Ohh Sonny !!

Sonny Colbrelli a remporté une édition de Paris-Roubaix épique, en s’imposant dans un sprint à trois face à l’incroyable Florian Vermeersch et Mathieu Van der Poel. Comme on pouvait s’attendre, ce Paris-Roubaix pluvieux a été riche en rebondissement et faits de course de toute sorte. La victoire s’est jouée entre trois coureurs qui découvraient la Reine des Classiques, ils ne l’oublieront pas.

Les champions sur le podium

Tous les coureurs qui sont entrés dans le vélodrome de Roubaix couverts de boue méritent un sincère applaudissement et seront à jamais les protagonistes d’une course légendaire. Il y en a quand même certains qui sont sortis du lot, car ils ont lutté jusqu’au bout pour la victoire. A commencer par Sonny Colbrelli, le vainqueur de Paris-Roubaix 2021, sa plus belle victoire couronnant une saison magique. On savait que Sonny aime la pluie et qu’il était dans la forme de sa vie. On savait qu’il rêvait des classiques du Nord, mais l’Italien a découvert ce dimanche que les pavés entre Paris et Roubaix lui conviennent mieux que ceux des monts flandriens, où il n’a jamais vraiment brillé. Colbrelli a évidemment été épargné par les chutes et ennuis mécaniques, ce qui facilite toujours les choses, mais il a fait la course parfaite et mérite largement cette victoire. Dans le passé, il a trop souvent tenté de rester dans les roues, en espérant arriver avec les meilleurs pour faire parler sa vitesse au sprint. Mais cette tactique n’a jamais vraiment fonctionné et depuis peu, il avait adopté une stratégie de course plus libérée et offensive, comme lors du Benelux Tour en août, course qu’il a gagnée après avoir notamment remporté l’étape reine, une de ses premières victoires en solitaire. Colbrelli a intelligemment anticipé la bagarre entre Van der Poel et Van Aert, en contre-attaquant en compagnie de Guillaume Boivin à plus de 80 kilomètres de l’arrivée. Rattrapé par MVDP, il a été un de seuls à collaborer avec le Néerlandais pour revenir sur la tête de la course et n’a pas lésiné sur les efforts pendant une course massacrante, tout en gardant assez de force pour s'imposer au sprint. L’homme au prénom le plus hype du peloton a remporté sa plus belle victoire à Roubaix et ramène en Italie le trophée en pavé après 22 ans d’attente.

Un autre grand protagoniste de cet Enfer du Nord est sans aucun doute Florian Vermeersch. Pour sa deuxième place devant le monstre sacré Mathieu Van der Poel, mais surtout pour la course de dingue qu’il a réalisé. Faisant partie du groupe des attaquants de la première heure, Vermeersch a rapidement faussé compagnie à ses camarades d’échappée en passant 80 bornes en tête avec Nils Eekhoff. Et lorsqu’ils ont été repris, d’abord par le groupe Moscon-Philipsen, puis par Van der Poel et Colbrelli, il a été le seul à s’accrocher, alors que les autres coureurs comme Van Avermaet, Ballerini, Bissegger ou Walscheid qui avaient pris les devants comme lui, ont tôt au tard payé leurs efforts. Vermeersch a tout simplement fait une course exceptionnelle et rate de peu l'énorme exploit, battu uniquement par un Colbrelli en état de grâce. Le dernier belge qui, encore relativement inconnu, a éclaboussé un Paris-Roubaix pluvieux de son talent pour monter sur le podium à 22 ans, c’était un certain Tom Boonen. Affaire à suivre.

Mathieu Van der Poel avait l’air visiblement déçu lors de la cérémonie, sur la troisième marche du podium. Il n’a pourtant pas grand-chose à se reprocher, si ce n’est qu’il n’avait plus de jus dans les jambes lors du sprint final. Si MVDP a fait le nécessaire pour jouer la gagne, on a vite vu que ce n’était pas le Van der Poel des meilleurs jours. Incapable de lâcher Colbrelli, Vermeersch ou Boivin sur les pavés ou de reprendre du temps à Gianni Moscon, il restait sur papier le grand favori du sprint au vélodrome, mais doit finalement se contenter d’une troisième place au goût légèrement amer. Cependant, il ne faut pas oublier que sa participation à l’Enfer du Nord était encore incertaine il y a deux semaines et qu’il participait à cette course pour la première fois.

