La fin de saison 2022 a vu le départ à la retraite de trois grands champions qui ont marqué le cyclisme de leur époque. Probablement trois des plus grands champions de la décennie 2010-2020 : Alejandro Valverde, Vincenzo Nibali et Philippe Gilbert. L’occasion de rendre hommage à ces coureurs qui ont offert tellement d’émotions et de points fantacyclistes au cours de leur carrière. Profitons-en aussi pour souhaiter une belle retraite à Tom Dumoulin, Nicky Terpstra, Mikel Nieve, Richie Porte et surtout Davide Rebellin, mais avec tout le respect, les trois coureurs dont nous relaterons les exploits ci-dessous étaient quand même d’une autre catégorie.

Alejandro « El Bala » Valverde : la valeur sure

Des trois jeunes retraités, Alejandro Valverde est le plus âgé. Pourtant, à 42 ans, il a été le seul à être réellement compétitif jusqu’à sa dernière course, avec une campagne d’automne exceptionnelle marquée par une deuxième place à la Coppa Agostoni, une quatrième place au Giro dell’Emilia, une troisième place aux Tre Valli Varesini et une sixième place au Lombardie. Des résultats qui donneraient envie de rempiler pour un an, même s’il faut bien admettre qu’El Imbatido avait de plus en plus de mal à lutter pour la victoire depuis quelque temps. Passé professionnel en 2002 avec l’équipe Kelme, Valverde explose réellement l’année suivante avec 8 succès, une troisième place au classement final de la Vuelta et une première médaille (d’argent) aux championnats du monde. En 2005, il rejoint l’équipe Iles Baleares de Jose-Miguel Echavarri et Eusebio Unzué et restera dans la même structure pendant le restant de sa carrière, occupant pendant 17 saisons la place de devant dans le bus de l’équipe. La machine est lancée et ne s’arrêtera que temporairement, entre 2010 et 2011, lorsqu’il est suspendu pour dopage et son implication dans l’affaire Puerto. Certains lui reprocheront à de nombreuses reprises cette tache dans sa carrière. Mais ce qu’on reprochait surtout à Valverde, c’était son manque de panache et son attitude de suceur de roue. Cette étiquette, il la doit surtout à sa performance lors des championnats du monde de Florence en 2013. Son équipier Joachim ‘Purito’ Rodriguez est seul devant. Valverde n’est pas loin en compagnie de Rui Costa et Vincenzo Nibali, lorsque Rui Costa accélère à la sortie d’un virage peu avant la flamme rouge, Valverde se colle dans la roue de Nibali en espérant que le Requin de Messine le ramène pour l’emporter facilement. Mais cette tactique attentiste sera catastrophique pour l’équipe espagnole, puisqu’elle permettra à Rui Costa de revenir et battre Rodriguez alors qu’El Bala se contentera d’une médaille de bronze. L’équipe espagnole avait tout pour gagner le Mondial, elle le perdra à cause du suceur de roue Valverde.

Alejandro Valverde n’était donc pas le coureur le plus aimé du peloton. Son statut changera pourtant après son titre mondial obtenu en 2018 à 38 ans (après 2 médailles d’argent et 4 de bronze) et surtout grâce ses performances toujours très impressionnantes à un âge où la plupart des collègues ont raccroché depuis longtemps. Sa longévité forcera le respect et même ses détracteurs les plus virulents auraient été content si El Bala avait remporté un dernier succès sur les classiques italiennes cet automne.

Son plus grand exploit fantacycliste

Valverde n’a jamais spécialement été un super bon plan au fantacyclisme. Plus à cause de son prix toujours élevé qu’à cause de ses performances. Au contraire, Valverde, c’était la valeur sure, des points garantis, que ce soit dans les classiques ou les grands tours. Miser sur lui n’était jamais un grand risque, ni un coup de panache. C’était, à son image, une valeur sure. Ses 4 victoires à Liège-Bastogne-Liège et ses 5 succès à la Flèche Wallonne garantissaient un paquet de points lors des classiques de printemps, son amour pour son tour national le rendait quasiment incontournable pour la Fantavuelta où en 9 participations entre 2013 et 2022, il aura récolté un total de 13.997 points, soit une moyenne de 1555 fantapoints par Vuelta. Mais son plus grand exploit, c’est peut-être celui des classiques de printemps 2021. Après une saison 2020 très décevante, peut-être aussi en raison d’un calendrier chamboulé par le Covid, personne ne croit plus en Valverde. A 40 ans, il est considéré comme un papy qui ferait mieux de tirer sa révérence avant qu’il ne soit trop tard. Son début de saison n’indique pas spécialement un changement de tendance et malgré un prix qui n’a jamais été aussi bas (14 fantamillions) Valverde n’est repris que dans 4 teams lors du Fantaclassics 2021. Touché dans son orgueil, il fera une campagne de très haut niveau en terminant 5ème à l’Amstel Gold Race, 3ème de la Flèche Wallone et 4ème de Liège-Bastogne-Liège pour un total de 1620 points. Il deviendra pour toujours El Eterno Imbatido.

