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Un des maillots à remporter au concours du Fantaclassics 2026 est un maillot de l’équipe Liquigas de 2007, une des premières saisons dans le peloton pour l’équipe au maillot vert fluo. Une équipe qui aura lancé un grand nombre de talents, certains lutteront même encore pour la victoire ce printemps. 

La formation Liquigas née en 2005 de la fusion des équipes italiennes de deuxième catégorie Alessio et Vini Caldirola. Cette fusion ayant pour but d’affronter le nouveau circuit Pro Tour de l’UCI avec des armes similaires à celles des autres grandes écuries. Dirigée par l’expérimenté Roberto Amadio, l’équipe est essentiellement composée de coureurs italiens, avec un Mario Cipollini en fin de carrière en guest-star. L’expérience de Super Mario sous le maillot vert ne sera pas de longue durée, puisque le sprinter arrêtera sa carrière après Milan-Sanremo et après avoir malgré tout remporté deux victoires : un sprint au Tour du Qatar et un autre au Giro de sa province natale de Lucca. Sans son Roi Lion, l’équipe d’Amadio peut malgré tout compter sur plusieurs coureurs de qualité qui lui offrent ses premiers succès. Des coureurs comme Stefano Garzelli, Enrico Gasparotto, Franco Pellizotti et surtout Danilo Di Luca qui remporte cette année-là le Tour du Pays-Basque, la Flèche Wallonne et l’Amstel Gold Race.  On ne s’attardera cependant pas sur Danilo « le killer de Spoltore » et sa carrière faite de très beaux succès sous le maillot Liquigas comme Liège-Bastogne-Liège et le Giro en 2007, mais entachée par des disqualifications pour dopage à répétition, notamment à la fin de cette saison 2007 très prolifique. 

Car on a envie de se rappeler de l’équipe au maillot vert-fluo pour d’autres raisons, notamment leur capacité de dénicher et lancer des jeunes talents dans le circuit professionnel. Deux noms sur tous : Vincenzo Nibali et Peter Sagan. Ces monstres sacrés du cyclisme de la décennie 2010-2020 ne sont pourtant pas les seuls champions lancés par Amadio et son staff. Il y en eu beaucoup d’autres qui méritent d’être cités. Comme par exemple Elia Viviani, arrivé en 2010 en tant que jeune stagiaire et qui a remporté les 30 premières victoires de sa riche carrière avec le maillot Liquigas. Ou Daniel Oss qui y a remporté ses deux uniques succès parmi les professionnels et y a rencontré son compagnon Peter Sagan avec qui il partagera bon nombre de victoires. Mais aussi le tchèque Roman Kreuziger qui y a débuté sa belle carrière en remportant notamment le Tour de Suisse en 2008 et le Tour de Romandie et la Clasica San Sebastian en 2009 ou le Suisse Michael Albasini qui a commencé à gagner des courses chez Liquigas entre 2005 et 2008. Sans parler de Moreno Moser, l’ovni arrivé en 2011 qui remporta le Laigueglia, l’Eschborn Frankfurt et le Tour de Pologne en 2012 ainsi que les Strade Bianche en 2013 avant de sombrer dans la dépression et disparaître des radars. D’autres coureurs italiens comme Damiano Caruso, Jacopo Guarneri ou Dario Cataldo ont également débuté chez Liquigas et auront des carrières très respectables. 

