bortolo. Ferretti connait le vélo. Il a le nez fin et monte directement une équipe compétitive.  Fabio Baldato, Wladimir Belli ou Dimitri Konyshev sont des valeurs sures et remportent directement des courses importantes, mais les espoirs reposent aussi sur ce jeune sprinter surpuissant. Après quelques mois d’adaptation aux courses de haut niveau, Alessandro Petacchi commence à gagner des sprints dès le mois de juin et s’impose à deux reprises lors de sa première participation à la Vuelta.  Il reste néanmoins dans l’ombre de Mario Cipollini qui malgré un âge avancé, ne compte pas céder sa couronne facilement. Mais après l’extraordinaire saison 2002 de Super Mario, Cipo peut enfin songer à passer le témoin. Petacchi remporte alors 6 étapes au Giro 2003 où il bat Cipollini qui doit se contenter de deux succès. Il participe ensuite à son premier Tour au cours duquel il remporte 4 étapes avant de récolter 5 bouquets à la Vuelta.  La saison 2004 est toute aussi prolifique, avec les fameuses neuf victoires d’étape au Giro ! Si le fantacyclisme existait à l’époque, il aurait battu tous les records. Petacchi devient Ale-Jet et enchaine victoire sur victoire. Il est simplement imbattable dans les sprints massifs. Seul Robbie McEwen peut lui tenir tête, mais l’Australien est bien moins constant. En 2005, Ale-Jet réalise son rêve en remportant Milan-Sanremo et termine l’année avec 25 victoires, son record sur une saison. Au final, en cinq ans chez Fassa Bortolo, Alessandro Petacchi aura remporté 94 victoires. En relisant les stats, on aimerait aller chercher le triple chiffre, mais même si on y ajoute les classements à points remportés dans les trois grands tours on n’arrive pas à 100 succès… dommage.

B comme Bortolo

Au cours de ses cinq saisons dans le peloton, l’équipe Fassa Bortolo a vu passer un nombre incalculable de grands champions. Des champions qui n’ont peut-être pas réalisé leurs meilleurs années sous la direction de Ferretti et qu’on n’associe donc pas automatiquement au maillot blanc-bleu, mais qui doivent malgré tout beaucoup à cette équipe, ne fut-ce qu’on niveau de l’apprentissage. On a déjà mentionné Fabio Baldato qui après l’expérience chez MG Maglifico vient plus ou moins finir sa carrière chez Fassa Bortolo, et de Wladimir Belli, qui sans remporter de grands succès, offre à l’équipe plusieurs bons résultats, dont un top-10 au Giro 2000 ou dans des tours d’une semaine ou les classiques pour grimpeurs.  C’est en 2002 que Ferretti réalise un gros coup en signant Michele Bartoli, un des meilleurs coureurs de classiques de l’époque. Bartoli ne tarde d’ailleurs pas à donner raison à son manager en remportant l’Amstel Gold Race au terme d’un sprint serré face à son équipier Ivanov, puis une série de classiques italiennes d’automne comme le Giro d’Emilia, Milan-Turin et le Tour de Lombardie. Une classique des feuilles mortes qu’il remportera aussi en 2003, un an avant de prendre sa retraite.

Tant qu’on est dans les coureurs qui commencent par la lettre B, comment ne pas rappeler qu’Ivan Basso a réellement démarré sa carrière sous les ordres de Ferretti. Basso arrive chez Fassa Bortolo en 2001. Il a 23 ans. Il gagne directement quelques courses et termine deuxième de la Flèche Wallonne. L’année suivante, il remporte le maillot blanc du meilleur jeune au Tour de France après avoir terminé troisième de Liège-Bastogne-Liège. Certains pensent avoir un nouveau phénomène sous la main, mais Ivan le terrible ne franchira jamais vraiment le grand cap et, dans l’ombre de Lance Armstrong, il faut le dire, restera un éternel second.  Il n’y a pas que des coureurs commençant avec la lettre B qui ont brillé dans l’équipe italienne ces années-là. On pourrait d’ailleurs épuiser tout l’alphabet. Notons surtout qu’en 2003, après la dissolution de l’équipe Mapei, Ferretti engage deux coureurs très prometteurs issus du centre de formation de l’équipe de Squinzi : Fabian Cancellara et Filippo Pozzatto. Les deux futurs champions commencent leur carrière de haut niveau chez Fassa Bortolo. Pozzatto était précoce et remporte directement des courses importantes, dont le classement général de Tirreno-Adriatico, alors que Cancellara se contentera au début de remporter quelques prologues et contre-la-montre avant de monter en puissance les années suivantes. Ils découvriront en tous les cas les pavés du Nord sous leur maillot blanc-bleu. Des pavés qui leur offriront la gloire quelques années plus tard.