Ses plus grands regrets

El Bala aurait probablement aimé gagner un autre grand tour après son retour de suspension. Mais malgré plusieurs podiums, il n’a jamais réellement semblé en mesure de lutter pour la victoire, trouvant toujours un Contador, un Froome ou un Roglic pour le devancer. Mais son plus grand regret, c’est peut-être d’avoir un palmarès un peu léger et peu diversifié au niveau des courses d’un jour. Il était le roi des Ardennes, certes, mais pour un coureur de son profil, on aurait pu s’attendre à d’autres succès prestigieux qui ne sont jamais arrivés. Son punch et sa pointe de vitesse auraient pu lui permettre de remporter Milan-Sanremo. Mais La Primavera ne lui a jamais souri, avec un seul top-10 en 7 participations. Ses qualités de grimpeur et son pic de forme automnale auraient dû le transformer en Roi de Lombardie, mais la classique aux feuilles mortes est restée un tabou pour El Bala, avec 6 top-10 en 11 participations, dont 3 deuxièmes places. Même constat pour l’Amstel Gold Race ou d’autres classiques italiennes qu’il n’a jamais remportés. Sachant qu’il a obtenu un top-10 pour son unique participation au Tour des Flandres, certains se demandent aussi s’il n’aurait pas dû tenter sa chance de manière plus sérieuse au Ronde, où ses qualités et son sens tactique auraient pu faire mouche. Bref, à force de vouloir et pouvoir tout gagner, Valverde a raté quelques victoires qui auraient pu enrichir son palmarès.

 

Vincenzo « Lo Squalo » Nibali : le panache constant

Vincenzo Nibali est sans aucun doute un des coureurs les plus appréciés de sa génération. Et pour cause, il avait tout pour plaire aux passionnés de cyclisme : une longue carrière à la progression constante, une présence sur tout type de courses, un panache qui lui permettait de compenser certaines lacunes physiques et un palmarès de tout respect. Après avoir terminé 11ème du Giro 2008, 19ème du Tour 2008, 6ème et 2ème meilleur jeune du Tour 2009 et 3ème du Giro 2010, il remporte la Vuelta 2010 à 26 ans. Il sera par la suite un protagoniste permanent des grands tours, collectionnant un nombre impressionnant de podiums (3 au Giro, 1 sur le Tour, 2 sur la Vuelta) ainsi que deux succès sur les routes italiennes et un maillot jaune en 2014, le plaçant dans le cercle restreint des coureurs ayant remporté les trois grands tours. Le Requin de Messine n’a jamais été un ogre qui écrasait tout sur son chemin. Il était humain et avait des limites, mais compensait ses lacunes par un sens de la course hors norme et une capacité de surprendre par des attaques qu’on n’attendait pas. Cela lui a notamment permis d’obtenir une de ses plus belles victoires, à Sanremo en 2018, lorsqu’il attaque au début du Poggio et résiste au retour du peloton et des sprinters pour obtenir un succès inattendu et d’un autre temps. Avec ce succès à Sanremo ainsi que ses deux victoires au Lombardie, le Squale était aussi un des rares coureurs de grands tours à honorer les classiques et l’histoire du cyclisme, en renonçant à l’approche moderne qui voulait que les grimpeurs se préparent uniquement pour le grand rendez-vous de juillet. Vincenzo Nibali, c’était l’incarnation du cycliste que les passionnés de vélo adorent et aimeraient voir plus souvent. Et c’est aussi grâce à lui qu’aujourd’hui, des jeunes coureurs comme Pogacar et Evenepoel offrent autant de spectacle sur les classiques que sur les tours de trois semaines.