Lo Squalo di Messina

Le grand mérite de la formation de Roberto Amadio, c’est surtout d’avoir lancé la carrière d‘un des plus grands champions de l’histoire du cyclisme italien : le Requin du détroit de Messine, Vincenzo Nibali. Le jeune Sicilien avait signé son premier contrat pro en 2005, chez Fassa Bortolo. Mais la fermeture de l’équipe de Ferretti l’avait poussé vers la formation Liquigas qui, comme lui, avait fait son apparition dans le peloton l’année précédente. Il y débute en 2006 en remportant rapidement sa première victoire, une étape à la Semaine Coppi & Bartali. En août de la même année, lorsqu’il bat au sprint un vieux briscard comme Juan Antonio Flecha au GP Ouest France à Plouay, le monde découvre ce jeune coureur de 21 ans et certains spécialistes annoncent « un futur grand » ou, en tous les cas, « un nom à suivre ». Ils auront vu juste, même si la progression de Nibali est plutôt lente et constante. Il termine 19ème du Giro 2007 qu’il court en soutien à Danilo Di Luca et 11ème l’année suivante. En 2008, il découvre le Tour de France et y endosse le maillot blanc de meilleur jeune pendant quelques jours. Nibali ne gagne pas beaucoup, mais régulièrement. Il remporte des courses d’un jour comme le GP Industria & Artigianato (2007), le Giro di Toscana (2007) ou le Giro dell’Appenino (2009) et commence à s’illustrer dans des courses par étape mineures comme le Tour du Trentin qu’il remporte en 2008. Sa progression se confirme en 2009 où il termine septième du classement général du Tour de France et deuxième du classement du meilleur jeune derrière Andy Schleck. 

Au début de la saison 2010, il n’a pas encore 26 ans mais déjà la réputation d’un coureur solide et complet. Il remporte le Tour de San Luis en Argentine en janvier, termine Tirreno-Adriatico dans le top-10, et est appelé en dernière minute pour participer au Giro suite à la suspension de Franco Pellizzoti et son hématocrite trop élevée. Après la victoire de Liquigas lors du contre-la-montre par équipe, le jeune Vincenzo endosse le maillot rose pour la première fois de sa carrière. Il le portera pendant trois jours, avant de le perdre après la terrible étape des routes blanches menant à Montalcino. Une étape remportée par Cadel Evans en maillot de champion du monde devant Damiano Cunego et Alexandr Vinokurov. Mais les routes n’étaient pas très blanches ce jour-là. Plutôt brunes, tellement la boue recouvrait les chemins et les coureurs, pour une étape dantesque similaire à celle de Cambrai du Tour 2014 qui mettra cette fois Nibali sur orbite. C’est lors de la 14ème étape que le monde entier découvrira les talents de descendeur de celui qu’on n’appelait pas encore le Squale du détroit. Après avoir franchi le dernier col en compagnie de son équipier Ivan Basso, de Michele Scarponi et de Cadel Evans, Nibali lâche tout le monde dans la descente pour remporter sa première étape en solitaire. Il paiera un peu ses efforts le jour suivant sur le Zoncolan, où Ivan Basso prendra le dessus et confirmera son rôle de leader au sein de l’équipe. Nibali respectera les hiérarchies et permettra à Basso de remporter son deuxième Giro tout en prenant la troisième place du classement final. Vincenzino monte pour la première fois sur le podium d’un grand tour, il le fera à onze reprises tout au long de sa longue carrière. 

Après le Giro, Nibali remporte le Tour de Slovénie et le Trofeo Melinda et prend le départ de la Vuelta avec une certaine ambition, vu le niveau relativement faible de la concurrence. Après un début de course tout en gestion, Nibali prend le maillot rouge au terme de la 14ème étape menant le peloton en haut de la Peña Cabarga. Il le défend le lendemain sur les Lagos de Cavodonga, mais doit céder la tunique de leader à Joaquim Rodriguez le jour suivant sur le Alto de Cotobello. Rodriguez aura cependant perdu beaucoup d’énergies dans cette montée et le paiera lors du contre-la-montre autour de Peñafiel du jour suivant.  L’exercice individuel de 46 kilomètres sur du plat et dans le vent aura la peau du grimpeur de poche qu’était Purito Rodriguez. Alors que Nibali termine 15ème de ce contre-la-montre pour spécialistes, à 1’55 du vainqueur Peter Velits, l’Espagnol en maillot rouge termine l’épreuve à 6’12 du vainqueur et 4’17 de Nibali qui reprend ainsi la tête du classement général. Il défendra son maillot lors de l’arrivée sur la Bola del Mundo face à un Ezequiel Moskerra qui sera ensuite disqualifié pour dopage, et remporte la Vuelta 20 ans après son compatriote Marco Giovanetti.  