L’autre champion qui mérite amplement un paragraphe à part est Gianni Moscon. Certes, l’italien n’est pas le seul à avoir eu une crevaison ou à être tombé, sauf que lui, il a dû faire face à ces pépins alors qu’il était lancé pour peut-être remporter la course en solitaire. Il s’était intelligemment glissé dans la première échappée et est, petit-à-petit, monté en puissance pour lâcher tous ses compagnons de route à 40 kilomètres de l’arrivée. Lorsqu’il a commencé à gagner du temps sur les poursuivants, on a cru qu’il pouvait réussir un extraordinaire exploit et réaliser son rêve d’imiter son co-régional Francesco Moser, pluri-victorieux à Roubaix. Mais la malchance a frappé le trentin qui a peut-être payé la facture de toutes ses frasques du passé. Il a néanmoins réalisé une course de toute beauté et nul ne doute qu’il reviendra pour poursuivre son rêve.

 

Les déceptions

Le grand battu du jour est sans aucun doute Wout Van Aert. Comme lors des championnats du monde, le grand favori du jour n’était tout simplement pas à la hauteur. Mal placé à l’entrée de plusieurs secteurs pavés stratégiques, il n’a jamais montré la puissance qui lui a permis d’être au-dessus du lot pendant toute l’année. Trop de pression ? Saison trop longue et fatigante ? Il peut y avoir plusieurs explications à cette journée « normale » de Van Aert qui finit malgré tout dans le troisième groupe, à 1’'16 du vainqueur. Les autres perdants du jour sont les Deceunick Quick Step. Le Wolf Pack a rarement autant subi la course dans l’Enfer du Nord et la 5ème place d’Yves Lampaert qui s’est fait lâcher en bonne et due forme par Van der Poel lorsque celui-ci a mis le turbo, n’est qu’une maigre consolation pour Patrick Lefevere qui aurait mieux fait de parler après la course plutôt que de faire le malin avant. Sénéchal et Asgreen ont été malchanceux, Stybar semblait dans un bon jour avant de craquer et Ballerini et De Clercq n’ont pas été capables de suivre les plus forts dans le groupe d’attaquants du matin et n’ont finalement été d’aucune utilité à la cause. On notera aussi qu’un grand nombre de favoris ou outsiders ont été victimes de violentes chutes, de Sagan à Pedersen, en passant par Kung, Vanmaercke et Schachmann, alors que certains comme Trentin, Polit ou Mohoric, ont compris dès les premiers kilomètres qu’ils allaient prendre une douche avant les autres. Dylan Van Baarle était dans la même situation, sauf que le médaillé d’argent de Louvain a honoré la course jusqu’au bout, terminant hors délai comme 9 autres coureurs, dont l’ancien vainqueur Nicki Terpstra.

 

Le point sur l’Autumn Classics

A une semaine de la fin de la saison et de l’Autumn classics, Veloceron et Mika Sagan font la course en tête avec 2280 points chacun. Ils sont talonnés par un trio redoutable formé par Eddy Breckx, Furupu et Josedin, alors que le peloton est un peu plus loin. Mais le concours est loin d’être fini, surtout que les courses italiennes à venir seront bien plus difficiles à pronostiquer que les classiques avec un ou deux favoris incontournables comme le GP de Wallonie, l’Eurometropole Tour ou le Munsterland Giro. Sauf un parcours sans faute de quelqu’un d’ici le week-end prochain, la victoire finale risque bien d’être indécise jusqu’à Paris-Tour de dimanche.

 

Le point sur la Fantacup

La troisième place de Mathieu Van der Poel à Roubaix n’a pas fait les affaires de la Bockteam qui espérait poursuivre sa remuntada avec des coureurs comme Pedersen, Vanmaercke, Kristoff ou Terpstra. Mais sans MVDP, Bockus avait un atout de taille en moins, sans compter que les coureurs cités n’ont pas spécialement réalisé un Paris-Roubaix de rêve. Il Diablo reste donc en tête avec 1600 points d’avance et un calendrier qui lui est favorable grâce à des jokers comme Evenepoel, Vlasov, Adam Yates ou Bauke Mollema. On notera aussi que Furupu reprend sa place sur le podium grâce aux points rapporté notamment par Lampaert et Moscon ce dimanche et que les belles prestations de Kruijswijk et Sivakov au Tour d’Emilie de samedi le pousseront à lutter jusqu’au bout.

 

Commentaires

Si on m'avait dit de miser un

Portrait de patxi
Si on m'avait dit de miser un jour sur une victoire de Colbrelli à Roubaix je n'aurai probablement rien misé car je ne le pensait pas capable de gagner (ni même de bien figurer genre top 5/10) mais comme Lucho le dit il l'a mérité largement car hier il a fait la course parfaite!! Chapeau

Et Moscon, "vainqueur moral"

Portrait de furupu
Et Moscon, "vainqueur moral" de Paris Roubaix, c'est au moins aussi inattendu ! Autant pour le premier que le second terme de l'expression d'ailleurs... Cela dit, je lui dois d'avoir vécu de sacrées émotions tout au long de la course, car c'était lui mon arme secrète pour le finale de la FantaCup. Dommage, le coup n'est pas passé bien loin...

