L’étape reine de cette Vuelta promettait l’enfer et elle n’a pas dérogé à la règle. Avec pas moins de trois ascensions de cols de première catégorie et une montée finale de 16,5 kilomètres à 7,1% de moyenne, le peloton était attendu au tournant après cette journée de repos improvisée. Et c’est le revenant hollandais, Robert Gesink, qui s’est adjugé, de fort belle manière, cette prestigieuse victoire, devant le nouveau maillot à pois, Kenny Ellisonde et Egor Sillin.

Pour ne pas changer, une échappée fleuve de 41 coureurs se dégage très rapidement. Ils n’auront jamais plus de six minutes d’avance, mais finalement suffisamment assez pour se disputer la victoire finale. Et c’est peu dire que cette succession de difficultés fut particulièrement animée et qu’on a vécu une journée dantesque, riche en attaques incessantes et en admirables coups de force tactiques. Car, hormis cette magnifique victoire du géant batave, les favoris ne sont pas pour autant restés au repos. Auteur d’une montée somptueuse, l’autre héros du jour se nomme Simon Yates. Fort d’une équipe Orica-GreenEdge soudée et présente à tous les échelons, le jeune talent britannique a bel et bien fait parler la poudre ce samedi. Il manque d’un fifrelin les lauriers mais se replace à la quatrième place du Général, juste derrière son leader, pas encore déchu, Esteban Chaves.

On peut même dire qu’on a vécu plusieurs courses en une, car un peu plus derrière, la lutte fut également plus qu’épique. Virevoltant une fois de plus, Nairo Quintana aura assurément tout tenté pour décrocher ses adversaires. Mais, son plus proche poursuivant, Chris Froome ne fut pas un oiseau pour le chat. Non content de s’accrocher à la roue du colombien, le kényan blanc se permet même le luxe de prendre un petit ascendant psychologique en vue des prochaines échéances qui devraient lui convenir à merveille. Pour le pistolero, par contre, le bilan est plus mitigé. Loin d’être largué, Alberto Contador lâche tout de même de nouveau quelques secondes et pointe désormais à la sixième place du Général. L’espagnol s’accroche mais ne semble plus avoir suffisamment de cartouches pour pouvoir se battre à armes égales avec ses plus redoutables concurrents.

D’autre part, pour Alejandro Valverde, toujours en vert, la fin des illusions a sonné. Pour la première fois depuis longtemps, El Imbatido a montré (enfin) de légitimes signes de faiblesse et termine à plus de dix minutes du vainqueur du jour. Il n’a pu accompagner les meilleurs et se retrouve désormais au 19ème rang au Général. A contrario, à 38 ans également, Samuel Sanchez fait lui une belle opération et profite de cette journée pour se replacer. Bref, ce Tour d’Espagne à rebondissements est loin d’être fini et, la nouvelle bagarre ce dimanche dans les Pyrénées nous promet à nouveau un scénario qu’on espère palpitant.

A la FantaVuelta, la vie suit son cours mais dorénavant amputée d’un élément de choix avec le naufrage d’Alejandro Valverde. Les leaders perdent un solide atout mais qui ne leur porte pas encore vraiment préjudice pour l’instant. Team Vuelta mène toujours solidement la danse en compagnie de An Geansai Dearg et de La Gitane. Mais les cartes sont dorénavant redistribuées et, Pius Team en profite pour enlever son deuxième succès d’étape. Il devance Scarponi and Clyde et Inflatable Guitars Rock. Cette nouvelle donne permettra-t-elle à cette échappée Fantavueltesque de combler son retard sur la tête de course. Quoiqu’il en soit, le suspense reste entier et on se réjouit de ce rebondissement qui relance totalement la course dans la course. A bon entendeur, les jours se suivent mais ne se ressemblent jamais au Fantacycling…

Le bon plan du jour

Tout en haut de l’affiche, on ne peut pas ne pas mentionner Robert Gesink. Héros malheureux il y a quelques jours, il a pourtant déjà eu les honneurs de cette rubrique. Raison pour laquelle il est peut-être plus juste de décerner cette palme à un autre valeureux combattant. Simon Yates (16 Fantamillions) en hérite donc fort justement. L’anglais de poche a juste été magnifique. Déjà vainqueur d’étape sur ce Tour d’Espagne, il démontre cette fois tout le bien qu’on pense de lui en déjouant tous les pronostics sur ces pentes de tous les dangers. Auteur d’une ascension hors-norme, il hisse le cyclisme britannique à un niveau qu’on ne pensait jamais lui connaître. Il y avait déjà Adam, il y a désormais Simon. Les jumeaux Yates n’en sont probablement encore qu’aux balbutiements d’une carrière qui s’annonce prolifique, mais apportent par contre déjà un vent de fraîcheur salvateur dans un cyclisme trop souvent confiné dans un carcan bien trop souvent prévisible.

Le mauvais plan du tour

Il y a des jours où il est vraiment difficile de blâmer qui que ce soit. On a assisté, ce samedi, à ce qui s’apparente à une des plus belles et ardues étapes de Grand Tour depuis fort longtemps. On ne peut donc que respecter et admirer ces forçats de la route, quelle que soient les performances des uns et des autres. On aime ce cyclisme-là et les émotions diverses qu’il nous procure en ces moments célestes. Pas de mauvais plan, juste une admiration totale et un grand bravo à ces gladiateurs des temps modernes.

La question du jour

C’était le week-end ou jamais pour donner un coup de pied dans la fourmilière. A notre grande joie, voilà qui est chose faite. Mais se dirige-t-on pour autant ce dimanche vers une nouvelle passe d’armes tant attendue ou va-t-on, comme souvent par le passé, assister à une procession trop tactique à notre goût et qui verrait nos folles illusions s’éteindre sur l’autel d’un cyclisme moderne bien trop souvent fébrile et stéréotypé.

Comments