Son plus grand exploit fantacycliste

Pendant très longtemps, Vincenzo Nibali a détenu le record de points obtenus sur un Fantatour. Ce score a été dépassé avec l’arrivée de Tadej Pogacar, mais le Tour de France 2014 du Requin de Messine reste une référence et une des plus belles performances de l’histoire de notre jeu. Nibali n’était pas spécialement favori au début de ce Tour de France. Il faisait partie des outsiders derrière les super favoris Chris Froome et Alberto Contador. Mais il profite du parcours vallonné de la deuxième étape dans le Yorkshire pour s’emparer du maillot jaune dès le deuxième jour. Alors qu’on pense qu’il s’agit d’un bel exploit sans grosses conséquences sur le classement du Tour, il ne cédera la tunique jaune que pendant un jour à Tony Gallopin, la reprendra le jour suivant et la gardera jusqu’à Paris. C’est l’année où Nibali étonne la planète cycliste par ses qualités d’équilibriste sur les pavés trempés lors de l’étape d’Arenberg, une des étapes les plus spectaculaires de la décennie, peut-être de l’histoire Sous le déluge et sur les pavés, avec son maillot jaune et ses équipiers Fuglsang et Westra, il prend du temps à des spécialistes comme Sagan ou Cancellara et, surtout, il met en difficulté tous les autres favoris, à commencer par Chris Froome qui abandonnera sur chute et un Alberto Contador, complètement paralysé. L’Espagnol abandonnera aussi la course quelques jours plus tard, laissant le champ libre à un Nibali qui remportera encore trois étapes et remportera le Tour avec près de 8 minutes d’avance sur Jean-Christophe Peraud. Certains diront que l’Italien a remporté un Tour sans réelle concurrence, qu’il n’a jamais montré qu’il pouvait battre les meilleurs comme Contador ou Froome, mais on oublie que lorsque Contador a abandonné avant le départ de la 11ème étape, il avait déjà plus de 4 minutes de retard sur le maillot jaune.

Ses plus grands regrets

Il est évident qu’il n’a pas manqué beaucoup à Nibali pour avoir un palmarès encore plus glorieux. Certaines places d’honneur auraient pu se transformer en succès si les choses auraient tourné autrement. Quelques exemples : sa deuxième place derrière le vétéran Chris Horner à la Vuelta 2013 qu’on arrive toujours pas à s’expliquer ; ou sa deuxième place au Giro 2019 derrière Richard Carapaz qu’on n’avait pas vu venir et qui a bénéficié d’un marquage trop étroit entre Nibali et Roglic en début de course ; ou sa deuxième place à Liège-Bastogne-Liège 2012 derrière Maxime Iglinski, alors qu’il était parti dans la Roche au Faucons pour un raid solitaire et repris uniquement dans la dernière montée à Ans. Mais son plus grand regret, c’est probablement de n’avoir jamais obtenu un succès avec l’équipe nationale. Vu son profil, les possibilités étaient réduites, mais lorsque le parcours offrait une chance aux grimpeurs, il en faisait toujours un objectif principal. Il a cependant toujours été malchanceux avec le maillot de la Squadra. En 2013, il est le grand favori des championnats du monde qui se déroulent à Florence, pas loin de là où il a commencé à faire du vélo sérieusement. Il est victime d’une chute en début de course et dépense beaucoup d’énergies pour revenir dans le peloton. Il sera malgré tout dans le groupe des costauds qui se disputeront la victoire mais devra se contenter d’une quatrième place au goût amer derrière Rui Costa, Rodriguez et Valverde. La course sur route des JO des Rio 2016 était aussi à sa portée, mais alors qu’il se trouvait en tête avec Sergio Henao après avoir lâché tout le monde dans la dernière montée, il chute dans la descente, se brise la clavicule et voit s’envoler ses rêves de médaille olympique. Sa dernière chance étaient les championnats du monde d’Innsbruck en 2018 sur un parcours très sélectif. Mais Le Requin de Messine se brise une cervicale lors d’une chute dans la montée de l’Alpe d’Huez à cause d’un spectateur trop rapproché. Il doit abandonner le Tour et se fait opérer, n’arrivant pas dans les meilleures conditions aux Mondiaux finalement remportés par son ami Valverde.