Je te comprends Furupu, moi

Portrait de El Diablo
Je te comprends Furupu, moi qui me croyais tranquille avec Sagan, je l’ai cherché pendant toute la course... et entre Moscon qui était le plus fort et Lampert qui dit qu’il était le plus fort, ça aurait pu être le jackpot pour toi. Ceci dit, un Moscon en feu et revanchard peut faire mal au Lombardie, tout comme Lampaert à Paris-Tours.

"Vainqueur moral"... l

Portrait de Tutto Bene
"Vainqueur moral"... l'expression est parfaite et ne manque pas de piquant :D mêmes émotions pour moi... lampaert en moins... le podium fantacup s'éloigne, mètre après mètre.... en tt cas ce roubaix restara gravé dans le pavé!

Pas d'inquiétude El Diablo, j

Portrait de furupu
Pas d'inquiétude El Diablo, j'ai bien peur qu'il ne manque quelques pavés sur la Lombardie et carrément tout le Wolf-Pack sur Paris-Tours pour que tes prédictions puissent se vérifier. Heureusement il me reste en réserve Benoot et VanAvermaet pour tenter d'arracher la deuxième place au mystérieux Bockus de Tournai (qui se révèle aussi accrocheur que le jeune Vermeersch)

Incroyable édition de la

Incroyable édition de la Reine des Classiques mais je reste tout de même quelque peu circonspect par cette victoire plus qu'inattendue de Sonny...Mais quoi qu'il en soit, ce qu'il a fait hier est grandiose, la course parfaite en effet. Sinon, Vermeersch et ce bon "vieux" Moscon, dingue! Quelle course!

aahhh, mais je vois qu

Portrait de piticoujou
aahhh, mais je vois qu'Almeida a été ajouté à la liste des coureurs à choisir... trop tard ;-) je voulais le prendre pour le Giro d'Emilia.... et je m'étais rabattu sur Pogacar :-( . Pas dit mon dernier mot sur ces classiques d'automne ;-) . A part ça, exceptionnel Paris-Roubaix 2021, en effet. Sonny qui en fait des caisses à l'arrivée, en temps normal je l'aurais presque trouvé ridicule, mais dimanche après cette course, je comprends volontiers le pétage de câble... (et la circonspection d'Eddy également, ceci dit)

C’est sûr qu’il en fait une

Portrait de El Diablo
C’est sûr qu’il en fait une tonne à l’arrivée, mais Sonny c’est aussi une stat de 49 deuxièmes places dans sa carrière, autant dire que la roue n’a pas toujours tourné dans le bon sens pour lui, ce qui expliquerait sa réaction, assez similaire à celle des championnats d’Europe d’ailleurs. A titre de comparaison, un éternel second comme Van Avermaet, c’est 67 deuxième places, mais sur une carrière plus longue.

Merci Diablo pour cette

Portrait de piticoujou
Merci Diablo pour cette précision, j'ignorais cette stat... sinon, je crois que c'est le moment de partager à nouveau cet article: https://fantacycling.com/fr/fantaclassics/2020/articles/la-vie-claire-et-le-r%C3%AAve-cycliste-de-bernard-tapie

Un truc que je ne suis pas

Portrait de piticoujou
Un truc que je ne suis pas sûr d'avoir saisi à la lecture des règlements fantacyclistes: les fantaclassiques d'automne, même sous format prono du jour, attribuent-elles des points fantaleague pour les 25 premiers comme les fantaclassics de printemps ? Le réglement de la fantaleague mentionne l'attribution de points pour le top 25 en Fantaclassics (sans préciser si les classiques d'automne sont prises en compte) ou l'attribution de points pour le top 10 des compétitions 'pronos du jour' - sur les GT seulement j'imagine, mais juste pour être sûr... Merci pour l'éclairage (sorry, je suis en train de réaliser que je peux gratter des points fantaleague sur cette ultime compét' de l'année :-)

Ah, et la question du jour:

Portrait de piticoujou
Ah, et la question du jour: un philosophe est supposé avoir les pieds sur terre, mais peut-il en même temps ne jamais les poser à terre ? Vous avez 4 heures... https://dicodusport.fr/blog/martin-chaves-kuss-le-classement-des-coureurs-qui-abandonnent-jamais-ou-presque/

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