Cette victoire sur un grand tour propulse Nibali dans une autre dimension, mais sa progression trop lente en décevra quelques-uns en 2011, puisqu’il montre quelques limites lors du Giro remporté par Contador avant que l‘Espagnol ne soit disqualifié pour l’histoire du clenbutérol et que sa victoire ne soit attribuée au regretté Michele Scarponi devant Nibali, finalement deuxième. Même topo sur la Vuelta, où Nibali ne se mêle pas à la lutte entre Chris Froome, Bradley Wiggins et Juan-José Cobo pour la victoire finale. Mais l’année suivante, le Requin de Messin change son programme pour se focaliser sur les classiques et le Tour de France. Il est donc en forme au printemps, en remportant pour la première fois Tirreno-Adriatico et en faisant partie du trio d’attaquants qui se disputera la victoire de Milan-Sanremo. Nibali devra s’incliner au sprint face à Simon Gerrans et Fabian Cancellara, mais prouve qu’il n’est pas simplement un coureur de grands tours et qu’il peut aussi briller dans les grandes classiques. Il le confirmera quelques semaines plus tard sur Liège-Bastogne-Liège, où il attaque dans la Roche au Faucons avant de s’envoler dans la descente. Le parcours prévoyait encore la Côte de Saint Nicolas et la montée vers Ans à l’époque, et Nibali s’écrasera un peu sur la fin pour se faire passer par Maxim Iglinsky dans le dernier kilomètre et perdre son unique occasion de remporter la Doyenne. En juillet, le Squale sera la seul à essayer de titiller la suprématie de l’équipe Sky menée par Bradley Wiggins et Chris Froome, mais il devra se contenter de la troisième place sur le podium à Paris. Nibali quittera l’équipe à la fin de la saison 2012 pour signer chez Astana, peu avant que Liquigas n’annonce son retrait pour laisser Cannondale comme sponsor principal de la formation. Les sept années passées chez Liquigas auront bien formé un coureur qui franchira effectivement un nouveau cap pour engranger ses plus beaux succès avec d’autres maillots.

Giro 2011. Comment refaire une minute de retard dans la descente du Passo Fedaia. Une des masterclass du Requin: 

 

Peter « Hulk » Sagan, le Tourminator

Peter Sagan est probablement la plus belle découverte de Roberto Amadio et son équipe. Le Slovaque pratique essentiellement le Mountain Bike chez les jeunes et en 2008, il se fait remarquer par les recruteurs italiens en terminant deuxième des championnats du monde de cyclocross Juniors à Trévise et en devenant champion du Monde MTB dans la même catégorie quelques mois plus tard, à la Val di Sole. Amadio prend le jeune coureur sous son aile, il le fait venir en Italie sous la supervision de l’entraineur Paolo Slongo qui sera plus tard très proche de Nibali, tout en le laissant commencer sa carrière professionnelle dans l’équipe slovaque Dukla Trencin – Merida. En 2009, Sagan participe essentiellement au circuit Continental en Europe de l’Est, avec des bons résultats mais sans gros éclats. Cela n’empêche pas l’équipe Liquigas de lui offrir un contrat à partir de la saison 2010 où le peloton découvrira ce jeune slovaque aux allures de popstar qui viendra bouleverser le monde du cyclisme dans la décennie à venir.