La liste des autres coureurs passés par Fassa Bortolo est longue. On y trouve des  coureurs aujourd’hui un peu oubliés comme Francesco Casagrande, Francesco Chicci, Dario Cioni, l’Ukrainien Serguey Honchar, le luxembourgeois Kim Kirchen, le basque Aitor Gonzalez, le russe Serguey Ivanov et même Franck Vandenbroucke en 2004. Mais aussi des coureurs qui étaient encore en activité il y a peu comme Rinaldo Nocentini, Matteo Tosatto, Juan Antonio Flecha ou Paolo Tiralongo. En 2005, un certain Vincenzo Nibali, alors âgé de 21 ans, y découvre le cyclisme professionnel…

F comme Fassa

Qui dit cyclisme au début des années 2000 dit évidement scandales de dopage. Et l’équipe Fassa Bortolo ne fut pas épargnée par la vague, loin de là… Le cas le plus emblématique est sans aucun doute celui de Dario Frigo. Jusqu’à son arrivée chez Fassa Bortolo en 2000, Frigo est un bon coureur capable d’obtenir des victoires dans des kermesses et des placettes dans des courses de plus haut niveau. La situation n’est pas très différente lors de sa première saison avec Giancarlo Ferretti, mais dès le début de l’année 2001, le changement est radical. L’inconnu Dario Frigo devient presque imbattable : il gagne Paris-Nice, termine deuxième de la Settimana Coppi e Bartali et 7ème de la Flèche Wallonne, puis remporte le Tour de Romandie. Cinq jours après, il termine deuxième du prologue du Giro derrière Rik Verbrugge et endosse le maillot rose dès la quatrième étape. A cette époque, le dopage, l’EPO, les transfusions sanguines sont connues, l’affaire Festina étant passée par là, mais l’opinion publique et les médias ne maitrisent pas encore la vue d’ensemble du puzzle et du système en place.  L’ovni Dario Frigo permettra de faire avancer les choses. En effet, les suiveurs attentifs se rendent compte qu’un coureur ne peut tout simplement pas sortir de l’anonymat d’un jour à l’autre et gagner des courses de haut niveau, sans des aides externes. Le bon porteur d’eau qui commence à survoler les courses et battre les champions affirmés, cela n’est tout simplement pas naturel. Plus tard, dans différents témoignages et biographies, des coureurs comme Greg Lemon ou Laurent Fignon mettront l’accent sur le changement d’époque, lorsqu’ils se rendaient compte que des sprinters allaient plus fort en montagne que des grimpeurs, mais sur le moment même, sans le recul nécessaire, ces anomalies étaient plus difficiles à détecter. Quant à Dario Frigo, en pleine lutte pour la victoire finale avec Gigi Simoni, il sera obligé de quitter le Giro 2001 suite aux perquisitions de la police italienne dans les hôtels des coureurs à San Remo. Ils trouvèrent des substances dopantes dans la chambre de Frigo qui fut licencié sur les champs par son équipe et disqualifié par les organisateurs de la course.

Après quelques mois de suspension, Frigo recommença à gagner des courses avec une autre équipe en 2002, ce qui de manière tout à fait normale poussa Giancarlo Ferretti à le réengager en 2003… Et là, rebelote, victoires d’étape à Paris-Nice, le général de la Volta a la Comunidad Valenciana, à la Semaine Catalane, troisième du Tour de Lombardie… jusqu’au Tour de France 2005, lorsque son épouse est interpellée par la police française avec les flacons d’EPO. Exclu du Tour, Frigo annonce qu’il arrête le vélo et au cours de l’enquête des autorités françaises, il dénoncera le dopage organisé au sein de son ancienne équipe.

Depuis le cas Frigo, il est plus facile d’avoir des doutes sur un coureur qui sort de nulle et gagne tout, alors qu’une progression constante et sur plusieurs années représente un parcours plus réaliste pour un coureur qui gagne des courses importantes.

Un autre champion en la matière était Raimondas Rumsas, engagé chez Fassa Bortolo entre 2000 et 2001. Il y remporta le Tour de Lombardie en 2000 et le Tour du Pays Basque en 2001, avant de passer chez Lampre où il monta sur la troisième marche du podium du Tour 2002, alors que le jour même son épouse Edita fut interpellée à la frontière Franco-Italienne en possession d’une pharmacie interdite digne de celle de Willy Voets. La famille Rumsas représentera à sa manière un modèle peu rassurant sur les pratiques du cyclisme de haut niveau mais aussi amateur. Après avoir nié radicalement toute tricherie lors que l’enquête post-2002, les époux Rumsas feront même de la prison. Mais ce sont les évènements les plus récents qui interpellent le plus, avec la mort suite à un arrêt cardiaque de leur fils de 21 ans, jeune cycliste amateur en Toscane. Un mort tragique suivie de perquisitions et séquestrations de produits dopants de tout genre dans les locaux de la famille et de l’équipe et du contrôle positif de l’autre fils âge de 23 ans, sur une course amateur quatre mois plus tard. Effrayant !

Toujours est-il qu’on préfère se rappeler de l’équipe Fassa Bortolo à travers les victoires d’Alessandro Petacchi, celles de Michele Bartoli, les débuts sous le maillot blanc-bleu de Fabian Cancellara, Pippo Pozzatto, Juan Antonio Flecha et Vincenzo Nibali et leur vélo Pinarello.

Commentaires

J'adore ces articles sur l

Portrait de piticoujou
J'adore ces articles sur l'historique des équipes, de bonnes petites piqûres de rappel (puisqu'on y parle parfois de piqûres, comme aujourd'hui :-)). Un jour faudra penser à compiler et publier, hein Lucho...