 

Philippe « Le Phil » Gilbert : Mister classiques

Le dernier grand champion à tirer sa révérence au terme de la saison 2022 est Philippe Gilbert. Des trois champions, il est celui qui a commencé à galérer depuis le plus de temps, avec des dernières saisons avares en résultats où il pouvait au mieux justifier l’encadrement des jeunes dans son équipe. Mais il ne faut oublier que Philippe Gilbert a été un coureur exceptionnel. Un des derniers grands chasseurs de classiques, capable de gagner sur tous les terrains, pendant toute la saison et toute une carrière. Sa première grande victoire, c’est le Het Volk 2006, la course d’ouverture de la saison des classiques belges. Tout un symbole! Car les succès vont s’enchainer, du doublé à Paris-Tour et au Tour de Lombardie, jusqu’à l’apothéose de 2011, la saison où après avoir gagné les Strade Bianche, il devient le premier coureur à remporter les quatre classiques ardennaises en 10 jours (Flèche Brabançonne, Amstel Gold Race, Flèche Wallonne, Liège-Bastogne-Liège) avant d’endosser le maillot jaune lors de la première étape du Tour, de gagner le titre de champion de Belgique, la Clasica San Sebastian, le GP du Québec et le GP de Wallonie. Une saison exceptionnelle qu’il n’arrivera pas à rééditer, malgré le titre de champion du monde obtenu l’année suivante sur sa montée de prédilection, le Cauberg. Un Cauberg qu’il aura par ailleurs dompté à 4 reprises pour autant de succès sur l’Amstel Gold Race, sa course fétiche.

Son plus grand exploit fantacycliste

En 2011, le site Fantacycling.com n’existait pas encore. Les pionniers jouaient en se partageant des fichiers Excel et la razzia de Philou aux classiques de printemps ne peut donc pas être prise en compte. Son plus bel exploit fantacycliste, il le réalise donc au printemps 2017. Après avoir quitté l’équipe BMC, il rejoint la formation Quick Step de Patrick Lefevere. Mzid à 35 ans, la plupart des analystes pensent qu’il s’agit d’un dernier contrat « pour faire plaisir un à ami ». Il ne coûte d’ailleurs que 13 fantamillions pour le Fantaclassics et malgré ce prix relativement intéressant, il n’y a que 12 fantateams qui misent sur l’ancien champion du monde. Pourtant, l’arrivée chez Quick Step marquera le grand retour de Philippe Gilbert sur le devant de la scène. Après un week-end d’ouverture relativement anonyme, il termine deuxième du Dwaars door Vlaanderen et deuxième du GP de l’E3. La semaine suivante, il est le grand protagoniste du Tour des Flandres en lançant une attaque anticipée avec Tom Boonen pour ensuite se farcir 55 kilomètres en solitaire et remporter enfin le Ronde. Certes, sans la chute de Sagan, Naesen et Van Avermaet dans le dernier passage du Vieux Quaremont, la victoire de Gilbert n’était pas assurée, mais l’image de sa renaissance, franchissant la ligne d’arrivée en soulevant son vélo avec son maillot de champion de Belgique reste un des grands moments de l’histoire du Tour des Flandres. Et puisqu’il était en grande forme, Philippe en profite pour remporter son quatrième succès sur l’Amstel deux semaines plus tard, le tout avec un rein affaiblit suite à une chute. C’est cette année-là que Gilbert et ses équipiers créent le concept du Wolf Pack, la meute de loups plus forte que les meilleures individualités. Un concept qui comme Phil restera dans la postérité.

Ses plus grands regrets

En ce qui concerne les courses d’un jour, Philippe Gilbert a tout gagné. Enfin presque… Il a couru après un succès à Milan-Sanremo pendant toute sa carrière, et après avoir remporté le Ronde et Paris-Roubaix dans sa deuxième vie, les regrets pour les occasions manquées ont grandi, puisqu’il ne lui manquait plus que la Primavera pour égaler Rik Van Looy, Roger De Vlaeminck et Eddy Merckx, les seuls coureurs de l’histoire ayant gagné les cinq Monuments du cyclisme. Mais à ce moment-là, Philippe Gilbert n’avait plus le punch pour gagner une course comme Milan-Sanremo. Pourtant, au début de sa carrière, la Primavera semblait être la course qui lui convenait le mieux. Il a frôlé la victoire à quelques reprises, notamment en 2008 et en 2011, année où il s’est rapproché le plus du sacre, avec cette attaque à 2 kilomètres de l’arrivée annulée par Pippo Pozzato. Un effort que les fans de Phil ne pardonneront jamais à l’Italien… Que cette rancœur soit justifiée ou pas, le plus grand regret de Philippe Gilbert, c’est de n’avoir jamais gagné Milan-Sanremo.