Sagan fait le déplacement en Australie pour ses débuts sous ses nouvelles couleurs. Lors du criterium qui précède le Tour Down Under, il part en échappée avec Lance Armstrong, histoire de montrer qu’il n’a peur de rien et qu’il faudra compter sur son irrévérence. Il déclarera d’ailleurs après cette course qu’il respectait Armstrong pour son palmarès, mais qu’à l’époque il était plutôt fan de Jan Ullrich. « Je suis Peter Sagan, prend sa dans ta gueule le Texan dopé… ». Sagan ira chercher quelques belles places d’honneur dans les étapes pour puncheurs du tour australien et après avoir découvert les pavés lors du week-end d’ouverture, il étale sa classe lors de Paris-Nice en remportant deux étapes et son premier maillot vert. Sagan obtiendra cinq succès lors de sa première année chez les pros, plus quelques belles places d’honneur comme la deuxième place au GP de Montréal. L’année suivante est celle de la confirmation. A 21 ans, il remporte 15 victoires, dont 3 étapes sur la Vuelta et le classement final du Tour de Pologne, sans compter les classements à points de plus ou moins tous les tours d’une semaine auxquels il participe. Sagan gagne essentiellement les sprints réduits après des courses vallonnées, mais aussi des sprints massifs face à des purs jet-men. Le phénomène Sagan se consolide en 2012, lorsqu’il s’attaque avec succès aux classiques et au Tour de France. Au printemps, il termine 4ème à Sanremo,  2ème à Wevelgem, 5ème au Tour des Flandres et 3ème de l’Amstel Gold Race. Après avoir remporté 5 étapes au Tour de Californie et 4 étapes au Tour de Suisse, il prend le départ de son premier Tour de France avec des résultats presque cannibalesques : 11 étapes terminées dans le top-10, avec trois victoires et trois deuxièmes places qui lui offrent le premier de ses six maillots verts devant des cadors du sprint comme Greipel ou Cavendish. 

Contrairement à son ami Nibali, Sagan reste dans l’équipe malgré le départ du sponsor Liquigas. Avec son style original, insouciant et joyeux, il est le parfait ambassadeur du brand américain Cannondale et deviendra l’unique homme de pointe de l’équipe. Il sera d’ailleurs un des derniers coureurs à participer aux courses du calendrier nord-américain comme le Tour de Californie, le USA Pro Challenge ou le Tour d’Alberta, sans parler des classiques canadiennes qu’il remporte régulièrement. En 2013 Sagan remporte ses premières classiques du Nord (Gand-Wevelgem et la Flèche Brabançonne) mais échoue à la deuxième place dans les courses plus prestigieuses comme les Strade Bianche, Milan-Sanremo, le GP E3 et le Tour des Flandres. Il remporte ensuite un nouveau maillot vert sur la Grande Boucle pour un total de 21 victoires sur la saison et un statut de nouveau chouchou du peloton. Chouchou, mais pas encore patron, car Sagan commence à devoir affronter les conséquences de son succès : ses adversaires se méfient de lui et ne collaborent jamais, sachant qu’il est imbattable dans les sprints réduits, ce qui lui complique fortement la tâche surtout dans les classiques. En 2014 il ne gagne que le GP de l’E3 et doit de nouveau se contenter de places d’honneur aux Strade Biache (2ème), Gand-Wevelgem (3ème) ou Partis-Roubaix (6ème). Pour la première fois, il ne progresse pas et semble même un peu plafonner, même s’il réussira l’impressionnant exploit d’obtenir des top-5 dans les 7 premières étapes du Tour de France avec la séquence suivante qui n’indique pourtant aucun « 1 »: 2-4-2-4-4-5-2. 

L’année 2014 sera donc moins prolifique pour Sagan, avec seulement 6 bouquets, et une sensation de devoir trouver des nouvelles motivations. L’hasard fera bien les choses à ce niveau-là, puisque l’équipe annonce sa fermeture à la fin de la saison, Cannondale ayant décidé de se rapprocher de la formation Garmin de Jonathan Vaughters pour créer une team 100% américaine.  Peter Sagan ira rejoindre Contador et Basso chez Tinkof-Saxo, alors que Roberto Amadio et son staff diront adieu au cyclisme à la fin de l’année 2014. Une dernière saison au cours de laquelle ils auront réussi à lancer dans le monde professionnel des futurs vainqueurs de Monument comme Matej Mohoric et Alberto Bettiol. On le disait, une vraie fabrique de talents. 

Vuelta 2011. Lorsque les grands esprits se recontrent, ça donne 4 coureurs dans les 5 premières places.